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Article sur Jean-Jacques Rousseau pour le journal du lycée

Bonjour,

PETIT AJOUT : je sais que la longueur du texte peut être décourageante mais j'aimerais vraiment avoir des avis, la rédaction du journal est assez peu exigeante et bienveillante à mon égard mais je ne veux surtout pas laisser passer des inepties ! J'aurais donc vraiment besoin d'avis

Je fais partie du Journal du lycée et suis chargée d'une chronique "littéraire". Pour la toute première fois, je vais soumettre un article à publier ! J'ai choisi de présenter un petit quelque chose à propos de Jean-Jacques Rousseau afin d'instruire un minimum les élèves qui me liront et de coller un peu à l'actualité - on célèbre cette année le tricentenaire du genévois. Voici l'article en question :

TROIS CENTS ANS DE
JEAN-JACQUES ROUSSEAU



La France et la Suisse célèbrent en cette année 2012 le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Dans ces deux pays également chers à l’auteur sont organisées, à cette occasion, de nombreuses manifestations culturelles ; mais cet anniversaire est aussi une excellente opportunité de se pencher sur la vie, et plus encore sur l’œuvre d’un illustre penseur du XVIIIème siècle dont l’influence philosophique, mais aussi littéraire, perdure. Une petite mise au point à son sujet est  donc loin d’être superflue ou désuète : sans prétendre à l’exhaustivité, une présentation du grand Jean-Jacques Rousseau s’impose !

Nous autres lycéens avons généralement abordé le nom de Jean-Jacques Rousseau dans nos manuels d’Histoire où il apparaît parmi d’autres – Montesquieu, Diderot, évidemment Voltaire… - pour évoquer le courant de pensée des Lumières. Les idées des philosophes se réclamant de ce mouvement, fort répandu en Europe au XVIIIème siècle, influencent ensuite pour beaucoup les Révolutionnaires français de 1789. Rousseau, indéniablement, s’inscrit dans la lignée de ces penseurs par ses écrits théoriques : il joue à leurs côtés un rôle déterminant dans l’Histoire, et sa réputation est à ce titre pleinement justifiée. Parler de Rousseau, c’est donc nécessairement parler des Lumières.
« Qu’est-ce que les Lumières ? », demande Kant dans un ouvrage de 1784 : avant tout, un mouvement philosophique qui encourage une pensée autonome et dénonce l’asservissement. Il s’agit de combattre le préjugé et le despotisme par l’usage de la Raison, une faculté propre et naturelle à l’Homme, quel qu’il soit : on comprend bien comment de telles idées ont pu aboutir à la formulation de l’égalité entre les hommes ! 
L’éducation est évidemment une donnée indispensable pour prétendre à exercer sa raison. Jean-Jacques Rousseau offre une vaste réflexion à ce sujet dans son célèbre traité, Emile ou de l’Education, paru en 1762 : en mettant en scène le développement d’un enfant, l’auteur théorise un modèle de formation des Hommes. L’expérience y est reine : plutôt que d’apprendre des mots, le petit homme doit apprendre des choses. Connaître par cœur ou formuler de grands discours n’est d’aucune utilité ; il s’agit au contraire de tout découvrir par soi-même, au contact de la Nature. Le rôle du précepteur est avant tout d’éveiller chez son élève un désir de savoir, en aucun cas de lui inculquer des préjugés sur un ton de pédanterie ! Cet idéal d’éducation, bien qu’impraticable puisque nécessitant un programme individualisé, illustre l’aspiration à l’autonomie propre aux Lumières et propose de nombreuses pistes quant à la formation de l’enfant, y compris dans ses plus jeunes années : de nos jours, au Japon, la lecture de l’Emile est ainsi imposée à tous les instituteurs ! Une telle éducation permet l’autonomie de chaque individu. Avec Le Contrat Social, son ouvrage politique majeur, Rousseau établit le principe de souveraineté populaire : l’ensemble des citoyens d’un pays constitue le peuple, qui exprime la volonté générale en élisant des mandataires entièrement au service de l’intérêt commun et de la justice. La liberté et l’égalité sont  affirmées dans cet ouvrage, qui circule dans toutes les mains à l’aube de 1789.
Jean-Jacques Rousseau est bien un philosophe des Lumières, et nous héritons de lui certains de nos principes politiques les plus forts : les acquis de la Révolution Française, qui puise entre autres dans l’œuvre de l’auteur quelques unes de ses idées majeures, ne sont-ils pas au fondement même de la société actuelle ?

Mais peut-on pour autant s’en tenir à cela ? L’influence du célèbre genevois ne s’est-elle faite sentir que du point de vue politique ?
…Non, précisément. S’il a bel et bien écrit des ouvrages dont la portée idéologique et politique est souvent évoquée, Jean-Jacques Rousseau a également marqué un tournant du point de vue littéraire.
L’auteur s’impose en effet comme l’un des précurseurs du Romantisme, avec par exemple son roman épistolaire Julie ou la Nouvelle Héloïse, dans lequel la passion amoureuses, les sentiments les plus purs et la vertu sont exaltés pour le plus grand bonheur des lecteurs et lectrices : le succès de l’œuvre, éditée plus de soixante-dix fois entre 1761 et 1800, en fait sans conteste l’un des évènements littéraires les plus importants du XVIIIème siècle !
Dans sa philosophie, Rousseau donne une place prépondérante à la Nature ; une nature qu’il exalte également dans ses textes littéraires, tant dans la Nouvelle Héloïse que dans Les Rêveries du Promeneur Solitaire, ouvrage inachevé dans lequel l’auteur se laisse aller à la contemplation de paysages, et en évoque certains en souvenirs heureux. C’est par exemple le cas dans la Cinquième Promenade – ou cinquième chapitre – au cours de laquelle l’auteur se remémore son séjour sur l’île Saint-Pierre, à l’automne 1765. Il y décrit avec lyrisme cette terre calme et reposante reliée aux rivages du lac de Bienne.  Dans la septième partie de son texte, il livre sa passion pour la botanique, une nouvelle occasion pour lui de s’adonner au culte de la nature.
N’oublions pas, enfin, que Rousseau inaugure pour ainsi dire le genre autobiographique – bien que Saint-Augustin ou encore Montaigne s’y soient déjà en partie adonnés - avec ses Confessions, parues entre 1782 et 1789, où c’est une fois encore la sensibilité qui prime ! L’auteur se juge lui-même, garantissant au lecteur sa sincérité, et peignant pourtant son propre portrait par des traits plus apologétiques que fidèles à la réalité, se qualifiant dès les premières pages de « bon, généreux et sublime »… Sans doute puise-t-il surtout dans une forme d’orgueil son désir d’entreprendre l’écriture d’un tel ouvrage. Mais qu’importe ? Il réalise ici ce qui permettra plus tard l’écriture des Mémoires d’Outre-Tombe par Chateaubriand, lui-même modèle du plus illustre des romantiques : Victor Hugo.
Le lyrisme de Rousseau, son amour de la Nature, son utilisation du « je » et ses innovations littéraires en font donc bel et bien un père du Romantisme, sans doute le mouvement littéraire le plus célébré. La représentation romantique de l’artiste n’est-elle pas celle qui, aujourd’hui encore, domine dans tous les esprits ? Il semble que l’on doive en partie à Jean-Jacques Rousseau cette page primordiale de notre histoire littéraire…

On ne peut donc douter de l’intérêt de souligner, trois cents ans après sa naissance, le génie et le talent d’un grand homme qui mérite notre reconnaissance – ce que confirme sa présence au Panthéon depuis 1794 !

Il manque quelques éléments de typographie puisque j'ai directement copié-collé de word. J'ajouterai un petit encadré pour présenter une exposition :

A VOIR

Unanimement célébré aujourd’hui de part et d’autre du Jura, Jean-Jacques Rousseau fut pourtant souvent haï en son temps, éternel rival de Voltaire, brouillé avec Hume, traité de « méchant » par Diderot… Si de tels potins vous intéressent, l’exposition « Rousseau, passionnément » au Musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency vous propose jusqu’au 9 décembre de découvrir la vie de l’auteur, entre autres à travers les passions qu’il déchaîne auprès de ses nombreux ennemis… Des documents exceptionnels, tels que des lettres autographes de Rousseau, vous apporteront un éclairage sur la vie comme sur l’œuvre du philosophe. Pour cela, bien plus que pour le détail de querelles personnelles, cette exposition vaut le déplacement !

Voilà, j'aimerais votre avis : peut-être y a-t-il parmi vous des rousseauistes qui s'offusqueront de mes imprécisions ; je suis persuadée qu'il y en a, mais vous comprendrez bien que je ne fais pas ici un exercice d'érudition, et que je ne prétends pas à tout dire ! En revanche, si vous constatez de véritables erreurs, je vous serai très reconnaissante de me les signaler !
Pour ce qui est du style, il est peut-être parfois un peu familier : c'est voulu, je m'adresse à un public jeune qui a besoin de quelque chose d'accrocheur, ou je peux déjà affirmer que personne ne lira l'article dans mon lycée. Bien évidemment je ne m'exprimerais jamais de la sorte dans un devoir !
J'espère que certains auront le courage de tout lire et de me donner des conseils ! Merci d'avance !

Article sur Jean-Jacques Rousseau pour le journal du lycée

Bonjour,
Je ne suis pas d'accord à 100%... mais s'il est bien un écrivain qui autorise les analyses les plus variées et contradictoires c'est bien JJR. Je n'ai donc aucune envie de "corriger votre copie" mais plutôt de vous féliciter pour votre intérêt avisé pour ce penseur et cet écrivain exceptionnel.
Je vous alerte cependant sur un point : vous faites de JJR un "philosophe des Lumières" sans interroger la rupture qu'il introduit dans la pensée des encyclopédistes dès le Premier Discours. JJR critique l'usage que les hommes font du progrès des connaissances et pour lui la "perfectibilité" concerne les facultés de l'homme et non l'homme lui-même. Pour faire simple, être plus savant ne rend pas l'homme meilleur ! JJR n'est certes pas un adversaire des Lumières, mais réfléchissez au scandale que ses prises de position ont causé chez les "philosophes"...
Cordialement.
W.

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Article sur Jean-Jacques Rousseau pour le journal du lycée

Bonjour,

Merci beaucoup pour votre réponse !
Je vais essayer de nuancer toute cette histoire de philosophe des Lumières en insistant sur le fait qu'il s'est placé en marge de son époque sur un certain nombre de sujets, et notamment la notion de progrès. Qui plus est ça éclairera aussi le côté "seul contre tous" d'un point de vue idéologique alors qu'en général, on s'attarde plutôt sur le "personnage" de Rousseau !
Merci encore