Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Aider moi s'il vous plait, il faut que je trouve un plan. Je suis à cours d'idées. Ça fait 2 jours et demi que je bloque. J'ai proposé un plan mais il semblerait que ce soit '' arc-hi faux''.  La problématique n'est pas la bonne.

"Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles à chauffer. Ses gilets maintenant ne manquaient plus de doublure, ni ses chemises de boutons, et même il y avait plaisir à considérer dans l’armoire tous les bonnets de coton rangés par piles égales. Elle ne rechignait plus, comme autrefois, à faire des tours dans le jardin ; ce qu’il proposait était toujours consenti, bien qu’elle ne devinât pas les volontés auxquelles elle se soumettait sans un murmure ; – et lorsque Léon le voyait au coin du feu, après le dîner, les deux mains sur son ventre, les deux pieds sur les chenets, la joue rougie par la digestion, les yeux humides de bonheur, avec l’enfant qui se traînait sur le tapis, et cette femme à taille mince qui par-dessus le dossier du fauteuil venait le baiser au front :
— Quelle folie ! se disait-il, et comment arriver jusqu’à elle ?
Elle lui parut donc si vertueuse et inaccessible, que toute espérance, même la plus vague, l’abandonna.
Mais, par ce renoncement, il la plaçait en des conditions extraordinaires. Elle se dégagea, pour lui, des qualités charnelles dont il n’avait rien à obtenir ; et elle alla, dans son cœur, montant toujours et s’en détachant, à la manière magnifique d’une apothéose qui s’envole. C’était un de ces sentiments purs qui n’embarrassent pas l’exercice de la vie, que l’on cultive parce qu’ils sont rares, et dont la perte affligerait plus que la possession n’est réjouissante.
Emma maigrit, ses joues pâlirent, sa figure s’allongea. Avec ses bandeaux noirs, ses grands yeux, son nez droit, sa démarche d’oiseau, et toujours silencieuse maintenant, ne semblait-elle pas traverser l’existence en y touchant à peine, et porter au front la vague empreinte de quelque prédestination sublime ? Elle était si triste et si calme, si douce à la fois et si réservée, que l’on se sentait près d’elle pris par un charme glacial, comme l’on frissonne dans les églises sous le parfum des fleurs mêlé au froid des marbres. Les autres même n’échappaient point à cette séduction. Le pharmacien disait :
— C’est une femme de grands moyens et qui ne serait pas déplacée dans une sous-préfecture.
Les bourgeoises admiraient son économie, les clients sa politesse, les pauvres sa charité.
Mais elle était pleine de convoitises, de rage, de haine. Cette robe aux plis droits cachait un cœur bouleversé, et ces lèvres si pudiques n’en racontaient pas la tourmente. Elle était amoureuse de Léon, et elle recherchait la solitude, afin de pouvoir plus à l’aise se délecter en son image. La vue de sa personne troublait la volupté de cette méditation. Emma palpitait au bruit de ses pas ; puis, en sa présence, l’émotion tombait, et il ne lui restait ensuite qu’un immense étonnement qui se finissait en tristesse.
Léon ne savait pas, lorsqu’il sortait de chez elle désespéré, qu’elle se levait derrière lui afin de le voir dans la rue. Elle s’inquiétait de ses démarches, elle épiait son visage ; elle inventa toute une histoire pour trouver prétexte à visiter sa chambre. La femme du pharmacien lui semblait bien heureuse de dormir sous le même toit ; et ses pensées continuellement s’abattaient sur cette maison, comme les pigeons du Lion d’or qui venaient tremper là, dans les gouttières, leurs pattes roses et leurs ailes blanches. Mais plus Emma s’apercevait de son amour, plus elle le refoulait, afin qu’il ne parût pas, et pour le diminuer. Elle aurait voulu que Léon s’en doutât ; et elle imaginait des hasards, des catastrophes qui l’eussent facilité. Ce qui la retenait, sans doute, c’était la paresse ou l’épouvante, et la pudeur aussi. Elle songeait qu’elle l’avait repoussé trop loin, qu’il n’était plus temps, que tout était perdu. Puis l’orgueil, la joie de se dire : « je suis vertueuse », et de se regarder dans la glace en prenant des poses résignées, la consolait un peu du sacrifice qu’elle croyait faire.
Alors, les appétits de la chair, les convoitises d’argent et les mélancolies de la passion, tout se confondit dans une même souffrance ; — et, au lieu d’en détourner sa pensée, elle l’y attachait davantage, s’excitant à la douleur et en cherchant partout les occasions. Elle s’irritait d’un plat mal servi ou d’une porte entrebâillée, gémissait du velours qu’elle n’avait pas, du bonheur qui lui manquait, de ses rêves trop hauts, de sa maison trop étroite."

Ma problématique: En quoi Flaubert nous montre-il qu'Emma est amoureuse?
Mon plan:

1/ A) Un amour se changeant en tristesse
    B) Patience est remède
    C) ...#non trouvé
2/ A) Des sensations qui se perdent
    B) C)... Faux

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Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Bonjour,

Ta problématique peut être améliorée : Emma n'est pas seulement amoureuse, elle est secrètement amoureuse, elle est aussi dévastée par la passion et l'insatisfaction.

Regarde d'abord  comment il y a plusieurs points de vue, lesquels ?
Qu'en résulte-t-il ?
Comment Emma se contraint-elle ? comment elle joue un rôle ?
En quoi y a-t-il exagération ? délectation malsaine ?

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Bonjour,

Merci de m avoir repondu.

Voici ce que j'ai trouve:
Points de vue omniscient( auteur ) point de vue interne ( Emma).                                                                                                        L'auteur se moquerait-il? "Emma maigrit, ses joues palirent, sa figure s'allongea. Avec ses bandeaux noirs, ses grands yeux, son nez droit, sa demarche d'oiseau".  "La vue de sa personne troublait le volupte de cette meditation". Puis a la fin, ou elles prend des poses resignees qui devaient la consoler.                                                          Elle invente des histoires pour visiter sa chambre, les pensees qui lui vinrent lorsqu elle etait dans son lit +                comparaison avec les pigeons du lion d'or, "et au lieu d'en detourner sa pensee, elle imaginait des hasards, " elle l'y attachait davantage, s'excitant a la douleur et en cherchant partout les occasions." Donc on voit qu'il y a une        certaine delectation malsaine.

Je suis vraiment bloque dans mon analyse, et a ta question " qu'en resulte-il? " Je suis vraiment navre.  Et crois moi.    Je ne le fais pas expres.

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Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Il y a la perception de Léon, l'amant timide ; celle d'Emma, la passionnée délirante...
Est-ce que ces deux perceptions concordent ?
L'un renonce tandis que l'autre se consume.
Emma s'enfuit dans ses rêves et perd le contact avec la réalité. Note que ses rêves ne sont pas simplement mystiques, la fin du texte signale "les appétits de la chair, les convoitises d’argent". Emma se perdra à cause de ses goûts de luxe. Cette femme sentimentale et romantique est aussi une petite bourgeoise pleine d'envie.

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Méthode peu productive : on ne se fixe pas une problématique avant d'aborder l'analyse, on analyse d'abord et les résultats de l'analyse donnent, sinon une problématique, du moins une question.
Quelles sont les dominantes du texte ?

Ne pas oublier que Flaubert se vantait que son roman serait le premier roman où les jeunes premiers (lire Emma, Léon et Rodolphe) seraient tournés en dérision.
Pari tenu, ou pari perdu dans ce passage ?

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

En réponse à Jean-Luc:
L'auteur sépare les deux convictions, perceptions de Léon et d'Emma  intentionnellement.
Personnellement, je n'aurais pas trouvé "consume tout seul".

En réponse à Delia:
Pari tenu vu que le rêve d'Emma ou plutôt l'amour ressenti envers Léon est un échec.
La rêverie semblerait être un moyen de survie +
" Emma maigrit; ses joues pâlirent..." " la vue de sa personne troublait le volupté de cette méditation" " Emma palpitait" "diminuer" "tout était perdu"= En clair, elle se rend malade pour rien. Il la caricature? Esprit romanesque à la fin? Je n'ai trouvé que deux procédés stylistiques: la gradat° et champ lexical de la douleur: "triste", "sacrifice", " douleur"
+ "ses rêves trop hauts, de sa maison trop étroite"
Comme je l'ai dit, je suis vraiment perdu dans l'analyse vu que c'est moi qui doit trouver une problématique et un plan en I/ABC II /ABC mais il semblerait qu'il soit faux. Je ne dit pas le contraire mais sur tous les textes que j'ai analysé avec plus de 12/20, c'est le seul où je pourrais me prendre un 2/20 à l'oral du bac.

Mais encore une fois je suis vraiment perdu, ce texte est compliqué. Avec une problématique, je pense que ça m'aiderait à trouver le plan.
Merci d'avance.

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Mais encore une fois je suis vraiment perdu, ce texte est compliqué. Avec une problématique, je pense que ça m'aiderait à trouver le plan.

Erreur de perspective : analysez le texte, cette analyse vous donnera les principaux points d'intérêt du texte, d'où la problématique et le plan.
Je vous rappelle qu'une problématique n'est pas une question du type comment, pourquoi, dans quelle mesure...
Je sais bien que je suis assez seule de mon avis, mais c'est mon IPR qui m'a mise sur cette voie : la problématique, c'est la mise en évidence d'une tension, d'une contradiction que le devoir va résoudre.
La question du type comment ou pourquoi n'est que le contrat de base de tout commentaire qui doit mettre en évidence le sens du texte en dégageant les procédés de l'auteur. Ce n'est nullement une problématique qui doit mettre en évidence la spécificité du texte et son anomalie significative.
Ici, nous avons une tension entre le genre du texte : le roman psychologique, façon Princesse de Clèves, mâtiné d'étude de moeurs, façon Balzac, et la réalisation : une démolition en forme de tous les stéréotypes romantiques.

Avec ces éléments, vous pouvez travailler efficacement me semble-t-il.

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Je pense que cela m'a donné des ressources. Donc récapitulons :

L'amour ressenti par Emma est une souffrance:
"Emma maigrit;ses joues pâlirent;sa figure s'allongea."
"étonnement qui se finissait en tristesse""tout était perdu""douleur".

La joie de se dire:"je suis vertueuse montre que cette joie est un sentiment partagé, qu'il y a bien deux amants sauf que l'un se consume alors que l'autre y renonce.

métaphore : "ses pensées continuellement s'abattaient sur cette maison" + énumérations que je citerai.

Emma est une femme convoitée + dévorée par la passion+ elle se perdra à cause de ses goûts de luxe.

Ils serait utile de se demander :"Comment Gustave Flaubert met-il en dérision les sentiments d'Emma?" ( en sachant qu'il exagère donc il faut mentionner qu'il se fout un peu d'elle)

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

Je me suis mal fait comprendre :

ll serait utile de se demander :"Comment Gustave Flaubert met-il en dérision les sentiments d'Emma?" ( en sachant qu'il exagère donc il faut mentionner qu'il se fout un peu d'elle)

Outre que l'on dit tourner en dérision, vous avez là une question, et pas une problématique.
Pourquoi les seuls sentiments d'Emma ? Dans ce passage, Léon aussi en prend pour son grade, si j'ose m'exprimer ainsi.
Donc, la question qui se pose est plutôt : comment Flaubert pervertit-il les codes du roman psychologique ?
Pervertir les codes, c'est une problématique : d'une part le code est utilisé, mais d'autre part il est détourné.

Deux citations de Flaubert (de mémoire, je ne garantis donc pas l'exactitude) :
C'est la première fois qu'un roman se moquera de la jeune première et du jeune premier.
Etant juste, je les roulerai tous dans la même boue.

Flaubert, Madame Bovary, II, 5 - Quand Charles rentrait, il trouvait auprès des cendres ses pantoufles...

okay j'ai une première idée concernant le plan:
                     I le code est utilisé et détourné
                        A) ...
                        B)...
                        C) un rêve caricatural
                     II) Une flamme qui s'éteint
                        A)Un amour qui devient une larme
                        B)...
                        C)...


Pour le reste, ça ne vient pas mais c'est du moins l'essentiel, si l'on peut le dire.