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La vraie vie, c'est la littérature

Je n'ai pas relu mon message...
Correction: chacun de nous vit-il dans une réalité personnelle et solitaire?...

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La vraie vie, c'est la littérature

Merci de m'avoir fait découvrir cette question très intéressante. En parlant de litterature on fait allusion à la culture générale alors que cette dernière est tout simplement une connaissance de la vie.

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La vraie vie, c'est la littérature

Si je me souviens bien, Kundera, dans L'insoutenable légèreté de l'être explique que nous ne vivons pas, car nous n'avons qu'une seule vie - c'est-à-dire que comme nous ne savons pas si nous avons pris le bon chemin, et que l'on ne peut pas tester les options possibles, nous ne vivons pas entièrement.
D'un autre côté, un personnage de roman naît, vit, meurt ; l'auteur lui donne des sentiments, lui fait faire des actions, le fait fonctionner comme un Homme - idéal, certes, mais un Homme quand même. Le lecteur est obligé d'entrer dans cette "illusion de vie" s'il veut pouvoir goûter au roman. La littérature serait donc une vie entière. Mais une vie idéale, où l'auteur est omnipotent et peut faire ce qu'il veut, dans les seules limites de l'imagination, à son/ses personnages.

Et voilà donc l'une des fonctions que je prête à la littérature : c'est de servir la "vraie" vie, celle que nous, nous vivons. Nous lisons pour acquérir une expérience qui nous manque et s'en servir pour notre propre vie. Avec plus d'expérience, on croit - à tort ou à raison - que nous dirigerons mieux notre vie.

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La vraie vie, c'est la littérature

Jacquemort, Lugubre et Karamazov ! on se croirait dans un drame 

Oui Jacquemort, une vie puissance elle-même en quelque sorte. Si le roman est bien écrit et qu'il vous retient on entre dans la peau du personnage, ça dédouble la vie en concentré parfait. Mais ça crée aussi des illusions, car dans la "vraie vie" c'est jamais pareil. Aucun décor ne vaudra celui que l'on rêve, et dans le quotidien Rodolphe ronfle   

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La vraie vie, c'est la littérature

Coucou !

Ah non non ma question n'est pas du tout une "super feinte pour finir ma rédac'" !!! , je suis acutellement en prépa littéraire et je voudrais devenir prof de lettres... La littérature me passionne et je me pose beaucoup de questions à ce sujet... en particulier, je ne sais pas pour vous mais moi, à force de lire, j'ai parfois l'impression (ô combien cruelle...) de passer, pour ainsi dire, "à côté de la vie" en me réfugiant dans les livres... Alors vous pensez bien que lorsque j'ai découvert la citation de Proust " La vraie vie, c'est la littérature ", j'étais plus que contente !!! Un peu comme si j'avais besoin de légitimer ma passion... c'est un peu idiot peut-être mais c'est comme ça !!!

Pour ma part, je pense que lire des chefs-d'oeuvre, c'est certes se divertir, mais c'est aussi apprendre, au travers de la fiction, qui nous sommes... La littérature parle de la condition humaine et explore toutes ses dimensions... toutes celles que jamais nous ne pourrons vivre dans la "vraie vie", dans la réalité... Le style de l'écrivain, sa maîtrise de la langue nous permet de mettre des mots sur nos maux, sur nos sentiments, sur ces émotions que nous n'exprimons parfois qu'avec peine...
Malgré les apparences, la littérature ne serait pas synonyme de repli sur soi, dans sa tour d'ivoire, mais d'ouverture, d'ouverture à l'autre, à l'altérité, en nous donnant l'occasion de vivre mille et une vies et en nous arrachant à notre pauvre petite existence personnelle, en nous montrant à quel point les expériences individuelles sont variées et complexes... La littérature est une fenêtre ouverte sur le monde, la vie aussi ; la vraie vie, c'est peut-être la littérature, seule à même de transmettre un peu de sa richesse, de sa complexité...
Non ?

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La vraie vie, c'est la littérature

Eh oui, Jacquemort, Lugubre et Karamazov font un trio inoubliable, un peu comme les sorcières de Mcbeth! 
Merci de l'avoir remarqué, Léah!

Pour en revenir à la question qui nous intéresse, il me semble qu'il y a deux vies: la réelle (mais encore une fois, je me demande parfois sur quels critères on peut dire cela d'elle) et l'autre, celle que nous poursuivons pendant des heures échappées, épargnées, celle que nous choisissons, finalement. Qui n'a jamais éprouvé le besoin fébrile de reprendre sa lecture, après en avoir été sevré pendant quelques jours? Qui n'a jamais eu la sensation que s'il ne rompait pas rapidement avec la vie dite réelle, pour rallier l'oasis des pages, il allait mourir de déshydratation de manière imminente?
Alors oui, la littérature nous permet le divertissement et l'évasion, elle nous apporte aussi l'expérience qui peut nous donner (l'illusion du) contrôle de notre existence réelle, et elle apporte la poésie, la beauté qui manquent parfois à notre monde réel: ce soir, j'ai rendez-vous avec Béatrice! Lisez POe et je vous assure que vous n'entendrez plus jamais les corbeaux en novembre, comme autrefois.
Gloups... voilà que je redeviens ... lugubre (pardon!) 

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La vraie vie est ailleurs
Oui il y a autant d'illusions dans la "vraie vie" que dans la littérature
Tiens une expérience "virtuelle" J'ai beaucoup échangé sur un forum consacré à Baudelaire (site disparu hélas sauf en mémoire cache) et entre passionnés à force de parler de LUI, notre Maître-ès-poésie, on avait son fantôme entre les lignes, parfois quasiment tangible...

La vraie vie, c'est la littérature

Je ne veux pas vous déflorer La Recherche du Temps Perdu, et ne pourrai guère être explicite : mais sachez que cette phrase de Proust est loin d’être anodine, et qu’elle est l’aboutissement véritable des 3 000 pages de l’ouvrage.

Un sec résumé ne pourrait certes pas vous faire comprendre ce que Proust a mis tellement de temps à montrer. Ceci dit, sachez qu’il n’est pas ici question d’une opposition « virtuel/réalité », ni de savoir si ce qu’on lit est plus réel que ce que l’on vit.


Non. Dans cette assertion, Proust entend le mot « littérature » au sens actif du terme – c’est-à-dire au sens de celui qui écrit. La vraie vie, la seule vie qu’on a réellement vécue, c’est celle qu’on ne peut retrouver qu’en « déchiffrant son livre intérieur » - et donc en écrivant.

C’est un processus qui n’a rien à voir avec celui du lecteur (Proust fait clairement la distinction) et qui, puisqu’il est propre à chacun, n’est pas transmissible dans son essence.

Le souvenir de la madeleine, par exemple, n’appartient qu’à Proust.

Et ce souvenir fait partie de la "vraie vie" de l'auteur.

Ce que la mémoire, avec la palette immense de ses sensations, est incapable de refaire éclore ; ce que l'intelligence est trop sèche pour synthétiser, seul un accident comme celui de la madeleine est capable de le ressusciter.

Un accident - ou le fait de se mettre à écrire pour de vrai.

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La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.
La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.


Proust, Le Temps Retrouvé

La vraie vie, c'est la littérature

Un grand merci pour cet extrait.

Le connaissiez-vous déjà lorsque vous posiez votre question ?