Ancien français - Le Moniage Guillaume

Bonjour, je dois traduire un extrait du montage guillaume pour l'université mais une phrase me pose problème :

Ne vous sai pas trestout son estre dire,
Mais tant i fu que forment le häirent
Abes et moine, que Jhesus malëie.

Pour le moment j'ai ça : Je ne sais vous raconter tout de son attitude,
Il fut si mauvais que les moines et les abbés le haïrent fortement,
souhaitant que jésus le maudisse

Mais je ne suis pas fort convaincue,

merci de votre aide 

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Bonsoir,
toute son attitude veux-tu dire sans doute?
tant i fu doit garder son caractère impersonnel : il s'en passa tant
3° Dans la proposition que Jhesus maleïe, que est un pronom relatif renvoyant à le et maleïe est un subjonctif optatif; cette construction, possible en AF ne l'est plus en FM. : Que Jésus le maudisse! C'est le narrateur qui dit cela, non l'abbé et les moines.

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Merci beaucoup de votre aide !

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Bonjour à tous,
je suis étudiante à l'université et je dois traduire et commenter un extrait du Moniage Guillaume II. J'J'ai traduit ledit extrait mais il me reste néanmoins des points d'achoppements pour certains vers.
Pourriez-vous m'aider un peu car mon examen approche et je suis à cours d'idées...
Voici ma la traduction en juxta :

610   Li quens Guillaumes a la ciere hardie         Le comte Guillaume au visage (plein d’audace) audacieux
    Envers l'abé durement s'umelie,                S’incline très humblement devant l’abbé,
    Bel l'aparole et doucement li prie :                Il lui parle gentiment et le prie avec douceur (doucement)
    « Biaus sire maistres, por Dieu, le fil Marie,« Beau seigneur, maître, pour [l’amour de] Dieu, le fils de Marie,
    Que ferai jou s'il me tolent ma plice ?         Que ferais-je s’ils me ravissent mon manteau (de fourrure)
615   Il est ivers si est froide la bise,                   C’est l’hiver tant la bise est froide,
    S'il le me tolent chou sera dïablie;                  Si ils me le volent ce sera une chose pénible
    Mieus ameroie a perdre trente livres. »         J’aimerais mieux perdre trente livres ».
    « Dans, » dist li abes, « ne lor refusés mie,  « Seigneur », dit l’abbé, « ne les repoussez pas
    Mais rendés lor, et après l'estamine ;          Mais livrez-la leur et ensuite [livrez-leur] la chemise
620    Por une seule vous en renderai quinse. »          Pour une seule je vous en rendrai quinze ».
    « Voire ? » dist il, « vous me ferés tout rice ; « Vraiment ? » dit-il, « vous me rendrez richissime ;
    Quant g'iere mors et ma vie finie,                 Quand je serai mort et [que] ma vie [sera] terminée,
    Dont me donrés toute vo manandie !        C’est alors que vous me donnerez toutes vos richesses !
    Se jou i muir, c'iert par vostre enredie ;        Si j’y meurs ce sera à cause de votre opiniâtreté (extravagance)

625    Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie,           Qu’ont fait vos moines, que Jésus maudit,
    Qui plus me heent que nul home qui vive.    Qui me haïssent plus que tout homme qui vive ?
    Or m'en irai por faire le service :                    Je vais m’en aller maintenant faire le devoir/service (?)
    Se li larron m'asalent ne ocient,                    Si les voleurs m’attaquent ou me tuent,
    Qu'en sera il, maistres, car le me dites. »    Qu’adviendra-t-il, maître, dites-le moi donc ».
630    « C'ert penitance, » dist li abes, « biaus sire :    « Ce sera une punition » dit l’abbé, « Beau seigneur :
    Por vo saint ordene recevrés le martire.             Pour votre saint ordre vous recevrez le martyre
    Comment qu'il aut, ne vous combatés mie,    Quoi qu’il se passe, ne vous battez pas,
    Car li sains ordenes saint Beneoit vous prie,    Car la sainte Règle de saint Benoît vous prie,
    Et tous ses moines et semont et castie             Et elle averti et recommande à tous ses moines

635    Que ja ne facent vers nul home estoutie,            Que jamais ils ne fassent violence à nul homme,
    Anchois se doivent tot metre a descipline. »    mais plutôt qu’ils doivent totalement se soumettre à la règle».
    Et dist Guillaumes : « Dieus tel ordene honisse, Et Guillaume dit : « Que Dieu anéantisse une telle règle,
    Qui l'estora, Jhesus le malëie,                     Celui qui l’institua, que Jésus le maudisse,
    Mauvais hom fu et plains de coardie.             Il fut un homme mauvais et rempli de lâcheté .
640     Mieus vaut li ordenes de la cevalerie,             Mieux vaut l’ordre de la chevalerie,
    Qu'il se combatent vers la gent sarrasine,    Car ils [les chevaliers] se battent contre la race sarrasine,
    Prendent lor terres et conquierent lor viles,    S’emparent de leurs terres, conquièrent leurs villes,
    Et les paiens a no loi convertissent.                    Et convertissent les païens à notre religion.
    Moine n'ont cure fors d'estre en abëie,            Les moines n’ont de souci  que d’être en abbaye,
645    Et de mengier et boire vin sor lie,                    De manger (et), de boire du vin fermenté et rassis,
    Et de dormir quant il ont dit complie.             Et de dormir lorsqu’ils ont récité les complies.
    Mais par cel Dieu qui tout a en baillie,            Mais par ce Dieu qui a pouvoir sur tout [toute chose],
    Se li larron de cui jou vous oi dire                    Si les voleurs à propos desquels [dont] je vous entends parler,
    Me font laidure, anui ne vilonie,                    Me causent préjudice, me font outrage ou me méprisent,

650 Por tout vostre ordene ne lairoie jou mie,
      Se jel puis faire, que aucun n'en ocie. »
   
Od le li abes, de la paor souspire.                          L’abbé l’entend et soupire de peur.
    Ne desist mot por tot l'or de Rossie,          Il ne dirait pas mot pour tout l’or de Russie,
    Tel paor a que li cuens ne l'ocie.                  Tant il a peur que le comte ne le tue.
   
655    Li quens Guillaumes a son abé parole :            Le comte Guillaume s’adresse à son abbé :
    « Biaus sire maistres, car me conseilliés ore.    « Beau seigneur, maître, conseillez-moi donc à présent.
    Que ferai jou s'il me tolent mes botes,            Que ferais-je s’ils me volent mes bottes,
    Qui sont si grans que es piés me lolotent ?    Qui sont si grandes qu’elles ballotent à mes pieds ?
    A cascun pas les cuit perdre en l'enclostre,    A chaque pas je crois les perdre dans le monastère,
660    Grant paor ai que nes perde en la boe. »            J’ai fort peur de ne les perdre dans la boue ».
    L'abes respont, que laissier ne li ose :            L’abbé répond, car il n’ose pas l’[Guillaume] ignorer  :
    « Vous lor rendés sans vilaine parole,            « Vous leur remettez sans mauvaise parole,
    Et les cauchons et les tribous encore. »      (Et) les haut-de-chausses et les chaussures de moines également».

    Et dist Guillaumes : « Dans abes, tu m'asotes !    Et Guillaume dit : « Seigneur l’abbé, tu me rends sot !

665    Il giele fort si est dure la groe,                   Il gèle à pierre fendre et le sol rocailleux est dur,
    Poi vous en iert, maistres, s'ele m'afole ;           Peu vous importera, maître, s’il me blesse ;
    Ne sai aler descaus parmi la groe,                  Je ne peux marchersans chaussure sur le sol rocailleux,
    Tout ensement que gars qui a pié trote.           tout comme (de même qu’) un valet (qui marche à pieds)

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615 Il est ivers si est froide la bise, / S'il le me tolent chou sera dïablie : Pensez-vous que la traduction « c'est l'hiver et la bise / le vent est si froid que s'ils me volent ce sera diablerie (une action répréhensible)» soit correcte (ou plus correcte que "c'est l'hiver tant la bise est froide" qui, je trouve, est un peu bancale)

Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie / Qui plus me heent que nul home qui vive : est-une interrogation indirecte ? ou une simple affirmation ?

Por tout vostre ordene ne lairoie jou mie / Se jel puis faire, que aucun n'en ocie. » : ces deux vers me posent particulièrement problème. Selon Philippe Ménard, la tournure "Ne laier / laissier (que) ne + verbe au subjonctif" équivaut à l'expression d'une idée positive que l'on peut traduire par "n'avoir de cesse de"...

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Dans l'ensemble, ce n'est pas mal. Je reviendrai sur certains points en soirée.

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Voici encore deux trois questions : (désolée)
* Le terme "service" Service : s. masc. < lat. Serviium, servitude. 1) Devoirs du vassal envers son suzerain, aide soutien 2) état de servage 3) mérite → Guillaume dit qu'il va faire son devoir ? Ou alors faire le "service divin" → la prière. Dans le contexte lequel des deux choisir ?

*recevrés le martire : est-ce que "recevoir le martyre" signifie "subir la torture". L'abbé lui dit que le martyre fait partie de sa condition de moine...

* Il giele fort si est dure la groe : j'ai des soucis avec les multiples emplois de l'adverbe "si"... Ici, la traduction "il gèle et le sol est si dur" est-elle correcte ?

* conseilliés or : une camarade me dit qu'elle considère la forme "conseilliés" comme un subjonctif présent. En lui donnant une valeur d'ordre. J'aurais préféré en faire un impératif, mais effectivement, cette forme est celle du subjonctif I. Puis-je malgré tout le traduire par un impératif, tout en sachant que c'est un subjonctif avec une nuance d'ordre ? Je ne sais pas trop comment le rendre autrement.

* Le fameux vers 650 toujours : « Por tout vostre ordene » : Por + substantif peut se traduire par "malgré" ou "quel(le) que soit". Il me semble que c'est l'idée qui transparaît ici mais je n'en suis vraiment pas certaine. Ca serait "quelle que soit votre règle". Mais que faire du "tout", un renforcement de la préposition, peut-être ?

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v. 615 : "C'est l'hiver, aussi la bise est-elle froide".
v. 616 : diablerie = acte digne du diable, diablerie.
v. 618 : "ne leur refusez pas".
v. 625 : Attention à rendre le subj. : "puisse Jésus les maudire"
v. 627 : faire le service = accomplir ses devoirs de vassal (en particulier le service d'ost).
v. 637 : honisse = "maudisse".
v. 645 : sor lie = "sur lie". Il s'agit donc d'un vin particulièrement limpide.
v. 650-651 : "En dépit de tout votre Ordre, je ne laisserai pas, si je le peux, d'en tuer quelques-uns".
v. 664 : "tu me prends pour un sot"


1° Il s'agit du service d'ost (obligation de servir dans l'armée du suzerain)
2° Le mot martire a ici le sens religieux de mourir pour sa fidélité à son Ordre.
3° Tout à fait.
4° C'est un impératif. Le verbe conseillier comporte un -i radical!

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Merci beaucoup pour votre aide.
la phrase "Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie,  / Qui plus me heent que nul home qui vive". Quelqu'un me dit qu'il s'agit d'une interrogation directe. Une autre personne en ferait une focalisation : "c'est ce qu'on fait vos moines"... J'en perds un peu mon latin. La forme « ch' » peut-elle équivaloir à « qu' » ?

* « aucun » se décline comme « un » en AF. Or, si on regarde la déclinaison, "aucun" ne peut être qu'un cas régime singulier et pas un CR pluriel (dont la forme est « aucuns »). De ce fait, je ne suis pas certaine de pouvoir le traduire quand même par un pluriel... Que faire ?

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Nienna a écrit :

Merci beaucoup pour votre aide.
la phrase "Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie,  / Qui plus me heent que nul home qui vive". Quelqu'un me dit qu'il s'agit d'une interrogation directe. Une autre personne en ferait une focalisation : "c'est ce qu'on fait vos moines"... J'en perds un peu mon latin. La forme « ch' » peut-elle équivaloir à « qu' » ?

J'ai négligé ce passage... La phrase n'est pas interrogative. Ch est la forme picarde de ço (chou ailleurs dans le texte). Donc "cela, vos moines l'ont fait..."


* « aucun » se décline comme « un » en AF. Or, si on regarde la déclinaison, "aucun" ne peut être qu'un cas régime singulier et pas un CR pluriel (dont la forme est « aucuns »). De ce fait, je ne suis pas certaine de pouvoir le traduire quand même par un pluriel... Que faire ?

Oui sans doute, mais il faut faire attention, l'orthographe est très fluctuante en AF, même pour les marques morphologiques (heureux temps!). Je l'ai "lu" comme un pluriel, mais on peut très bien en faire un singulier. "je ne laisserai pas d'en tuer un"

Ancien français - Le Moniage Guillaume

Oui, merci beaucoup pour vos réponses. Ca fait quelques jours que je travaille en permanence sur cet extrait et je ne vois plus des choses qui sont pourtant simples parce que je n'ai plus assez de recule... (je trouve quand même le sens des vers 625-626 relativement obscur).