Ancien français - Le Moniage Guillaume

karadoc a écrit :

au v490 Bien sai, chaiens ne m'a on gaires cier ;
j'ai traduis par "je sais assurément qu’ici on ne m’apprécie peu" mais je ne suis pas trop sure le mot (bien me perturbe un peu).
« Je le sais bien, ici on ne me tient guère pour cher » (« cier » est la graphie picarde de « ch(i)er »).

   au v 502: Par foi peut-on traduire cela par "sur ma parole"? où es-ce mieux de rester plus littérale et dire "par ma foi"?
Il faut traduire « (par) ma foi ».
 
au v503 je n'ai pas vraiment compris la traduction de Or m'avés bien paiét ! qui a été faite plus haut. bien serais un nom =ce qui est utile, l'avantage, et paiet = satisfaire ? es ce possible qu'il soie ironique ?
Bien sûr, la réponse est on ne peut plus ironique. « Bien » est un adverbe qui porte sur « paiet » ; le sens de "paier" est ici « satisfaire par un avantage » ; l’idée est que la réponse de l’abbé « fait une belle jambe » à Guillaume. Vous pouvez simplement traduire « vous m’avez bien satisfait ».   
 
au v 505 Dont iere jou de ma mort parchoniers.
="ainsi je serai participantde ma mort." ?
Oui, si Guillame ne se défend pas, comme le lui demande l’abbé, il sera coresponsable de sa propre mort. Traduisez : « je serai coresponsable de ma mort ».
 
V511 Sifais covens puisse prendre mal cief ;
= "une telle manière d’être peut prendre une mauvaise fin" ou cief = la fin. -> "une telle manière d'être peu mal finir"?
Non : "si fais covens" = "un couvent ainsi fait", "puisse prendre mal cief" : « puisse-t-il recevoir une mauvaise fin » = « puisse-t-il mal finir". Guillaume pense qu’avec de telles règles, un couvent est nécessairement nuisible. 

  V 513 Assés vaut mieus ordene de chevalier
"il vaut beaucoup mieux un ordre de chevalier."
« l’ordre »
 
V 516-17 Et sovent sont en lor sanc batisié,
   Pour aconquerre le regne droiturier.
= " et sont souvent baptisé dans leur sang,
Pour gagner le règne légitime." ?
« Pour conquérir le royaume de justice » (= le royaume des Cieux). Passage vigoureux (le vers 516 est une merveille !), capital pour comprendre les rapports entre l’idéal chevaleresque et les valeurs religieuses ; en même temps, quelle critique implacable des moines !

V 520-1 Mis sont en mue si com por encraissier,
    Par maintes fois musent en lor sautier.
="ils sont mis en retraite comme pour engraisser des procs.
De nombreuses fois ils s’amusent dans leur recueil de psaumes." où sautier serai égal à psautier?
"mue" signifie « lieu secret, retiré ». Je vous propose « clôture » qui fait jeu de mot avec l’image des bêtes à engraisser. Mais « por » ne signifie pas pour autant « porc », mais « pour » !!! Oui, « sautier » = « psautier ».
   v 530 L'abes l'entent, un poi s'est enbronciés,
= "l’abbé l’entend, il s’est un peu caché."?
Non : « l’écoute » ; « embronchier » = « s’assombrir ».
 
v535 Quant jou ne puis od moi porter mes armes
(le quant me pose un peu problème) : "lorsque je ne peux pas porter avec moi mes armes."
Le sens de "quant" est plus causal que temporel ; traduisez « du moment que… »

Enfin pour être sure le v537S'il me laidoient, jou ne sai que jou face, "s’il me malmène je ne sais pas ce que je ferais."
« Je ne sais que faire » (subjonctif délibératif).

et v 542 S'il me le tolent, jou i arai damage.
"s’ils me le volent, j’en aurai préjudice."
Oui, « le » renvoie à « chape » ; c’est une forme féminine picarde, indistincte du masculin.

22 (Modifié par Jehan 18/08/2016 à 22:17)

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woua merci beaucoup
j'étais un peu embrouillée mais c'est plus clair maintenant.
j'ai traduit le v 520 "Ils sont mis en clôture comme pour les engraisser"
sacré Guillaume en tout cas.

23 (Modifié par Yvain 19/08/2016 à 08:00)

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Oui, mais attention, le mot clôture peut paraître trop hardi, c'est une proposition personnelle. Vous pouvez finalement dire "leur retraite", ce sera plus sûr !
Eh oui, sacré Guillaume, c'est le cas de le dire !

Pour  "Or m'avés bien paiét !", traduisez plutôt : "Vous m'avez donné là une belle compensation", ce sera plus clair.

24 (Modifié par Delia 19/08/2016 à 12:22)

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Je vais sans doute me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais je m'interroge sur la nécessité de  « traduire » mue, un mot toujours présent dans le français moderne :

tlfi :

B. Grande cage circulaire sans fond, où l'on plaçait les oiseaux, notamment de fauconnerie, durant leur mue et où, de nos jours, on place une volaille, soit avec ses poussins, soit pour la faire engraisser. Quand mes poussins viennent au monde, il faut (...) les transporter au soleil sous la mue, avec leur mère (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 372)

Il n'y a plus que les ruraux pour savoir ce qu'est une mue, certes, mais ne pas garder cette métaphore fait perdre de sa force au texte.

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Très judicieux, si l'examinateur sait ce qu'est une mue à l'époque moderne ! 

26 (Modifié par Delia 19/08/2016 à 18:59)

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Peut-être saura-t-il ce qu'est une épinette :

ÉCON. RURALE. Cage en osier, quelquefois en bois, divisée en compartiments dans chacun desquels on enferme les volailles que l'on veut engraisser. Synon. mue.

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Quant à moi, je possède une épinette, mais ce n'est pour y mettre ni des moines, ni des poulets ! 

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Non, c'est pour orner votre jardin :

Espèce de sapin ou d'arbre résineux d'Amérique du Nord; spéc. (au Canada) épicéa

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Ou peut-être pour jouer de la musique... Jacques est un mélomane averti !

MUS. Instrument de musique ancien, à cordes pincées et à clavier, plus petit que le clavecin et souvent portatif.

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J'avais parfaitement saisi de quelle épinette parlait Jacques Vaissier, merci ! je lui rendais la monnaie de sa pièce...