Doutes d'un agrégatif

Bonsoir à tous,

J'ai eu de très très bons résultats à mon M2 recherche l'an dernier (19 au mémoire, entre autres) et on m'encourage à faire un doctorat plus tard, mais on m'a bien entendu conseillé de passer d'abord l'agrégation de lettres classiques pour m'assurer un poste, et je nage dans le doute. Je ne me vois pas du tout enseigner dans le secondaire pour de nombreuses raisons, et devenir maître de conférences en lettres est un parcours du combattant qui peut durer fort longtemps, or c'est la seule motivation, plutôt indirecte, que je puisse me donner concernant l'agrég... Cela peut sembler paradoxal, mais je fais un concours qui conduit directement à un métier qui ne me plait pas et pour lequel je ne pense pas être fait (puisqu'il ne consiste pas vraiment dans les seules compétences testées lors du concours), mais qui peut indirectement conduire à une voie qui m'intéresse davantage... Si bien que même l'aspect "sécuritaire" du fait d'avoir l'agrég pour se lancer dans le doctorat n'est plus très convaincant : passer trois ou quatre ans à faire de la recherche, puis se retrouver en lycée pour x années, arf (et si je démissionne, je me retrouverai sans rien)...

J'essaie de m'accrocher pour le concours, même si cela patine pour l'instant (notamment en raison d'une santé pas géniale) - je trouve que les exercices canoniques s'oublient vite : écrire un mémoire de plus de 200 pages sur un sujet inédit me semble plus aisé maintenant que faire une dissertation - mais je me demande, étant donné ce que j'ai écrit plus haut, si tout cela vaut le coup, et je commence à regretter mes choix d'études. Très bon en langues vivantes, j'aurais peut-être pu me glisser vers la traduction... Au fond, c'est mon goût pour l'écriture et la littérature qui m'a guidé, étant donné que l'on ne peut pas vivre directement d'écrits obscurs, et que même l'écriture destinée au large public ne peut être une activité principale, à moins d'avoir de la chance ou de vrais talents en la matière (ou de la chance et le talent de ne pas avoir vraiment de talent, comme certains auteurs de best-sellers issus de fanfictions moins bonnes que celles qui ne sont pas éditées   )... Mais la réalité - gagner sa vie - doit prévaloir - j'avais déjà pensé quelquefois au monde de l'édition, mais il paraît trop difficile, ou au monde des bibliothèques... Vous l'aurez compris, si c'est l'aspect "gagner sa vie" et "faire un métier pour lequel on se sent plus taillé", ce n'est pas l'enseignement dans le secondaire qui me semble la meilleure solution pour moi.
Bref, je suis assez confus et en proie au doute... Qu'en pensez-vous ?

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Doutes d'un agrégatif

Je crois que tu as déjà ta réponse... L'enseignement ne t'intéresse pas, pourquoi te lancer dans cette voie ?
Si tu as des doutes sur les possibilités de faire autre chose, renseigne toi sur l'Opération Phénix (qui permet d'intégrer les entreprises, et dont je profite actuellement, donc je peux t'assurer que c'est un bon moyen d'entrer sur le marché du travail) et les concours de la fonction publique et territoriale (si tu es bon en langue, pourquoi ne pas t'orienter vers une carrière dans les relations diplomatiques ?).
J'avais les mêmes encouragements à passer l'agrégation, les mêmes doutes que toi vis-à-vis de l'enseignement, et le même réalisme quant à la valeur de mon M2 Recherche en Littérature Comparée... aujourd'hui, je suis chargée de mission marketing de l'offre dans une entreprise que j'apprécie chaque jour davantage. Et à dire vrai... j'adore mon boulot.
Renseigne toi sur tes autres possibilités !
Courage !

Doutes d'un agrégatif

Bonjour Morgane !
C'est un peu compliqué, étant donné que le volet recherche me plait et que plusieurs professeurs ont bien envie de me voir doctorant (en fait je suis "réservé" pour un doctorat, mais il faut avoir l'assurance de l'agrégation...).
Au fond, mon problème est plus large et lié à quelque chose d'aussi profond que mon tempérament. Je suis solitaire, j'ai des traits Asperger/un peu schizoïdes, je suis très introverti, pas naturellement sociable, le contact humain n'est pas trop mon fort, même si, bien entendu, je fais des efforts ; je suis surtout un être de l'écrit (à l'oral, je peux occasionnellement passer pour un idiot profond, ou pour quelqu'un de très intelligent, alternativement)...
Le problème, c'est que la société n'offre pas grand chose pour les grands introvertis de mon genre. J'ai déjà entendu parler de l'opération Phénix, qui est une belle opération, et c'est agréable de voir que tu y as trouvé ta voie , mais le monde de l'entreprise, hum, n'a pas l'air de correspondre à mon profil (et je vois mal quelle entreprise accepterait mon profil)... Mon problème, c'est que c'est surtout les domaines du savoir et de la recherche qui m'intéressent - j'aurais pu me lancer dans différentes matières des sciences humaines avec intérêt, mais au bout, il y a toujours le problème de l'enseignement et du métier.

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Doutes d'un agrégatif

Au final, ça n'est pas si clair... Qu'aimerais-tu? Je laisse à supposer que, vu ton introvertissement, tu aimerais devenir écrivain. Mais en as-tu les capacités?
Tu sembles voir le secondaire comme délétère, alors pourquoi ne pas envisager d'enseigner en prépa, ce qui est possible avec l'agreg?

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ComteDeValmont a écrit :

Tu sembles voir le secondaire comme délétère, alors pourquoi ne pas envisager d'enseigner en prépa, ce qui est possible avec l'agreg?

S'il était aisé d'être prof en prépa à 25 ans, ça se saurait...

Doutes d'un agrégatif

S'il était aisé d'être prof en prépa à 25 ans, ça se saurait...

En effet.
D'ailleurs, qu'en est-il du passage de prof de prépa à maître de conférences ?

... C'est la déprime. Comment réussir un concours lorsque sa préparation même annihile votre confiance en vous ? C'est en partie de ma faute : j'aurais dû faire comme certains ex-condisciples de L3 (LC) et préparer l'agrég de LM, étant donné que j'ai des doutes sur le grec et même le latin ces temps-ci, mais cela ne change pas grand chose au fait que je ne semble pas taillé pour les concours. J'ai d'ailleurs déjà fait l'expérience en prépa de bons - voire de très bons résultats - durant l'année et d'horreurs apocalyptiques (à certaines épreuves) durant le concours pour Ulm.

C'est fou : il y a quelques mois, je rédigeais sans effort et avec joie et intérêt des essais et mon mémoire, avec des résultats qui me disaient que je n'étais pas nul du tout, dans un contexte stimulant (la recherche, les séminaires, les colloques)... Et là, plus de motivation (hum, passer de la recherche originale aux exercices canoniques  ), la déprime, le cerveau qui ne veut pas travailler, des efforts infructueux (d'autant plus qu'à côté, j'ai peu de motifs de contentement - mes quelques amis sont très éloignés, les moments en famille sont très courts, et je ne suis pas dans le meilleur environnement pour ma santé et mon travail), et bien sûr le questionnement sur l'avenir.

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Doutes d'un agrégatif

Mairon a écrit :

qu'en est-il du passage de prof de prépa à maître de conférences ?

Dans l'absolu, les titres requis tendent à être les mêmes: agreg et si possible thèse pour la Prépa, thèse et si possible agreg pour MdC.
Mais les MdC constituent un corps de fonctionnaires à part entière, comme celui des agrégés. On ne peut pas passer de l'un à l'autre sans être radié du corps d'origine. Ça fait réfléchir. 
Qui plus est, les profs de prépa n'ont guère le temps de faire de la recherche, alors qu'un candidat à un poste de MdC doit justement mettre l'accent sur ses activités de chercheur.
Autant dire que les deux univers sont à peu près étanches.

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C'est bien ce que je pensais, merci Jean-Luc .

Doutes d'un agrégatif

Mairon,

Je trouve ton questionnement à la fois touchant et très intéressant. Je crois que beaucoup d'étudiants de lettres sont passés par là le jour où ils ont réalisé que faire des dissertations et des versions ne correspondait à aucun métier. Je trouve cela très courageux de s'interroger comme tu le fais.

Je crois moi aussi qu'il n'est peut-être pas judicieux de se lancer dans l'agrégation si l'enseignement ne te dit rien. Plusieurs de mes amis ont passé les concours de l'enseignement alors qu'ils n'étaient pas faits pour le métier, et cela s'est terminé en eau de boudin ! Il faut bien garder à l'esprit que le CAPES et l'agrég ne sont pas uniquement des compétitions intellectuelles. Ce sont surtout des voies de recrutement d'enseignants qui vont devoir faire face aux classes du secondaire -et parfois du supérieur- plusieurs jours par semaine.

Cela dit, je voudrais préciser que le regard que l'on porte sur soi et sur le métier d'enseignant évolue beaucoup quand on dépasse la vingtaine. Personnellement, mon rapport avec les adolescents a beaucoup changé en seulement cinq ans d'enseignement. Aujourd'hui, je les trouve souvent fascinants, et j'aime travailler avec eux. Les choses étaient très très différentes quand j'ai commencé... Le regard que je porte sur moi a aussi beaucoup changé. Quand j'ai commencé, j'avais souvent très peur que les élèves se moquent de moi. D'ailleurs, certains ne se sont pas gênés ! Aujourd'hui, j'ai beaucoup de moins de complexes, et je me fiche un peu que les élèves rient de moi, pourvu que je puisse faire mon métier, et eux le leur.

Cela dit, si l'enseignement n'est vraiment pas fait pour toi, le travail en bibliothèque peut être une solution. Avec un peu de chance, tu pourrais peut-être continuer tes recherches en parallèle. Peut-être parviendras-tu à valoriser ton travail d'une façon ou d'une autre.

Enfin, je voudrais terminer en te mettant en garde contre les sirènes des directeurs de thèse. Au risque d'être un peu méchant, je voudrais rappeler qu'ils prêchent souvent pour leur paroisse. Diriger une thèse intéressante menée par un étudiant brillant est extrêmement valorisant pour eux. Cela dit, tu dois prendre le temps de voir où est ton intérêt ; pas le leur !     

Bonne chance pour la suite !

Doutes d'un agrégatif

petitleceir a écrit :

Cela dit, je voudrais préciser que le regard que l'on porte sur soi et sur le métier d'enseignant évolue beaucoup quand on dépasse la vingtaine. Personnellement, mon rapport avec les adolescents a beaucoup changé en seulement cinq ans d'enseignement. Aujourd'hui, je les trouve souvent fascinants, et j'aime travailler avec eux. Les choses étaient très très différentes quand j'ai commencé... Le regard que je porte sur moi a aussi beaucoup changé.

Je plussoie...    (Et qu'est-ce que c'est quand on a dépassé la quarantaine !)