Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Bonjour,
J'ai eu un parcours scolaire difficile jusqu'à ce que je découvre la Terminale L et en particulier la philo (16,5 moyenne au 1er trimestre). J'hésite sur une licence de Philosophie à la Sorbonne-Paris IV ou à Nanterre.

Est-que l'enseignement est très classique et très différent de ce que l'on apprend en Terminale ?
Est-ce que Paris IV est anonyme ? C'est le plus gros pole de philo.
Du coup, faut-il s'orienter sur la licence philosophie-sociologie de Paris IV qui accueille une quarantaine d'étudiants ?
C'est pourquoi, je suis aussi tentée par Nanterre, plus pluridisciplinaire et avec des effectifs à taille humaine. Mais c'est plus loin de chez moi.
Je ne sais pas encore ce que je veux faire, mais j'ai compris que je devais réussir mes deux premières années, pour ensuite choisir une licence ou un master spécialisé.
Merci à tous les étudiants ou professeurs de m'aider par leur expérience du cursus philo.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Bonjour,

J'ai donné quelques éléments de réponse ici :

https://www.etudes-litteraires.com/foru … ophie.html

Si la licence philo/socio est contingentée, cela m'étonnerait que les cours soient spécifiques ; ils doivent sans doute être partagés avec ceux de la licence philo et ceux de la licence socio.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Ah, je n'avais pas connaissance de la discussion donnée en lien, mais je constate que mes conseils (inquiets) à certains membres de ce forum pour le moins exaltés par leurs études de philosophie (je pense à Spartacus) rejoignent ceux des professeurs de la discipline... Ainsi, la question des débouchés des études de philosophie reste posée. Il serait pourtant intéressant de se pencher sur l'avenir et les perspectives de telles études en France, car leur disparition serait préoccupante.

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Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Bonjour,
Je suis enseignant à l'Université Paris Ouest, et m'occupe de la licence de philosophie à Nanterre, et tombe sur votre question. J'essaye d'y répondre point par point :

- Il est certain qu'il existe des différences entre les universités. Paris IV est une université réputée classique dans l'enseignement qu'elle propose ; Nanterre tient aussi sa réputation en philosophie du fait qu'elle associe histoire de la philosophie avec des enjeux plus actuels, précisément du fait de sa longue histoire pluridisciplinaire en sciences sociales (en particulier la sociologie : il existe à Nanterre un laboratoire de recherche, le Sophiapol, qui est extrêmement actif ; je vous invite à faire un tour sur leur site : http://sophiapol.hypotheses.org/ ). Le parcours philo-socio est relativement récent à Paris IV.

- Vous évoquez la différence entre Paris IV et Nanterre en termes d'effectifs : cela est certain, on est moins noyé à Nanterre (même si c'est une grosse université) lors des premières années de philo que dans des universités à plus gros effectif. Simplement pour information, vous êtes un peu moins de 50 étudiants en première année, et dès la L2, vous êtes dans un groupe d'une vingtaine d'étudiants. L'encadrement est beaucoup plus humain à Nanterre : vous connaissez vos profs, vous pouvez dialoguer avec eux, et vous les retrouvez pour la plupart au moins deux fois dans votre cursus. L'aspect de suivi est une des choses que j'apprécie particulièrement en tant qu'enseignant à Nanterre.

- Concernant l'éloignement de Nanterre, il est en réalité minime si l'on pense que les premières années de Philo à Paris IV se font à la porte de Clignancourt... On ne met que 20mn depuis Châtelet. D'autre part, vous avez un vrai campus à Nanterre (bibliothèque, associations étudiantes, équipement sportif...)

- Enfin, pour information, en première année d'inscription de philosophie à Nanterre, vous avez le choix entre deux parcours : Philo-Ethno-Socio (puis vous choisissez au second semestre Philo-Ethno ou Philo-Socio) ; ou Philo-Lettres-Histoire de l'Art-Langues (puis au second semestre, vous choisissez un parcours moins important). Dès la deuxième année, le parcours redevient monodisciplinaire, mais de nombreux étudiants choisissent de continuer en double licence. Cela est rendu facile par l'existence de l'enseignement à distance dont je m'occupe (je pourrai vous donner des précisions si vous le voulez).

Je me permets d'ajouter quelques remarques sur les réponses de Varney et de Jeanne-Héloïse:

- Il est vrai, pour suivre le fil de Varney, que l'enseignement de la philosophie à l'Université change : si l'on continue à faire de la philosophie générale, parfois en suivant un thème, d'autres formes d'enseignement apparaissent : histoire de la philosophie (ancienne, moderne, contemporaine), philosophie morale et politique, esthétique, philosophie des sciences. On peut avoir l'impression que l'histoire de la philosophie prend beaucoup d'importance dans le cursus, mais cet apprentissage est nécessaire pour explorer les différents thèmes abordés.

- En ce qui concerne les 'débouchés', c'est une inquiétude commune que l'on peut avoir à propos d'une licence disciplinaire, dont le seul débouché qui soit vraiment de la philosophie est la professionnalisation par les concours (CAPES et Agrégation de philosophie). Mais on ne peut pas raisonner uniquement de cette manière : les étudiants de philosophie, jusqu'en licence, apprennent à raisonner et à argumenter, à être précis dans la conceptualisation, et l'expérience de ces étudiants montre qu'ils réussissent très bien dans des secteurs comme l'administration publique, la fonction publique territoriale, la communication, les métiers du livre et de la documentation, etc. Sans compter que l'université veille à vous renseigner sur les débouchés professionnels qui vous sont accessibles.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Merci beaucoup de ces réponses.
Je sais que chaque fois que je dis que je veux faire philo, mes interlocuteurs semblent désolés pour moi !

Mais pour moi, la philosophie, c'est la vie; et au lycée, c'est la seule matière qui m'interesse et pour laquelle je n'ai pas l'impression de "travailler", tellement les cours passent vite.
Je ne veux pas devenir philosophe;  j'ai vu que je pouvais changer en licence ou master vers des cursus plus professionnels.
Mon objectif est  vraiment de réussir à la faculté mes deux premières années avec un bon dossier pour justement accèder à des cursus reconnus dans le monde du travail.

Merci encore au professeur de Nanterre qui prend le temps de répondre aux étudiants.

S'il y a d'autres messages sur Paris IV, cela me permettrait d'avoir une vison complète.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Je voulais juste souligner ici - vu que c'est peu ou pas dit - qu'on fait grand cas de la question des débouchés en philosophie, comme si cette faculté posait des problèmes spécifiques. Il faut savoir que cette faculté n'est pas, statistiquement, celle qui pose le plus de problème quant aux débouchés des étudiants. La plus "mauvaise élève" est la faculté de biologique, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Il ne s'agit pas de dire que les choses sont faciles pour un étudiant en philo, mais si tu te débrouilles bien - par exemple en faisant un double cursus, en allant fouiner dans des domaines intéressant - tu peux t'en sortir avec une formation en philosophie. Du moins, tu ne t'en sortira pas "moins bien" avec une formation en philo, qu'avec n'importe quelle formation en sciences humaines en France aujourd'hui ; il n'y a pas "plus" de débouché en fac de lettre qu'en fac de philo, simplement plus de poste d'enseignant...

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

La question des débouchés ne se pose pas de la même manière si on a une double licence ou une simple licence de philo.

La philo. pose quand même un problème spécifique en raison d'une image peu valorisée dans le monde des PME ; j'ai déjà entendu plusieurs étudiants dire qu'ils avaient dû dissimuler l'orientation de leurs études pour pouvoir décrocher des jobs. Quelles que soient la qualité de la formation et les compétences qu'elle développe (réelles à mon sens en philo), il y a en face la réalité du marché.

Quant aux concours administratifs, il manque souvent l'aspect droit ou gestion qui apparaît dans la plupart des concours de catégorie B (mais une remise à niveau est toujours possible).

Pour les masters professionalisants en philo., je demeure sceptique sur leur orientation, les universitaires n'ont pas encore créé une niche spécifique ; soit on est dans le pâle double d'une formation en RH ou com, auquel cas, autant faire une école de commerce ou le CELSA, soit on est dans une vague teinte de professionnalisation. Je serais curieux d'avoir les débouchés réels des étudiants, mais j'aimerais bien être démenti.

Pour ce qui est du choix de la fac, la présence des enseignants de Nanterre sur ce forum - un front des antiquisants entre C. Bréchet et O. Renaut    - est quand même un signe à ne pas négliger sur l'attention portée aux étudiants de Premier cycle dans cette université (sans parler du travail autour de la licence Humanités qui esquisse, à mon sens, un nouveau souffle pour les études de LSH à l'université). C'est rare. Je le dis d'autant plus librement que je n'ai aucun intérêt à l'affaire et ne suis pas parisien.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Les choses bougent un peu quant à la valorisation des diplômes de philosophies dans le monde de l'entreprise, même si ça a encore du mal à se faire au niveau des PME, il y a un mouvement - très anglo-saxon à la base - tendant dans certaines grandes entreprises à recruter des diplômés en philosophie pour des postes dans les ressources humaines. Il faut cependant, sans doute, un complément de formation pour pouvoir prétendre à ce genre de poste. La philosophie est néanmoins assez bien vue dans les pays anglo-saxon.

Pour les concours administratifs ; je pense que la meilleur formation est de toute façon une formation double. Au delà même de la perspective des concours, je crois qu'il est effectivement hasardeux de se lancer dans une filière comme la philosophie et simplement elle, si on ne vise pas la recherche ou l'enseignement. Il me semble que faire une double licence est un bon moyen de particulariser son parcours et de gagner des "points" sur un CV.

Après, il ne faut pas se voiler la face, on ne fait pas de la philosophie, à la base, pour gagner sa vie et pour s'assurer un avenir certain. C'est une filière délicate, difficile et parfois désespérante... Si on veut trouver un emploi directement après la fin d'une formation, il faut faire de l'informatique, pas de la philo...Je suis passé par la faculté de philosophie de Lyon III et j'avoue que malgré le relatif "prestige" de cette formation à l'échelle nationale, je n'y ai rien trouver de très concluant quant à ce qui se passe au niveau philosophique. On tombe assez rapidement là-bas dans une philosophie-citadine et parfois pédante... Je ne conseillerais pas à un étudiant en première année de philosophie d'aller là-bas pour commencer. Ceci dit, j'ai appris que le doyen de cette faculté avait changé, ce qui est sans aucun doute une bonne chose...

PS : Cependant, il faut admettre que la tenu et le niveau pur des cours est là-bas très bon et tranche radicalement avec ce qui peut se faire ailleurs. Je ne voudrais pas tout de même paraître trop sévère ; il me semble simplement que la rigueur et la volonté d'excellence ne font pas tout en philosophie et qu'il est nécessaire pour cette formation d'avoir la possibilité d'être dans un autre rapport que celui entretenu là-bas entre les étudiants et l'objet de leurs études.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Je sais bien que Lyon III traine derrière elle une solide réputation de... conservatisme, dirons-nous, mais aussi de sérieux, (un peu à l'image de la ville elle-même) comme vous le dites, et c'est déjà un bon point. Mais je pense en effet qu'il faut être attentif aux changements...
En tout cas, il est difficile pour les bacheliers de s'y retrouver, et ils doivent parfois se jeter à l'eau, en fonction d'impressions qu'ils ont eues lors de journées portes-ouvertes, ou en fonction de la réputation de telle ou telle université, de tel ou tel professeur qui y enseigne... C'est pourquoi je trouve qu'un forum tel que celui-ci est utile (et pourrait l'être encore plus s'il était plus fréquenté et animé), car tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents universitaires ou "introduits" depuis longtemps dans ces domaines assez méconnus du "grand public".

P.S.: votre toute dernière remarque est intéressante.

Quelle université choisir pour la licence de philosophie ?

Les histoires de révisionnisme attaché à Lyon III ne sont plus vraiment d'actualité, je crois, dans la formation en elle-même (même si les syndicats étudiants militent encore là-bas pour quelques points précis). J'ai connaissance de la formation qui y est prodigué en Histoire et elle ne pose aucun problèmes de ce point de vu et on y trouve même d'excellent cours d'Histoire.

Disons que la philosophie qui y ait faite là-bas est tout à fait dans le courant élitiste, excellentiste, et pro-concours et on y verrait presque parfois, pour l'ethnographe, une cristallisation de tout ce qu'est et n'est plus la faculté de philosophie. Il faut aussi se méfier de la réputation des profs ; un prof extrêmement connu n'est pas forcément bon pédagogue et est, de toute façon, très rarement disponible pour ses élèves.

Je vais me permettre un petit coup de pub en passant, mais la meilleur formation de philosophie que j'ai connue est au bout du compte celle que j'ai reçu à Brest, durant mes deux premières années de licence, ou, malgré le peu d'effectifs, j'ai eu le plaisir de suivre des cours de hautes tenus, extrêmement riches, et où il était possible de discuter, d'échanger, d'intervenir. Comme quoi, la meilleur soupe n'est pas forcément celle qui est servie dans les plus riches soupières...