1

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Ces deux étudiants de L3 ont obtenus 16/20 au partiel de philosophie juridique et politique.
Mais ils ont pourtant soutenu deux thèses bien différentes.
Duquel vous sentez-vous le plus proche? Argumentez.

Antoine : "se promettre quelque chose à soi-même c'est toujours se sauver"
Antoine rapproche la promesse qu'on se fait à soi-même de la résolution heideggerienne, cette promesse là résonne avec le salut.


Jules : "Non, on ne peut se promettre quelque chose à soi-même, la promesse est le présage de la folie ; il faut nécessairement que l'on devienne un noble traître parce que nous changerons..."
Jules distingue la promesse de la résolution heideggerienne et dit qu'il faut s'engager pour une rupture basé sur la disparition de l'autre (qui invoque résolument une responsabilité) et qui s'apparente à une forme de mission.

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Ainsi présentées et explicitées, je ne comprends pas grand chose ni à l'une ni à l'autre. Beaucoup trop elliptique et descriptif: je ne vois pas quel sens précis prennent les concepts dans ces développements.

C'est bien d'avoir eu 16/20 à ton partiel, je suis ravi de l'apprendre 

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Jules intègre d'ailleurs à tous les niveaux la disparition de l'autre et réussi haut la main cette mission qui consiste à devenir traitre. Il est encore possible d'hésiter sur sa noblesse et sur sa capacité de prendre acte du fait que pour lui la "responsabilité" implique profondément une réification. De fait, Jules semble vivre toujours au milieu des choses et chosifier ce qui autour de lui peut vivre : c'est une manière de "se sauver" (rapprochement des deux thèses) et d'ailleurs, ce "se sauver" est de façon déterminante lié à un égocentrisme philosophique et relationnel qui ne se légitime que par des placebos conceptuels. Il est saisissant de voir que ce le "risque de la folie" que peut mettre en avant Jules pour mettre en cause la promesse est justement celui qu'il prend à longueur de temps et qu'il ne cesse de lancer aux autres comme une violence.

Si je devais expliquer la thèse de Jules telle que je la comprend ; je dirais qu'elle est une fuite en avant et un mensonge. Je dirais qu'elle est une construction artificielle, tenant sur des références heideggeriennes artificielles elle-même, et je dirais par ailleurs qu'elle rentre en contradiction totale avec ce que j'ai pu échanger avec Jules. C'est peut-être intéressant d'ailleurs, ça, par rapport au sujet : je reconnais la cohérence de Jules qui pose la thèse que toute promesse présage de la folie, et qui est fou à force de ne rien promettre. Je savoure le paradoxe aussi d'une thèse, promesse philosophique, offrande toujours, qu'on le veuille ou non, qui aime à se nier en niant son propre fondement. Jules à une mission, mais cette mission est illisible et inattaquable, in-critiquable et imperturbée, elle est "folle", oui, à force de s'affirmer bestialement envers et contre tout.

Si je devais me positionner par rapport à Jules, je tenterais d'oublier Heidegger et les autres et de cesser de lancer à longueur de phrases des formules dont le creux est trop apparent, dont l'absence de sens est trop claire, pour faire illusion. Je me demanderais par rapport à quoi l'on peut poser la folie et si la folie n'est pas celle qui consiste à croire qu'on peut y échapper. Je verrais si la folie n'est pas de croire qu'il est une mission supérieur et que je suis moi, autre chose que cet "autre" qu'il faudrait nier ou faire disparaître. L'autre disparait dit Jules, et je suis responsable. Mais, je n'entendrais, je crois, là-dedans, rien d'autre que "l'autre une fois chosifié, je serai". Donc, que Jules me dise qui sont "les autres" pour lui, et peut-être je pourrais répondre à Jules...

Je ne réponds pas à Antoine, il n'a rien demandé lui, jusqu'à preuve du contraire. Je ne réponds qu'à Jules et par Jules, puisque Jules affiche avec son nom sa pensée et avec sa pensée sa note. Parce que Jules a eu 16 et que finalement, ce qu'il faut dire à Jules et ce qu'il faut remarquer (puisqu'il ne répondra à rien et n'écoutera rien, finalement, de ce qu'on dira à Jules sur ses thèses) c'est que 16 en philosophie c'est bien.

Bravo Jules.

4

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Ce n'est pas très heideggerien pourtant comme position, je distingue bien cette rupture responsable de toute résolution. Lui a fini sur Heidegger justement.
Moi sur Nietzsche (Humain trop humain).

Pour ta réprimande : je suis maladroit mais j'ai toujours espoir d'une discussion sur le thème, là non, ce n'est pas bien grave. Personellement je ne suis pas inquiet sur la possibilité d'une communication ou d'une résonnance de ce qui doit sortir parce  que j'ai trouvé des auteurs avec qui je suis en adéquation parfaite.

Pour moi ce sont des choses assez sensibles que j'évoque ici (comme le fait que tu me renvoies constamment que je suis violent/pretentieux/utilitariste/égoïste) ou que sais-je encore.
Mais j'ai souvent trollé, toi tu es quelqu'un qui apprécie le tacle, rien à dire là-dessus.

Peut-être qu'au fond, oui, les positions ne sont pas si antagonistes que ça et que ce n'est qu'une affaire de mot mais là où je voulais en venir c'est qu'il me paraît impossible de se fixer un but précis à cause de cette loi du changement dont nous souffrons tous excessivement-dans tout domaines-y compris dans les relations sociales. Je changerais, tu changeras et Nietzsche lui même changera et c'est quand rien ne semblera avoir changé que tout aura le plus changé et que nous serons le plus pris dans les chaînes de l'obligation, c'est pour cela qu'on ne peut que rompre.

Et finalement c'est aussi une voix-à l'inverse de la voix de la morale kantienne-mais finalement tout aussi prescriptive, qui conduit Nietzsche hors du domaine de l'obligation découlant de la promesse.

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Je traîne après moi trop d'échecs et de mécomptes
J'ai la méchanceté d'un homme qui se noie
Toute l'amertume de la mer me remonte
Il me faut me prouver toujours je ne sais quoi
Et tant pis qui j'écrase et tant pis qui je broie
Il me faut prendre ma revanche sur la honte

Ne puis je donner de la douleur Tourmenter
N'ai je pas à mon tour le droit d'être féroce
N'ai je pas à mon tour droit à la cruauté
Ah faire un mal pareil aux brisures de l'os
Ne puis je avoir sur autrui ce pouvoir atroce
N'ai je pas assez souffert assez sangloté

Aragon, Le roman inachevé (ça veut pas dire que tu es Aragon t'emballes pas)

6

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Merci pour ce beau passage.

Je ne pense pas me noyer mais plutôt nager pour me maintenir à la surface avec l'énergie du desespoir (mais sans me promettre de ne jamais couler).

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Merci pour cette belle image Régis.

8

Peut-on se promettre quelque chose à soi-même ?

Sa thèse défendue est interessante parce qu'elle permet de distinguer promesse à l'autre/promesse à soi.

Dans la mienne on ne peut finalement promettre ni à autrui ni à soi, une région du moi risque d'être lésé dans la perspective de la promesse.

Mais évidemment pour reprendre un terme nietzschéen adressé à Wagner (sur le thème de la vengeance) "cela se paie cher". On se retrouve tout seul sur un sol instable qui n'est plus assez solide pour permettre de supporter le poids des conciliations illusoires de l'existence.