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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 1 - Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers...

Coucou,

Je suis nouvelle sur le forum , j'ai un commentaire à rendre je suis un cours de lettre  modernes en plus de mon cursus .
j'ai quelques pistes de réflexion sur le texte , je pense qu'ici Flaubert fait une critique de la Révolution française bourgeoise , dans le mesure ou il met comme dans l'ensemble de l'oeuvre l'Histoire en second plan.
De plus , je pense qu'il ridiculise les bourgeois avec un vocabulaire péjoratif et une certaine ironie. Les symboles de la révolution semblent ridiculisés par Flaubert. Enfin voila ce que je peux en dire mais pour tout vous dire j'ai du mal avec ce passage , je ne sais pas trop quoi dire de plus.
J'espère que vous pourrez m'aider.

Merci 

Voici l'extrait en question :

Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers. Ilcourut chez lui. L’avocat venait de partir, étant nommé commissaireen province. Dans la soirée de la veille, il était parvenu jusqu’àLedru-Rollin et, l’obsédant au nom des Ecoles, en avait arraché uneplace, une mission. Du reste, disait le portier, il devait écrirela semaine prochaine, pour donner son adresse.
Après quoi, Frédéric s’en alla voir la Maréchale. Elle le reçutaigrement, car elle lui en voulait de son abandon. Sa rancunes’évanouit sous des assurances de paix réitérées. Tout étaittranquille, maintenant, aucune raison d’avoir peur ; ill’embrassait ; et elle se déclara pour la République, - commeavait déjà fait Monseigneur l’Archevêque de Paris, et commedevaient faire avec une prestesse de zèle merveilleuse : laMagistrature, le Conseil d’Etat, l’Institut, les Maréchaux deFrance, Changarnier, M. de Falloux tous les bonapartistes, tous leslégitimistes, et un nombre considérable d’orléanistes.
La chute de la Monarchie avait été si prompte, que, la premièrestupéfaction passée, il y eut chez les bourgeois comme unétonnement de vivre encore. L’exécution sommaire de quelquesvoleurs, fusillés sans jugements, parut une chose très juste. On seredit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeaurouge, » qui n’avait fait que le tour du Champ de Mars, tandis quele drapeau tricolore », etc ; et tous se rangèrent sous sonombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne - etse promettant bien, dès qu’il serait le plus fort, d’arracher lesdeux autres.
Comme les affaires étaient suspendues, l’inquiétude et labadauderie poussaient tout le monde hors de chez soi. Le négligédes costumes atténuait la différence des rangs sociaux, la haine secachait, les espérances s’étalaient, la foule était pleine dedouceur. L’orgueil d’un droit conquis éclatait sur les visages. Onavait une gaieté de carnaval, des allures de bivac ; rien nefut amusant comme l’aspect de Paris, les premiers jours.
Frédéric prenait la Maréchale à son bras ; et ils flânaientensemble dans les rues. Elle se divertissait des rosettes décoranttoutes les boutonnières, des étendards suspendus à toutes lesfenêtres, des affiches de toute couleur placardées contre lesmurailles, et jetait çà et là quelque monnaie dans le tronc pourles blessés, établi sur une chaise, au milieu de la voie. Puis elles’arrêtait devant des caricatures qui représentaient Louis-Philippeen pâtissier, en saltimbanque, en chien, en sangsue. Mais leshommes de Caussidière avec leur sabre et leur écharpe,l’effrayaient un peu. D’autres fois, c’était un arbre de la Libertéqu’on plantait. MM. les ecclésiastiques concouraient à lacérémonie, bénissant la République, escortés par des serviteurs àgalons d’or ; et la multitude trouvait cela très bien. Lespectacle le plus fréquent était celui des députations de n’importequoi, allant réclamer quelque chose à l’hôtel de ville, - carchaque métier, chaque industrie attendait du Gouvernement la finradicale de sa misère. Quelques-uns, il est vrai, se rendaient prèsde lui pour le conseiller, ou le féliciter, ou tout simplement pourlui faire une petite visite, et voir fonctionner la machine.

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 1 - Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers...

Bonjour,

C'est déjà un bon début.
Flaubert se livre ici à un jeu de massacre. Il nous livre une vision pessimiste de la politique. La Révolution de 1848 révèle la mesquinerie du genre humain, surtout de la bourgeoisie : le regard inquisiteur de Flaubert ne voit qu'opportunisme, intérêt, lâcheté, bêtise... Le réalisme flaubertien veut aller au-delà des apparences, il déconstruit l'Histoire officielle par une ironie cinglante. En ce sens, il s'inscrit dans la tradition littéraire de Chateaubriand, spectateur désabusé de la prise de la Bastille, mais va plus loin que lui dans l'imposture du fait politique. Ce cynisme a d'ailleurs fâché Flaubert avec ses amis. George Sand lui en a beaucoup voulu...

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 1 - Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers...

Merci beaucoup pour cette réponse qui a su m'éclairer davantage , que pensez vous de cela

I) Une critique de la bourgeoisie

a) un vocabulaire péjoratif
b)une ironie
c)les institutions ridiculisées

II) L'histoire en avant scène de l'Histoire ( Histoire avec un grand H)
a) une introduction qui ne laisse aucune place à l'histoire ( Deslauriers)
b)Rosanette au devant de la scène
III)Rosanette un symbole de la Révolution
( je ne sais pas si cette idée et bonne)

Merci

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 1 - Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers...

Bonsoir,

Ce plan doit être amélioré.

La critique s'adresse à toutes les couches de la société, même si la bourgeoisie reste la cible principale.

II) n'est pas très clair.
Rosanette n'est pas un symbole de la Révolution. La courtisane est égoïste, elle pense à son intérêt, elle tremble...

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 1 - Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers...

Oui en effet cela me semble plus clair je pensais Rosanette comme symbole de la Révolution dans le sens qu'elle représente cette bourgeoisie qui s'en fait pour ses privilèges et son confort . Je me suis mal exprimé mais je pense que sa rejoint votre idée ? Pensez vous que je devrais l'intégrer à mon plan ?

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 1 - Le lendemain, à son réveil, Frédéric pensa à Deslauriers...

Bonjour,

Rosanette est plutôt une représentante du peuple exploitée sexuellement par ses amants de passage. Bien sûr qu'il faut l'intégrer à l'analyse, mais avec une interprétation différente : la Maréchale craint la liberté...