Définition et critères du complément d’objet direct

Bonsoir !

J'estime utile de reproduire ici une petite étude que j'ai faite ailleurs.
Les critiques sont les bienvenues.

Permettez-moi de ne pas partager votre opinion quant à la définition du COD.
Les grammaires récentes ont renoncé à définir le COD d’une manière SÉMANTIQUE (« ce sur qui /sur quoi passe ou porte l’action exprimée par le verbe »).
En effet, le flou et l’insuffisance de cette définition ont pour résultat d’exclure de véritables COD, qui ne répondent pas à cette définition.
1 Je creuse un trou.
L’action ne porte pas sur un trou, puisque celui-ci n’est pas l’objet mais le résultat du procès. Effectivement, comment agir sur un trou pour le creuser ?
2 Je descends l’escalier.
L’action, vous le dites, ne porte pas sur l’escalier ; celui-ci est en réalité le lieu du procès.
3 Je clame mon indignation.
L’indignation n’est pas l’objet mais la cause du procès.
4 Je subis les sarcasmes de mon percepteur.
Ce sont plutôt les sarcasmes qui atteignent ma personne.

Comme l’écrit Pierre Guiraud, « il est difficile de poser le problème du complément en termes purement SÉMANTIQUES comme le fait la syntaxe traditionnelle, et on doit faire appel à des critères FORMELS ».

Les grammaires récentes préfèrent se fonder sur une définition FORMELLE.

1 La TRANSITIVITÉ, à savoir : le COD est le complément imposé ou admis par un verbe transitif direct (sans préposition).
* Je fume un cigare.
Vos deux exemples sur l’escalier et sur le crawl sont aussi des exemples de transitivité.
* Je descends l'escalier.
* Je nage le crawl.

2 Des PROPRIÉTÉS SYNTAXIQUES :

a- Le COD forme avec le verbe LE SYNTAGME (OU GROUPE) VERBAL ; c’est un complément de verbe répondant à la question « qui est-ce que, qu’est-ce que ».
Il est légitime de poser la question :
* Qu’est-ce que je descends ? L’escalier.
* Qu’est-ce que je nage ? Le crawl.
A l’inverse, il est impossible de dire :
* Qu’est-ce que je travaille ? La nuit. → CC

b- Il se place À LA DROITE du verbe et n’est PAS DÉPLAÇABLE, à l’inverse du CC.
Dans vos deux exemples, le complément n’est pas déplaçable (sinon au moyen d’une reprise pronominale), ce qui le prive d’un des caractères du CC et le range donc dans le camp des COD.
* Je descends l’escalier. → ° L’escalier je descends. → J’escalier, je LE descends.
* Je nage le crawl. → ° Le crawl je nage. → Le crawl, je LE nage.
Le CC peut aussi se trouver à la droite du verbe, mais il est déplaçable, je viens de le dire.
* Je travaille la nuit. → La nuit, je travaille.

c- Il PEUT ÊTRE PRONOMINALISÉ au moyen du pronom personnel LE, LA, LES.
Dans vos deux exemples, la pronominalisation ne peut se faire qu’avec le pronom personnel LE, alors que, dans les CC, elle devrait se faire notamment avec EN ou avec Y.
* Je descends l’escalier. → Je LE descends.
* Je nage le crawl. → Je LE nage.
Notamment dans la procédure de détachement.
* L’escalier, je LE descends.
* J’ai beaucoup d’amis. → Des admis, j’EN ai BEAUCOUP.
Ce n’est pas possible avec un CC construit directement.
* Je travaille la nuit. → ° La nuit, je LA travaille.
Parenthèse : ce test ne permet cependant pas de distinguer le COD de l’attribut.
* Je suis charmante. → Je LE suis.

d- Il peut, en principe, subir la TRANSFORMATION PASSIVE (passivation).
* La police a arrêté le voleur. → Le voleur a été arrêté par la police.
Ce n’est pas possible avec un CC.
* Je travaille la nuit. → ° La nuit est travaillée par moi.
* Ce livre coûte vingt euros. → ° Vingt euros sont coûtés par ce livre.
A l’inverse, vos deux exemples peuvent être passivés, quoique sous une forme inhabituelle, puisque l’on doit éviter de se servir du pronom personnel comme agent du verbe passif sans plus :
* L’escalier est descendu PAR moi.
* Le crawl est nagé PAR moi.

e- Il NE peut pas être remplacé PAR UN ADJECTIF.
* J’aime la nuit. → ° J’aime noir.
C’est pareil pour vos deux exemples.
Ce test permet de le distinguer de l’attribut. Outre que l’attribut est utilisé avec une catégorie spéciale de verbes, les verbes attributifs, qu’on a évidemment intérêt à connaître, du moins les principaux : être, sembler, paraître et devenir.
* Je suis douanier. → Je suis intelligent.

D’ailleurs si je me reporte au Petit Robert, les verbes descendre et nager ont bel et bien des emplois transitifs qui les habilitent à avoir de véritables COD :
* Je descends l’escalier quatre à quatre.
* Je nage le crawl.

Ce n’est pas ici le lieu de parler des COI, qui possèdent des propriétés syntaxiques spécifiques, partiellement communes avec celles du COD.

Sauf meilleure opinion, je considère donc que votre critère sémantique a pour résultat d’exclure abusivement des compléments qui sont de vrais COD.

Je sais bien qu’un énoncé comme « Jean respire la santé » accepte difficilement (voire pas du tout) la pronominalisation. Le fait est qu’il n’est pas toujours possible d’appliquer tous les critères du COD à des énoncés marginaux. La grammaire n’a pas la prétention de prendre en compte, dans ses cadres traditionnels, l’ensemble des faits de langage ; ils sont trop complexes, comme la vie, pour être enrégimentés sans discernement.

Définition et critères du complément d’objet direct

Quand j'ai appris la grammaire à l'école primaire, grâce à de bonnes instits, on nous apprenait tout simplement
"on trouve le complèment d'objet direct en posant, après le verbe, la question QUI ou QUOI"
je chante QUOI ? une chanson
je regarde QUI ? ma voisine
je subis QUOI ? les sarcasmes
je clame QUOI ? mon indignation

C'était tout bête et tout simple !

Définition et critères du complément d’objet direct

J'allais ouvrir un sujet là-dessus, mais je profite de celui-là.

Effectivement, pour des élèves, trouver le COD revient à répondre à la question quoi ou qui.

DE même pour le COI, à qui, à quoi.

Question personnelle : y a-t-il des cas où l'on ne peut répondre à cette question (quoi ? / qui ?)mais pourtant être en présence d'un COD ?

Définition et critères du complément d’objet direct

D'ailleurs, Edy, on tend maintenant à parler de « complément direct » et de « complément indirect » : la mention « objet » disparaît progressivement puisqu'elle n'est pas pertinente.

J'ignore si vous avez lu ma remarque sur un autre sujet (je viens de me rendre compte qu'il était assez ancien) : en linguistique, l'astérisque sert à signaler un énoncé agrammatical. L'utilisation que vous faites de ce signe graphique est donc assez perturbante.