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Chateaubriand, René - J'ai coûté la vie à ma mère en venant au monde...

Bonjour,

Je suis en première année d'université en littérature et, n'ayant jamais réellement étudié dans ce domaine (j'étudiais la musique classique), j'éprouve quelques difficultés au niveau de la structure de mon travail. Je dois remettre un commentaire composé sur l'extrait du roman René, de Chateaubriand, qui suit.

" J'ai coûté la vie à ma mère en venant au monde ; j'ai été tiré de son sein avec le fer. J'avais un frère, que mon père bénit, parce qu'il voyait en lui son fils aîné. Pour moi, livré de bonne heure à des main étrangères, je fus élevé loin du toit paternel.
" Mon humeur était impétueuse, mon caractère inégal. Tour à tour bruyant et joyeux, silencieux et triste, je rassemblais autour de moi mes jeunes compagnons, puis, les abandonnant tout à coup, j'allais m'asseoir à l'écart pour contempler la nue fugitive ou entendre la pluie tomber sur le feuillage.
" Chaque automne je revenais au château paternel, situé au milieu des forêts, près d'un lac, dans une province reculée.
" Timide et contraint devant mon père, je ne trouvais l'aise et le contentement qu'auprès de ma sœur Amélie. Une douce conformité d'humeur et de goûts m'unissait étroitement à cette sœur ; elle était un peu plus âgée que moi. Nous aimions à gravir les coteaux ensemble, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la chute des feuilles : promenades dont le souvenir remplit encore mon âme de délices. O illusion de l'enfance et de la patrie, ne perdez-vous jamais vos douceurs !
" Tantôt nous marchions en silence, prêtant l'oreille au sourd mugissement de l'automne ou au bruit des feuilles séchées que nous traînions tristement sous nos pas ; tantôt, dans nos jeux innocents, nous poursuivions l'hirondelle dans la prairie, l'arc-en-ciel sur les collines pluvieuses ; quelquefois aussi nous murmurions des vers que nous inspirait le spectacle de la nature. Jeune, je cultivais les Muses ; il n'y a rien de plus poétique, dans la fraîcheur de ses passions, qu'un cœur de seize années. Le matin de la vie est comme le matin du jour, plein de pureté, d'images et d'harmonies.
" Les dimanches et les jours de fête, j'ai souvent entendu dans le grand bois, à travers les arbres, les sons de la cloche lointaine :qui appelait au temple l'homme des champs. Appuyé contre le tronc d'un ormeau, j'écoutais en silence le pieux murmure. Chaque frémissement de l'airain portait à mon âme naïve l'innocence des mœurs champêtres, le calme de la solitude, le charme de la religion et la délectable mélancolie des souvenirs de ma première enfance ! Oh ! quel cœur si mal fait n'a tressailli au bruit des cloches de son lieu natal, de ces cloches qui frémirent de joie sur son berceau, qui annoncèrent son avènement à la vie, qui marquèrent le premier battement de son cœur, qui publièrent dans tous les lieux d'alentour la sainte allégresse de son père, les douleurs et les joies encore plus ineffables de sa mère ! Tout se trouve dans les rêveries enchantées où nous plonge le bruit de la cloche natale : religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l'avenir.
" Il est vrai qu'Amélie et moi nous jouissions plus que personne de ces idées graves et tendres, car nous avions tous les deux un peu de tristesse au fond du cœur : nous tenions cela de Dieu ou de notre mère.
" Cependant mon père fut atteint d'une maladie qui le conduisit en peu de jours au tombeau. Il expira dans mes bras. J'appris à connaître la mort sur les lèvres de celui qui m'avait donné la vie. Cette impression fut grande ; elle dure encore. C'est la première fois que l'immortalité de l'âme s'est présentée clairement à mes yeux. Je ne pus croire que ce corps inanimé était en moi l'auteur de la pensée ; je sentis qu'elle devait venir d'une autre source, et, dans une sainte douleur, qui approchait de la joie, j'espérai me joindre un jour à l'esprit de mon père.
" Un autre phénomène me confirma dans cette haute idée. Les traits paternels avaient pris au cercueil quelque chose de sublime. Pourquoi cet étonnant mystère ne serait-il pas l'indice de notre immortalité ? Pourquoi la mort, qui sait tout, n'aurait-elle pas gravé sur le front de sa victime les secrets d'un autre univers ? Pourquoi n'y aurait-il pas dans la tombe quelque grande vision de l'éternité ?
" Amélie, accablée de douleur, était retirée au fond d'une tour, d'où elle entendit retentir, sous les voûtes du château gothique, le chant des prêtres du convoi et les sons de la cloche funèbre.
" J'accompagnai mon père à son dernier asile ; la terre se referma sur sa dépouille ; l'éternité et l'oubli le pressèrent de tout leur poids : le soir même l'indifférent passait sur sa tombe ; hors pour sa fille et pour son fils, c'était déjà comme s'il n'avait jamais été.
" Il fallut quitter le toit paternel, devenu l'héritage de mon frère. Je me retirai avec Amélie chez de vieux parents.

Je pensais concentrer mon commentaire sur la notion de prose poétique (souvent associée à Chateaubriand) et sur son impact sur le personnage de René en tant que héros romantique par excellence.

Pour ce faire, je prévoyais découper mon texte selon quatre des thèmes évoqués dans l'extrait : l'amour (fraternel), la mort, la nature et le culte du sacré.

J'ai déjà des éléments reliés à chacun des thèmes afin de prouver mon affirmation de départ.

Ma seule véritable question concerne la structure. Est-ce la bonne façon de faire? Utiliser une problématique pour relier les différentes parties déterminées par les thèmes dominants?

C'est la première fois que j'utilise ce forum, si mes pistes de travail ne sont pas suffisamment claires pour être considérées, il me fera plaisir de les éclaircir!

Merci d'avance!

Laurie

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Chateaubriand, René - J'ai coûté la vie à ma mère en venant au monde...

Bonjour,

Tu aurais intérêt à regarder les fiches de méthode du site https://www.etudes-litteraires.com/meth … ompose.php.

Cherche d'abord quel effet est voulu par Chateaubriand : cette alliance étroite, mystérieuse et paradoxale entre la vie et la mort... Ton commentaire doit être unifié par un parcours de lecture qui ne dira pas tout, mais l'essentiel...

Je crois que tu as raison d'en déduire une caractéristique de l'esthétique romantique chez l'auteur.

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Chateaubriand, René - J'ai coûté la vie à ma mère en venant au monde...

Merci beaucoup! J'ai, en effet, trouvé la plupart des informations dont j'avais besoin dans la rubrique sur le commentaire composé! Mais votre piste sur l'alliance entre vie et mort m'a également été bien utile en me permettant d'ajouter une dimension à mon analyse personnelle.