La vraie vie, c'est la littérature

Autrement dit, la littérature est le point sur lequel on peut s'appuyer pour faire évoluer sa propre conception de la vie.
On peut, par exemple, à travers elle, trouver une autre échelle de valeurs.

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La vraie vie, c'est la littérature

Hello, pour ma part je crois que la vrai vie n'est autre qu'une destiné; ont utilise la littérature pour raconter cette vie ou la vie dont nous rêvons d'avoir.. Pensez-vous réellement que sans littérature ont ne peut pas vivre?

La vraie vie, c'est la littérature

Brise a écrit :

Pensez-vous réellement que sans littérature ont ne peut pas vivre?

Non, bien des gens s'en passent. Je ne les crois pas malheureux. Mais certains se passent fort bien de croire en Dieu également, et n'ont pas besoin de prières pour enfiler les jours comme des bas de laine. On ne peut pas en conclure que Dieu n'est pas nécessaire. Entre ce que font certains et ce que font les autres, il y a des abîmes difficiles à sonder...

La vraie vie, c'est la littérature

Brise a écrit :

Pensez-vous réellement que sans littérature on ne peut pas vivre?

Personnellement, la littérature m'est devenue nécessaire au fil des ans. Et pour certains écrivains, la littérature est leur raison de vivre. Prenez par exemple Nerval, qui écrivait pour trouver son idéal; mais une fois qu'il s'est rendu compte qu'il ne le trouverait jamais dans la réalité, il s'est pendu. Ou von Kleist qui, n'ayant pas reçu la reconnaissance de Goethe, s'est lui aussi suicidé. La littérature est comme tout art, elle devient indispensable à son créateur. Quant au lecteur, c'est relatif, mais une fois qu'on a plongé dedans, il est difficile d'en sortir.

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La littérature, c'est malheureusement une vie de papier. Peut-être, mais quelle vie!

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Je trouve le débat bizarre. On juge de la déclaration de Proust en termes de vérité ou d'erreur comme s'il s'agissait d'une vérité scientifique à laquelle tout le monde doit souscrire ou personne. Non seulement je ne suis pas sûr que Zidane ou Sarkozy  ou Thérèse de Lisieux conviendraient de ce que la littérature soit la vraie vie, mais, si on demandait à Rabelais ou à Musset ce qu'est la vraie vie, je ne serais pas étonné que l'un réponde le rire et l'autre l'amour.
Et quand on évoque la phrase de Nerval sur le rêve, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une fausse résonance, comparable à celles des gens qui disent que çà les fait "rebondir". De cette manière, on peut partir de plusieurs côtés, sans direction précise. Mais la littérature n'est pas le rêve, et la vraie vive correspond à ces moments de l'existence où non seulement on se sent vivre, mais est aussi réellement plus vivant. Dans ces moments, non seulement on n'est pas coupé de la réalité comme dans le rêve, mais on l'étreint et la transforme tout en restant à sa place sans s'imaginer qu'on fait ou fait faire ce qu'en réalité les autres font.
Que la vraie vie de l'un ne soit pas la même que celle d'un autre, c'est l'évidence même, et il me semble de peu d'intérêt de le signaler. Mais ce qui reste commun aux uns et aux autres, c'est qu'au moment où ils sont à leur place, la vie change brutalement et d'un seul coup pour eux et pour les autres.
La littérature peut être cette place. Cela parait certain dans le cas de Proust qui avait une vie de mondain et de malade, certes, mais pour qui la littérature était la vraie vie.
Nénuphar a écrit :

à force de lire, j'ai parfois l'impression (ô combien cruelle...) de passer, pour ainsi dire, "à côté de la vie" en me réfugiant dans les livres... Alors vous pensez bien que lorsque j'ai découvert la citation de Proust " La vraie vie, c'est la littérature ", j'étais plus que contente !!! Un peu comme si j'avais besoin de légitimer ma passion... c'est un peu idiot peut-être mais c'est comme ça !!!

Sur un ton léger, c'est un problème important, la question de son orientation. Une vraie vie est possible là, ou à partir de là, dit Proust, mais est-ce que ce serait ma vraie vie ? Est-ce que j'y trouverais pas seulement une place, mais ma place. C'est la question à laquelle essaye de répondre Rilke dans ses "Lettres à un jeune poète". Elle est clairement distincte de la réussite et du succès: la littérature était la vraie vie de Léautaud, mais pas celle de Chateaubriand.

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La vraie vie, c'est la littérature

Bonsoir,
j'ai vu que les derniers messages sont datés de l'année 2008 mais, toutefois j'aimerais bien participer à cette discussion. C’est une phrase de Ricoeur qui m’a fait penser à ce sujet de discussion : « C’est précisément en raison du caractère évasif de la vie réelle que nous avons besoin du secours de la fiction pour organiser cette dernière rétrospectivement dans l’après-coup, quitte à tenir pour révisable et provisoire toute figure de mise en intrigue empruntée à la fiction ou à l’histoire. »¹
Cette phrase a évoqué tout de suite mes réflexions quant à l’influence que peut avoir la littérature sur la vie réelle, à ses pouvoirs de transformer cette réalité et redonner le sens de vie.
Après mes études secondaires, je n'avais pas à l'esprit de projet relatif à ma future profession. Mes idées étaient vraiment évasives et tournaient autour du souhait d'être peintre, musicienne, danseuse, poétesse en même temps. Et voilà, qu’en ce moment tombe un livre entre mes mains ! C'est un roman de Charlotte Brontë «Jane Eyre» qui m'a aidé à prendre une décision très importante. Plus je lisais, plus j’étais persuadée que j’avais trouvé ce dont j’avais besoin. C’est ce livre qui m’a donné un conseil, une impulsion, une idée…Le personnage principal est une préceptrice qui a appris à l'école les langues étrangères, la musique et les beaux-arts. Après la lecture de ce roman, Jane Eyre est devenue la personnalité à qui j'avais envie de ressembler. Je voyais en elle la réalisation de tous ce que je voulais obtenir dans la vie. C'est comme cela que mon choix de la future profession s'est orienté vers l'école pédagogique qui formait les éducateurs et les enseignants  possédant des langues étrangères, des techniques de dessin et des pratiques de la musique. J’ai étudié avec une seule visée : devenir éducatrice ou professeur avec le droit d’enseigner la musique, le dessin et les langues étrangères. Je me souviendrai toute ma vie de ce livre magnifique qui m’a montré la voie dans la vie professionnelle et, qui pouvait réunir tous mes désirs forts, voire de réaliser mon rêve. En m'influençant, la littérature m'a offert ce magnifique choix  que je n'ai jamais regretté. Je pourrais remercier infiniment Charlotte Brontë pour son chef d'œuvre qui m'a porté secours dans  l'organisation de ma vie réelle.

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Oui, c'est très important de poser le problème au niveau de l'orientation professionnelle parce que la littérature, faute de mieux est, dans un grand nombre de cas, le seul moyen dont un adolescent dispose pour se faire une idée de ce qu'est la vie en dehors de l'espace social très confiné qu'il connait. Même si ce n'est pas son objet, la littérature peut remplir cette fonction, même si elle la remplit mal, c'est toujours mieux que rien, et même si elle ne la remplit pas du tout, elle peut au moins de donner l'idée de s'informer plutôt que de choisir à l'aveuglette.

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Vous avez raison quant à l'âge de l'adolescence. Il y a une phrase que j'ai rencontré en lisant un article de McAdams "La Psychologie des histoires de vie". Ses réflexions sont consacrées à l’âge de l’adolescence tardive : « C’est au cours de l’adolescence tardive et au début de l’âge adulte que les gens se confrontent pour la première fois au problème de « l’identité versus la confusion des rôles ». C’est à ce moment du cours de la vie que les gens explorent les options idéologiques et professionnelles disponibles dans la société et font l’expérience d’un large éventail de rôles sociaux, dans le but de consolider  finalement leurs croyances et valeurs en une idéologie personnelle, en s’engageant temporairement dans des plans et des projets de vie censés les situer de manière significative dans de nouvelles niches sociétales. C’est pendant cette période du développement que les gens cherchent d’abord à intégrer leurs rôles, talents, inclinaisons et engagements sociaux disparates dans une configuration modélisée de pensée et d’activité qui donne à la vie un certain semblant d’unité et de finalité psychosociales.
En nous influençant, la littérature, comme une partie importante de notre culture, nous aide à construire notre identité personnelle à chaque moment de la vie.

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L'information et l'engagement sont liés, mais ce qui érige la littérature au rang de repère et de guide implique une forte capacité de jugement et de sens de l'action, alors qu'au contraire les accusations qui pèsent sur la littérature tenue pour équivalente à la rêverie, accusations lourdes et pesantes, procèdent d'une forte dose de domestication
Du temps où les gens se mariaient, le mariage était un engagement comme aujourd'hui l'orientation professionnelle, et j'ai connu des familles protestantes où l'on demandait au conjoint d'avoir lu le journal d'Amiel, ainsi qu'une famille de gendarmes qui posait la même exigence pour La Source vive d'Ayn Rand (The fountainhead). Cela me parait légitime et je me rends bien compte que lors d'un entretien d'embauche j'amenais le candidat à parler de La Chartreuse de Parme afin de tester d'après ce qu'il m'en disait, de sa faculté d'initiative et d'enthousiasme persévérant.
Le simple fait de parler de littérature, d'éprouver ce besoin dans une situation qui ne s'y prête pas, donc de faire un accroc à la procédure - je pense à la procédure d'embauche - peut être retenu comme un indice que le candidat a recouvré la faculté d'orientation qu'il avait perdu au cours d'études poussées, en courant vers un but qui n'avait pas de sens sinon d'être le premier, et qu'il est redevenu capable de faire attention à ce qu'il fait et pas seulement à sa position par rapport au voisin.
Grâce à vous qui m'avez fait penser à ce sujet, je viens de commander Une rage d'enfant de Glucksmann, pour compléter les indications auxquelles je pense à partir du Journal de Gide ou des Souvenirs d'un attaché d'ambassade de Morand. Alors que Malraux est aventurier par caractère, j'ai l'impression qu'on pourrait dire des impulsions de Glucksmann qu'elles sont canalisées, ou assistées par la littérature comme on parle de dessin assisté par ordinateur. Je vais vérifier.