1

Autour de Victor Hugo

Non, pas que cela ; certains de ses vers - ou de ses proses - sont sublimes. Ainsi la scène finale d'Hernani...

(Message édité.)

Ceci est la réponse au dernier message sur un topic concernant Apollinaire où Victor Hugo avait été évoqué.

2

Autour de Victor Hugo

Ne pas aimer Hugo c'est un fait, chacun ses goûts, mais dire qu'il n'a rien inventé ...
Il a écrit certain des plus grands romans de notre histoire, et l'utilisation de l'argot dans Les Misérables ( déjà engagé par Balzac mais porté à son paroxisme ), et son écriture sublime, je n'ai rencontré nul par pour l'instant une telle écriture, et, c'est une grande pensée ... bien sûr qu'il a été influencé par d'autres, bien sûr qu'il incarne Le Romantisme et qu'il en a été le chef de file, mais il n'ai pas que Romantique et cela n'enlève rien à sa singuliarité ...
Ce n'est pas parce qu'un auteur "appartient" à un mouvement qu'il se réduit à lui, Lamartine et Hugo étaient ils identiques. C'est bien simpliste de réduire la grandeur d'un auteur à l'appartenance ou non à un mouvement littéraire : Rabelais n'était il pas Humaniste, Zola Naturaliste ou Robbe-Grillet Nouveau romancier ? Sont ils pour autant petits ? Surtout que pour créer un mouvement il faut bien l'inventer ? Chaque auteur qu'il se dise ou non d'un mouvement est influencé par ceux de son époque et est à la fois unique ... N'est ce pas là la magie de la littérature.
Sur ce, je m'excuse pour la digression.

Autour de Victor Hugo

Ne pas aimer Hugo c'est un fait, chacun ses goûts, mais dire qu'il n'a rien inventé ...
Il a écrit certain des plus grands romans de notre histoire, et l'utilisation de l'argot dans Les Misérables ( déjà engagé par Balzac mais porté à son paroxisme ), et son écriture sublime, je n'ai rencontré nul par pour l'instant une telle écriture, et, c'est une grande pensée ...

Mauvaise pioche !
Je n'aime pas Hugo, je l'adore ! Mais aimer son écriture ne me dispense pas d'être lucide. Les Misérables sont un super-feuilleton, pas un grand roman. Il manque son objectif : dénoncer les misères du temps en faisant la peinture de la société. Mais à part une prostituée, personnage intemporel, un fils de famille provisoirement famélique, et une collection de canailles aussi pittoresques qu'invraisemblables, on ne voit rien de la société.
Il ne passe pas un train dans les Misérables ! Certes, l'action prend fin en 1832, mais on ne voit pas non plus le travail des enfants pourtant dénoncé par Hugo dans Melancholia.
Le personnage central du forçat évadé est repris de Dumas (Edmond Dantès) et de Balzac (Vautrin). La construction du roman est on ne peut plus classique.
La vraie peinture de la société, c'est dans Les Mystères de Paris qu'il faut aller la chercher (même si la construction romanesque est inférieure à celle de Hugo, la documentation est supérieure).
Le vrai renouvellement du roman, c'est la Madame Bovary de Flaubert.

C'est bien simpliste de réduire la grandeur d'un auteur à l'appartenance ou non à un mouvement littéraire

C'est hélas ce que font les manuels scolaires : ils enferment les auteurs dans les cases des mouvements littéraires, d'où la question de l'élève sur le mouvement dont relève Apollinaire.
Mais justement, les vraiment grands sont à eux seuls un mouvement : Rabelais n'est pas humaniste, il est Rabelais, Zola n'est pas naturaliste, il est Zola. Hugo est romantique, et il n'a même pas trouvé la formule, qui date de Rousseau et Chateaubriand. C'est en cela que l'on ne peut pas le qualifier de grand, si bon écrivain soit-il, et si plaisant à lire.

Il serait cependant injuste de dire qu'il n'a rien inventé : il a inauguré le monologue intérieur, ou flux de conscience, dans le Dernier jour d'un condamné. Mais il n'a pas osé aller jusqu'au bout, et s'est embrouillé dans un souci de vraisemblance, à faire emporter son journal par le condamné jusqu'au pied de la guillotine.
Cela dit, pour le fond et la forme, le Dernier jour d'un condamné est l'un des plus grands textes du XIXe siècle.

4

Autour de Victor Hugo

C'était juste un bobo de Paris, qui avait son ticket pour les hautes sphères du gratin littéraire de l'époque. Un parvenu, qui s'est lui-même perdu dans une(des) dénonciation(s) qu'il ne pouvait porter à l'état de vision(s) vérace(s), celles d'une réalité qu'il était difficile (trop difficile) d'atteindre. Elle se cachait, au fond des ruelles le soir, espérant chaque fois de ne pas tomber sur les représentants d'une société d'exclusion. Celle-là, entretenant la peur du tout-pouvoir et mettant en lumière les méandres d'un monde qui était bien sombre et dont les rangs courbaient les échines en face de ce vieux Victor, même si cela aurait été fait inconsciemment; les écrivains eux, pendant ce temps, restaient aveugles sans repères dans leur propre obscurité, se contentant d'écrire de leur imagination poussiéreuse, remplie des clichés les plus ridicules qui soient. Tout ça... ces bien-nés, n’existaient que pour entretenir cette sorte de fascination envers autrui, sans pour autant tenir compte du fait que, comme-eux, ils étaient aussi un sujet et pas seulement un objet d'une littérature oisive, décentrée et repoussante qui s'avérait totalement inutile.
Il n'a jamais faite cette expérience, celle de la misère qui prend dans sa brume très dense et qui fait disparaître jusqu'au souvenir même de l'existence de ceux qui étaient à cette heure les piliers de la France du futur. Ceux qui, faute d'avoir un foyer confortable, s’enfonçaient dans la stagnation lactesante d'une humide clameur, pour conquérir avec leur front leur liberté. On entendait alors le bruit étouffé d'un lieu égaré dans une sorte d'autre espace-temps insondable, rempart à notre champ de perception, qui était là pour empêcher aux vrais penseurs d'atteindre l'objectif qui se trouvait accroché à un mur, celui de l'indifférence, qui devenait, à force de s'en rapprocher, la plus grande forteresse qu'il soit possible d'assiéger, et qui se trouvait au fond de cette accumulation opaque. Les normaux, de toute leur force continuaient l’ascension vers la cime qui caressait l'air homogène pour essayer de vivre heureux, simplement et pour améliorer les conditions de notre partition, l'humanité en faisant s'écraser à Terre le symbole du malheur. La mort était de bonne compagnie, entretenue par le glas funeste, qui résonne lorsque l'on entend qu'un visage vient rencontrer, pour épouser dans un dernier élan, le sol, l'embrassant comme on embrasse son amour pour la dernière fois. Pendant c'temps la, lui, se baladant avec la canne de la honte, symbole d'un rang qu'il était malaisé d'atteindre, si c'n'est qu'il fût été possible de l'atteindre à un seul instant pour ces chiens galeux qu'on appelle le peuple dans un élan d'égocentrisme et de mépris total de l'être-humain, il vagabondait, les poches remplies d'argent à dépenser en absinthe à la première occasion, prétextant pris sur le fait, l'envie irréprésible de faire s'écrouler ce mur au fond de cette saleté d'air.
Malgré tout, Oui, ces chiens, c'était nous, même les plus riches, même les plus pauvres, tous malades, d'un mal qui tue des enfants et les exploite, d'un mal qui fait que nous ne sommes plus en mesure de rendre la dignité à un homme et une femme qui met sa puissance de vie au service d'une société ingrate et qui n'a que peu d'intérêt pour les conditions d'un autre lambda dans l'équation qui régit toutes nos dynamiques d'échanges.
On a fait de l'être un moyen de production pour une société sans coeur. Et j'ai honte... Comme ce gentilhomme qui se cachait dans son appartement parisien, regardant le peuple d'en-bas se battre et verser son sang pour entretenir la tempête de son encrier. Il a gaspillée l'essence précieuse de l'âme du monde pour immortaliser un patchwork de références qui fait joli dans le style mais qui loupe le coeur, ces fibres centrales du filigrane, l'état transcendant de l'esprit et qui élève aussi celui de tous.
On aura vite fait de dire que la littérature n'est que littérature, mais non, ce serait trop facile. On classe, on crée des murs pour séparer nos esprits, c'est désolant, mais c'est dans la logique de ce système qu'essaie de nous imposer la belle élite depuis la nuit des temps.
Adieu mouvement, on entre dans l'inertie intellectuelle, redite éternelle des idées d'autrefois pour entretenir le corps d'un texte sans âme, exsangue bousculé par les haleurs des ondes invisibles du tabassage médiatique, qui finiront un jour par pénétrer et contrôler nos pensées.

5

Autour de Victor Hugo

Bon, je crois que ça me dépasse un peu ...

6

Autour de Victor Hugo

Dites-donc, c'est très vaniteux de juger Hugo, surtout pour dire qu'il n'a rien inventé! Vous dites connaître  Ruy Blas? Alors j'imagine que vous avez remarqué que c'est un drame romantique. Et qui a fixé la composition du drame Romantique? Et si Hugo n'a rien inventé - pardonnez l'argument qui semblera un peu culture de bas étage - pourquoi la bataille d'Hernani?Vous lui opposez les décadents et les symbolistes, mais le poème du « Mendiant » a été écrit bien avant que Huysmans laisse paraître dans Sac au dos ses premiers traits symbolistes. Les auteurs victimes du Mal du Siècle avaient pour objectif de façonner une littérature quasi ex nihilo ; et ça n'est pas une volonté d'invention, ça, peut-être?

Les Contemplations? C'est d'un lyrisme remarquable. Ruy Blas? C'est versifié avec virtuosité. Ses discours? ses pamphlets? Ils résonnent encore

À froid, comme ça, je n'ai pas beaucoup de matière pour développer, je me documenterai si un débat se prolonge, mais enfin! Il faut pas exagérer non plus. Si des auteurs méprisent Hugo, ce n'est pas une raison pour répéter bêtement! Celui qui ne suit qu'une personne ne cherche rien, disait Montaigne en son temps (citation inexacte et de mémoire) : au lieu de répéter Hugo hélas à tout bout de champs, réfléchissez par vous même. Eh! Doit-on se boucher les oreilles à Vivaldi et Wagner parce que ce génie de Stranvinsky n'aimait rien qui lui était antérieur?

Il arrive que l'on n'aime pas un classique ; seulement, en traversant les siècles ils ont été portés par de nombreux lecteurs qui ont jugé bon de nous le faire parvenir. Si tant de juges l'ont décidé, c'est que celui qui n'aime pas un classique a tort car il n'a pas compris. Moi, quand j'ai tort, je relis, ou j'attends d'avoir acquis les connaissances qui me permettent de relire.

7

Autour de Victor Hugo

Bonjour,

Je réagis à cette remarque :"Si des auteurs méprisent Hugo, ce n'est pas une raison pour répéter bêtement!".

On peut également avoir une opinion personnelle, après l'avoir lu, non ? Et répéter, ce n'est pas forcément bête...

8

Autour de Victor Hugo

Théo quand même, merci.
Non mais relisez-vous bon sang! Puis relisez-le lui par la même occasion et les autres, ça vous f'rait du bien... J'espère que ma réponse n'aura pas été trop vaniteuse cette fois-ci. On peut lui trouver des qualités, sa verve n'est pas à prouver. Cependant, pour moi, elle ne vaut rien si elle ne trouve pas de résonance dans quelque chose de plus profond, quasi-viscéral. On cherche l'universalité dans la réflexion au confluent d'une multitude d'opinions, malheureusement certains en ont une meilleure que d'autres, il suffit de connaître pour en juger sans se méprendre mais vous n'êtes pas savant, seulement donneur de fumée de cours. On s'en réfère à l'expérience pour percevoir une vérité dans notre monde, car l'expérience peut-être partagée tout en demeurant une sorte de "réalité" pour quiconque. ça doit toucher la tête et l'âme. Hugo touche l'âme, mais laisse sceptique la tête.
C'est quand même frustrant de devoir se répéter pour quelqu'un qui n'a pas compris et encore plus lorsqu'il faut peser ses mots quand l'interlocuteur ne s'en remet qu'à cette horreur que serait celle du langage performatif.
Vous êtes sans doute entre vous et moi, celui qui s'estime le plus, je peux vous l'assurer, même si à première vue vous obtiendrez l'adhésion du plus grand nombre au moins j'ai le courage de mes opinions. Je ne me réfère pas à x ou y auteur pour appuyer mes thèses car lorsque je dis quelque chose je ne m'inspire qu'inconsciemment d'autres encore mais vous, vous cherchez votre cohérence dans l'intelligence des auteurs qui vous ont précédés, ce qui est pire.

Autour de Victor Hugo

Dites-donc, c'est très vaniteux de juger Hugo, surtout pour dire qu'il n'a rien inventé!


Non, Hugo n'est pas à l'origine du mouvement romantique.
Le romantisme est né de Chateaubriand (« Étre Chateaubriand ou rien. ») Avant Hugo, il y eut Lamartine et Vigny.

Vous dites connaître  Ruy Blas? Alors j'imagine que vous avez remarqué que c'est un drame romantique. Et qui a fixé la composition du drame Romantique?

Alexandre Dumas, dans Henri III et sa cour, en 1829, et Christine, en 1830. Sans omettre Vigny qui avait fait une adaptation en vers de Roméo et Juliette.
Le drame romantique était « dans les tuyaux », comme on dit, depuis Voltaire, et ses « effets spéciaux. »
Quant à Ruy Blas, c'est une réécriture faiblarde du Don Sanche d'Aragon de Corneille. bon, d'accord, à la fin de la pièce on découvre que Carlos, le fils du pêcheur, n'est autre que le roi d'Aragon (déjà la croix de ma mère), donc il n'était pas vraiment du peuple. Mais dans l'intervalle il a sauvé le royaume par ses talents stratégiques, et était aimé de deux reines, oui, deux reines, des reines régnantes, pas des reines consorts. Il les aime également toutes les deux et  serait bien embarrassé de choisir, si à la fin on ne découvrait que l'une des deux est sa sœur.
Hugo fait pâle figure en comparaison ! Le plus flamboyant, le plus romantique des deux et le moins conformiste, c'est Corneille. Comme quoi les étiquettes...

Et si Hugo n'a rien inventé - pardonnez l'argument qui semblera un peu culture de bas étage - pourquoi la bataille d'Hernani?

Cela porte un beau nom, femme Narsès, cela s'appelle un coup médiatique. Rien de tel qu'un bon scandale pour faire parler de soi.
Hernani passe remarquablement à la représentation, car Hugo sait donner de la vie à ses personnages. A la lecture, c'est différent. On hésite entre la consternation et l'hilarité.

Hugo touche l'âme, mais laisse sceptique la tête.

Et c'est bien pour cela qu'il est moins grand que Musset, Baudelaire et Nerval.
Je n'ai jamais dit qu'il était mauvais, je dis qu'il n'est pas aussi grand qu'il l'a dit lui-même dans son autoglorification. Autoglorification qui pourrait agacer, mais que je trouve attendrissante.

Je ne me réfère pas à x ou y auteur pour appuyer mes thèses.


Moi non plus, un point sur lequel nous sommes d'accord. J'ai toujours préféré le texte à la glose, et je me juge assez grande fille pour me faire mon opinion.

10

Autour de Victor Hugo

En fait, tout dépend à quoi nous donnons le plus de valeur, ce qui détermine à nos yeux la grandeur d'un auteur. Est ce d'être nouveau, mais qu'est ce qu'être nouveau, tout écrivain n'est pas unique donc nouveau ? Sont écriture à elle seule ainsi que la force des émotions qu'il transmet ne sont elles pas assez pour faire de lui un grand auteur ? Ca force n'est elle pas d'avoir porté à son paroxisme un lyrisme initié par d'autres ? De plus, il y a de la philosophie chez Hugo, une véritable sensiblité à l'impensable, dans les travailleurs de la mer ?
Celui qui est le plus n'est ce pas celui qui nous a le plus transporté, le plus bouleversé, et peut être que cela dépend de chacun ?
Voilà, juste quelques suggestions pour nourrir la réflexion.

Je crois qu'en fait, Hugo a créé une langue, ne dit il pas dans la préface des Misérables je ne veux pas faire un livre sur la misère, je veux la faire crier ... voilà sa création, n'est ce pas assez ? La littérature n'est elle pas avant tout création de langage ?