La vraie vie, c'est la littérature

Il y a longtemps,  j´ai proposé á une amie d´entretenir
une correspondance par lettres. N´étant pas dans la même classe, je craignais perdre de contact. J´ai donc choisi un cahier, intitulé "Correspondances" que j´ai fait circuler pendant les heures de Latin communes, dans lequel j´ai écrit ma première lettre . Mon amie me l´a reproché.
Elle disait qu´une amitié ne pourrait pas se construire en écrivant. J´ai pensé alors á une citation de Proust "La lecture est une amitié".
   Qu´en pensez-vous?
Je me le demande puisque mon amie est la fille la plus cultivée et intelligente que je connaisse. Elle est un peu plus jeune que moi, mais obtient les meilleurs résultats. De plus elle aime la littérature et voudrait devenir écrivain.
  Pourquoi refuse-elle donc "vivre une amitié épistolaire"?

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La vraie vie, c'est la littérature

Peut-être considère-t-elle que les mots, les sentiments n'ont pas à être figés, formalisés comme dans une lettre ?
Mais dans ce cas, ce serait une vraie contradiction avec ses affinités littéraires

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La vraie vie, c'est la littérature

La littérature seule ne suffit pas pour etre la vie car il lui faut de la logique, de la rigueur, autrement dit il lui faut un esprit mathematique.

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La vraie vie, c'est la littérature

kampaï a écrit :

L’œuvre de Proust est essentiellement autobiographique. Pour ses lecteurs, les sept tomes de La Recherche du Temps Perdu constituent un reflet fidèle de la vie de l’auteur. Car Proust ne s’arrête pas aux détails factuels, il décrit minutieusement chaque situation, chaque rencontre, chaque  pensée, chaque sensation…sur des milliers de pages uniquement consacrées à sa vie. Marcel, personnage romanesque, finit ainsi par s’incarner, par prendre vie. Il est donc permis de se poser la question : Où finit la réalité et où commence la fiction littéraire ? Ou encore : Qui de Marcel, le personnage de roman, ou de Proust, l’auteur bien réel, à l’existence la plus « vraie » ?
Car, à part pour lui-même, la vie d’un homme n’a souvent de réalité que dans le récit qu’il en fait aux autres. Inversement, nous avons beau être témoins de la vie des autres, nous ne nous approcherons jamais autant de la vérité que ceux-la même qui la vivent. Enfin, si nous regardons notre vie, nous constatons qu’elle est faite à 99 % de souvenirs et à 1 % du moment présent (en incluant le fait d’imaginer l’avenir). La vie se résume donc principalement à un commentaire sur son passé et à des conjectures sur le future. La vie, d’une certaine manière, est faite des mots qui la racontent. Quand, en plus, celui qui parle ou qui écrit a du talent, il est tentant de trouver refuge dans cette vie fictionnelle, reflet légèrement déformé de la réalité.
Et puis, qui n’a jamais rêvé d’être un personnage de roman ? Cette question en entraîne une autre : les personnages de romans sont-ils les reflets des êtres réels où ne tentons-nous pas au contraire de ressembler nous-mêmes à ces êtres de fiction ? D’où la question soulevée par cette citation : entre la réalité et la littérature, qui est le miroir et qui est l’original ?
Il est toujours permis d’objecter que seuls les actes et les faits déterminent l’individu et le réel. Mais tout est tellement relatif…et la littérature est tellement plus riche !

Qu’en pensez-vous tous ? c’est une question qui m’intéresse aussi beaucoup.
Et toi Nénuphar, est-ce juste une super feinte pour finir ta rédac ?

Commentaire d'une grande intelligence. Merci kampaï. Je crois que vous avez tôt vidé la question.

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La vraie vie, c'est la littérature

elle est faite à 99 % de souvenirs et à 1 % du moment présent

Pas d'accord ! il y a des êtres et des écrivains qui vivent intensément le présent. Les poètes n'écrivent pas avec des souvenirs.

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La vraie vie, c'est la littérature

Léah a écrit :

elle est faite à 99 % de souvenirs et à 1 % du moment présent

Pas d'accord ! il y a des êtres et des écrivains qui vivent intensément le présent. Les poètes n'écrivent pas avec des souvenirs.

Le présent est déjà du souvenir.

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La vraie vie, c'est la littérature

oui, dans une minute 

La vraie vie, c'est la littérature

Non, je ne crois pas que la littérature soit plus vivante que la vie. Confier des mots, de phrases qui disent ce que la vie a été c'est déjà figer la vie dans la mort. Un texte est mort dès qu'il est né, dans la mesure où les choses ont déjà changé quand l'encre n'a pas encore séché.
Certes, le lecteur peut redonner un semblant de vie au texte, mais ce n'est jamais que partiel et donc plus ou moins factice.
C'est pourquoi le refus subi de correspondance d'amitié ne m'étonne pas: en matière d'amitié, il est plus important de vivre des moments à deux, de partager des activités: vivre l'amitié, c'est parfois ne rien faire, ne rien dire, mais être deux pour vivre ces moments.
De plus, vouloir imposer un mode de fonctionnement à l'autre, c'est vouloir le changer, c'est lui nier sa liberté. L'amitié, la vraie, ne saurait s'accomoder d'une absence de liberté.

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La vraie vie, c'est la littérature

Je crois savoir que Proust, vers la fin de sa vie, avait exprimé quelque regret à l'égard de la littérature. Disant par là que celle-ci épuisait en quelque sorte les expériences de la vie avant même de les avoir réellement vécues. De là l'idée que la littérature ferait vieillir précocement, un peu comme une vie trop intense.

Hélas je ne peux citer aucune référence relative à cela. Si quelqu'un pouvait m'aider.

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La vraie vie, c'est la littérature

Proust est une référence très discutable sur ce point car malade (asthmatique c'est bien ça ou allergique ce qui est un peu pareil) il a en quelque sorte vécu par procuration à partir du moment où il a du rester cloîtré chez lui
Donc il a sans doute créé toute son œuvre en vue (ou à partir de) de pouvoir écrire et en le démontrant "la vraie vie c'est la littérature" Mais aurait-il pensé à cela si il avait pu vivre comme tout un chacun ?