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Baudelaire, Le Jeu

Bonsoir à tous,
je suis nouveau sur ce forum, aussi ai-je trouvé respectueux de me présenter avant de solliciter une quelconque aide. Je m'appelle Philippe, j'ai 18ans et je suis en dernière année du collège.
Je dois fournir pour demain une explication de texte au sujet du poème ''Le jeu'' de Baudelaire, qui se trouve dans la section ''Tableaux Parisiens''. J'aurais plusieurs questions ;
- le contraste clair/obscur opposant (peut-être) la pureté à la souillure (et révélant ainsi le dualisme présent chez la femme de Baudelaire) me poussent à me demander par quel(s) artiste(s) Baudelaire a-t-il été influencé pour représenter tel qu'il le fait un de ses tableaux parisiens (je sais qu'il s'est intéressé à la peinture espagnole mais sans précision et je n'ai rien trouvé lors de mes recherches)
- j'ai plusieurs éléments d'analyse, tels l'omniprésence des ténèbres ou la beauté, mais j'aimerais savoir si vous pouviez m'aider à approfondir, ainsi  qu'à définir le sens profond du poème.
J'espère que vous pourrez répondre à mes questions et je vous remercie d'avance avant tout de me lire.
Bonne soirée à vous

Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles,
Pâles, le sourcil peint, l'œil câlin et fatal,
Minaudant, et faisant de leurs maigres oreilles
Tomber un cliquetis de pierre et de métal ;

Autour des verts tapis des visages sans lèvre,
Des lèvres sans couleur, des mâchoires sans dent,
Et des doigts convulsés d'une infernale fièvre,
Fouillant la poche vide ou le sein palpitant;

Sous de sales plafonds un rang de pâles lustres
Et d'énormes quinquets projetant leurs lueurs
Sur des fronts ténébreux de poètes illustres
Qui viennent gaspiller leurs sanglantes sueurs

Voilà le noir tableau qu'en un rêve nocturne
Je vis se dérouler sous mon œil clairvoyant.
Moi-même, dans un coin de l'antre taciturne,
Je me vis accoudé, froid, muet, enviant,

Enviant de ces gens la passion tenace,
De ces vieilles putains la funèbre gaieté,
Et tous gaillardement trafiquant à ma face,
L'un de son vieil honneur, l'autre de sa beauté !

Et mon cœur s'effraya d'envier maint pauvre homme
Courant avec ferveur à l'abîme béant,
Et qui, soûl de son sang, préférerait en somme
La douleur à la mort et l'enfer au néant !Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

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Baudelaire, Le Jeu

Bonsoir,

C'est le tableau de joueurs dévorés par leur passion.
Il n'y a pas d'opposition entre les ténèbres et la lumière.
C'est une scène nocturne dont les lumières artificielles exagèrent les vices et le ridicule.
Finalement le poète se prend à envier ces simulacres pour échapper à son vide intérieur. A ce moment des Fleurs du mal, il préfère encore une vie dégradante à la mort, mais dans la dernière pièce, "le voyage", il écrira, lassé de tout :
"Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!"