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Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Je suis actuellement en 3ième année de licence LLCE portugais , et ayant déjà validé une licence de musique avant je n'ai donc pas suivi d'autre enseignement de langue à l'université. Néanmoins, j'ai continué la pratique et la curiosité de la langue anglaise car c'est une langue qui me passionne. J'ai une difficulté folle à trouver une formation qui corresponde à mon profil car quasiment TOUTES les formations de traduction technique et spécialisée dans l'audiovisuelle sont destinées à des élèves sortant de filière LEA et ne s'adaptent pas à des profils différents. Ainsi, les seules formations qui pourraient me convenir sont celles de , Strasbourg (très onéreuse), et les formations de traduction littéraire ou juridique de Paris 8 et de Lyon.
Le parcours de traduction littéraire m'intéresse beaucoup plus que celui de juridique car ma formation est à la base littéraire et culturelle.
Quelqun saurait si c'est possible de travailler dans la traduciton technique, ou audiovisuelle avec un diplome littéraire ?

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Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Bonsoir Mimirennes,

Une remarque d'abord : traduction technique et traduction audiovisuelle sont vraiment deux choses différentes. À part le Master II de Strasbourg où on suit en parallèle une formation à la traduction technique (généraliste, plutôt) et une spécialisation en traduction audiovisuelle, ces deux types de traduction sont distincts dans les cursus et souvent distincts dans la pratique du métier aussi, ne serait-ce que parce qu'on n'exerce pas la traduction audiovisuelle sous le même statut que la traduction technique (statut d'auteur pour l'audiovisuel comme pour la traduction littéraire, statut libéral pour le technique, il faut donc jongler entre les deux statuts quand on veut exercer plusieurs spécialités) et aussi parce que ce sont des réseaux professionnels différents, bien sûr.

Deuxième chose, les formations à la traduction ne recrutent pas que des étudiants sortant de LEA (j'en suis la preuve vivante, j'ai fait le DESS (actuel Master II) de Strasbourg en ayant fait l'équivalent d'un Deug de langues en Angleterre puis une licence/maîtrise de relations internationales qui n'avait rien à voir avec les langues). Elles recrutent le plus souvent sur examen (ou concours, selon le nombre de places), mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas fait LEA qu'on n'a pas ses chances.

Côté formations, à Paris, le master de traduction littéraire de Charles V (Paris 7, je crois) a bonne réputation - il y a notamment un programme de tutorat intéressant, des traducteurs littéraires en exercice accompagnent les étudiants tout au long de l'année. L'ESIT (Paris 3) reste aussi une excellente école très rigoureuse, même si elle est plus axée sur la traduction dite technique. Rien n'empêche de passer par une formation de traduction littéraire ou technique et de se spécialiser ensuite sur le tas, ou auprès de professionnels en exercice, à la traduction audiovisuelle, même s'il faut quand même savoir que les techniques propres à l'audiovisuel sont vraiment particulières et ne s'improvisent pas (de même qu'on ne s'improvise pas traducteur médical ou juridique du jour au lendemain). Mais c'est tout à fait possible et en outre, vu l'état actuel (sinistré) du marché de la traduction audiovisuelle, ce n'est pas une mauvaise idée de diversifier ses compétences pour élargir sa clientèle potentielle (une licence de musique, par exemple, c'est une piste à suivre et une compétence à mettre en valeur pour travailler dans la traduction d'ouvrages spécialisés).

S'agissant des formations spécifiques à la traduction audiovisuelle, celles de Lille et de Strasbourg sont plutôt bien. Je connais moins bien celle de Nice, mais je sais qu'elle recrute aussi sur examen de niveau ("de mon temps", l'examen d'entrée en traduction anglais>français consistait à sous-titrer un passage d'un film des Monty Python, pas gagné...). Le Master II de traduction audiovisuelle de Nanterre (Paris 10), en revanche, est à éviter. On n'y apprend pas grand-chose et surtout pas la pratique concrète du métier de traducteur/adaptateur de l'audiovisuel. Et donc celle de Strasbourg est la seule à former à la fois à la traduction technique et à la traduction audiovisuelle.

Et je vous conseille vivement de lire ce texte réaliste sur le secteur de la traduction/adaptation audiovisuelle, par ailleurs, avant de vous lancer dans cette voie :
http://ataa.fr/index.php/nos-metiers/le … cteur.html

N'hésitez pas si vous avez des questions plus précises.

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Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Merci beaucoup Anne Lise
Ce texte est effectivement... très enrichissant!

     J'ai bien conscience des différentes techniques de travail pour les différentes branches de la traduction mais j'aurai effectivement aimé mettre toutes les chances de mon côté
     La possibilité de faire jouer ma licence de musique et ma formation en lettre me pousserai apriori plus vers une formation de traduction littéraire.
     J'ai déjà contacté l'université de Paris 7 et malheureusement leur éventail de langue est rès réduit et ne me permets pas de postuler. Le master de Paris 3 demande un niveau très haut en langue C aussi et cette année je m'y suis prise un peu tard et je n'ai pas le temps de m'y préparer. Je pense postuler au master pro littéraire de Paris 8 qui propose un stage, des séminaires et une formation en informatique pour les logiciels de traduction et les cyberlittératures; et soit continuer et plus tard me spécialiser "sur le tas" soit dans une formation pro spécialisée ou encore postuler dès la deuxième année de master à une formation spécialisée, à voir au moment venu !

Merci encore,
Mimi

Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Bonjour Mimirennes35,

Je voudrais apporter un avis très différent de celui d'Anne-Lise et de l'ATAA... En ce qui concerne la traduction audiovisuelle, car je ne connais pas le secteur de la traduction technique ou classique.

Personnellement, j'ai fait le Master II Traduction Audiovisuelle de Paris X, et j'ai quelques amis qui ont fait celui de Lille III. En comparant nos formations, on s'est rendus compte que celle de Paris était beaucoup plus adaptée et complète que celle de Lille. Je ne comprends pas le message d'Anne-Lise (peut-être que la formation s'est améliorée depuis?) car les cours du Master de Paris X sont exclusivement pratiques, chacun a son ordinateur avec les logiciels de doublage et de sous-titrage, contrairement à Lille ou l'on regarde quelqu'un faire et l'on peut s'entraîner quelques minutes par cours... De plus, de nombreux intervenants viennent nous parler de la réalité des différents métiers, et il y a un stage à la fin de l'année, ce qui permet de nous faire des contacts dans le milieu. Je n'ai pas un seul reproche à faire à cette formation, et les clients que je connais préfèrent Paris ou Lille à Strasbourg (pourtant payante) et Nice.

En outre, je travaille depuis presque un an dans la traduction audiovisuelle, et je me rends compte que le texte alarmant de l'ATAA n'est pas le reflet de la réalité. Je suis indépendante, ce qui peut faire peur, mais j'ai du travail en permanence, et à des tarifs plus que corrects. Il ne faut pas avoir peur de démarcher les clients, certes, mais le boulot est là, pour ceux qui sont motivés. Je commence même à refuser des contrats, car je n'ai pas le temps pour tout.

Pour répondre à ta question, les techniques de traduction audiovisuelle (notamment en informatique) sont pointues, et nécessitent une formation spécialisée, que la traduction seule ne t'apportera pas. Si tu veux tenter le Master de Paris X, tu n'as pas besoin d'avoir eu un parcours précis avant, il te demandent d'avoir validé un Master I, quel qu'il soit, et la sélection se fait sur concours + oral.

N'hésite pas si tu as d'autres questions, je répondrais si je peux.

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Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Bonjour Lapiou,


Merci pour tes précisions.

Je suis ravie de penser que le MII de Nanterre s'améliore ! Les témoignages des stagiaires et jeunes traducteurs diplômés entre grosso modo 2003 et 2008 avec qui j'ai discuté étaient assez accablants, tant mieux si les choses s'améliorent. En 2005, alors temporairement employée dans un labo, j'ai accueilli une stagiaire issue du MII de Nanterre, par exemple : elle savait à peine ce qu'était un timecode, n'avait jamais fait un sous-titre de sa vie, ignorait tout du voice-over (mais avait visité je crois un studio de doublage, c'était son seul contact avec la "pratique", et "étudié des scénarios", ce qui a peu à voir avec le quotidien du sous-titreur, il faut l'avouer, malgré l'intérêt certain de la chose). Moyen, comme bilan pour un diplôme professionnalisant. Plus tard, j'ai recroisé pas mal de témoignages de ce genre. Mais tant mieux, tant mieux, donc.

J'espère aussi que le MII a cessé par la même occasion de diffuser des offres de boulot indignes à ses jeunes diplômés (cf. http://www.ataa.fr/blog/destination-ban … aducteurs/), tout le monde devrait s'en porter mieux. 

Tant mieux si tu as du travail en permanence, et bravo de faire partie des rares débutants qui tirent leur épingle du jeu. (Au passage, cela m'intéresserait de savoir ce que tu appelles "des tarifs plus que corrects" (ne le prends pas mal, c'est une vraie question)). La réalité des jeunes traducteurs est généralement moins rose, cela dit, et personnellement, je signe et contresigne l'intégralité du contenu de l'article de l'Ataa. Ça ne veut pas dire que c'est impossible de faire de la traduction audiovisuelle, mais ça veut dire que beaucoup arrêtent très vite après leur Master II parce qu'ils ne s'en sortent pas et tombent de haut en découvrant les réalités du marché de la traduction audiovisuelle, et que ceux qui n'arrêtent pas galèrent souvent pas mal d'années (tout dépend aussi peut-être de la spécialité choisie - j'ai l'impression que les auteurs de doublage, même débutants, s'en tirent un peu mieux que les auteurs de sous-titrage, ce segment du secteur étant un tout petit peu moins sinistré et le passage au numérique ayant été mieux anticipé).

Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Anne-Lise, si tu peux encore corriger, il faut une espace entre l'adresse de ton lien et la parenthèse.

Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Anne-Lise,

Je suis totalement d'accord, les auteurs de sous-titrage semblent actuellement avoir beaucoup plus de difficultés que les auteurs de doublage, mais je reste sur ma position, il y a du travail dans le doublage (+ calage et voice-over.) Je n'ai qu'une petite année d'expérience, donc peut-être que les tarifs me conviennent à tort : un ordre d'idée, je travaille en ce moment sur une série animée de 7mn (environ 5h de travail), et suis payée 200€/ep.

En ce qui concerne le master, effectivement, il y a eu du changement ! Nous avions de vrais projets (doublage, sous-titrage et voice-over) à faire seuls, et à rendre à la fin de l'année, donc une approche totalement pratique, les cours étant dispensés par des professionnels et non des professeurs d'université. En plus des interventions quasi hebdomadaires de pros des différents métiers connexes (directeurs artistiques, audio-descripteurs...), l'ATAA nous a également proposé son intervention, aussi déprimante que le texte en ligne. J'ai du mal à adhérer à leurs propos, mais peut-être ai-je eu de la chance ? Et la majorité de mes anciens camarades également ?

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Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Bonsoir Lapiou,

Non, ils ne te conviennent pas à tort, c'est un tarif tout à fait correct (je suppose qu'il s'agit de doublage), voire plus que correct s'il ne comporte pas la détection. :-)

Mais après huit ans dans la traduction/adaptation audiovisuelle et un intérêt vraiment attentif à l'évolution des tarifs (je m'occupe à l'Ataa de compiler les données tarifaies que nous communiquent les adhérents chaque année), je peux t'assurer que ce n'est pas la norme.

C'est très bien, en tout cas, qu'il y ait plus de travaux "pratiques" dans ce Master II, c'est un gros changement par rapport à avant.

L'Ataa ne fait que refléter l'impression de beaucoup de gens qui sont sur ce marché depuis un moment : morose.

Après avoir vu les tarifs dégringoler de 60% en moyenne en 15 ans (oui, 60% en 15 ans, ça fait beaucoup) dans le sous-titrage, il y a de quoi s'inquiéter un chouia pour l'avenir de la profession et préférer prévenir que guérir, tu ne crois pas ?

Quant aux possibilités de boulot dans le voice-over, je ne suis vraiment pas aussi optimiste que toi... Sorti des programmes Arte et France 5, le marché de la télé-réalité paie quand même très peu et les clients qui payaient correctement il y a encore quelques années ont tendance à tirer vraiment les prix à la baisse. C'est moins catastrophique qu'en sous-titrage DVD ou câble peut-être, mais ce n'est pas très engageant pour autant.

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Peut-on faire de la traduction technique avec un master de traduction littéraire ?

Bonjour Lapiou,

Cette discussion date un peu, mais j'espère que tu pourras répondre à mes questions. Je suis tombée par hasard sur ce forum, alors que je cherchais justement des contacts d'anciens élèves qui ont fait le master de Paris X. J'ai fait 3 ans de prépa et un master d'anglais à Paris IV, et je prends actuellement une année sabbatique spécialement pour préparer le concours du master de Paris X, étant donné le nombre très restreint de places.

J'aimerais en savoir le plus possible sur les modalités du concours car le site de l'université manque de clarté et de précision (pas de corrigés disponibles les sujets des années précédentes) ! Si cela ne correspond à l'objet de cette discussion, peut-être peut-on en discuter par message privé (je viens de m'inscrire, je ne sais pas comment fonctionne ce forum !) Les cours en tout cas ont l'air très intéressants, même si d'après ce que je viens de lire, on a peut-être du souci à se faire concernant les débouchés.

Merci beaucoup !