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Doutes d'une étudiante en lettres

Bonjour,
Je suis en première année de licence de lettres modernes, et je me pose pas mal de questions depuis quelques temps sur mes motivations et sur mon goût pour mes études et pour la littérature en général.
Voilà, j'en arrive à me demander si j'aime vraiment la lecture et la littérature, ou si j'essaie de m'en convaincre. Comment le savoir?
Par exemple, lire un livre n'est pas un plaisir (je ne lis que les livres aux programmes, souvent plusieurs fois, et si j'ai le temps quelques-uns en rapport avec le programme): c'est le fait de l'avoir lu qui compte, pour petit à petit me constituer cette culture littéraire si vénérée parce qu'inaccessible. A quelques exceptions près, je n'éprouve pas de plaisir à lire: à mes yeux mes études sont une sorte de montagne immense (la littérature) que je doit gravir péniblement centimètre par centimètre (livre par livre), sans jamais voir le sommet se rapprocher.
J'ai choisi cette voie parce que je ne me voyais pas faire autre chose, et c'est toujours le cas maintenant. Le problème est que je ne m'épanouis pas dans ce que je fais.
Alors voilà, mes questions seraient:
Ce que j'ai dit plus haut vous semble-t-il "normal" ou inquiétant dans des études de lettres?
Comment savoir si j'aime la littérature, ou si j'essaie de l'aimer? Comment m'y prendre pour l'aimer sincèrement?

Je ne sais pas si mon message a été très clair, mais en tout cas il est le résultat d'un doute profond, et j'apprécierai toute réponse pouvant m'aider. Merci d'avance.

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Doutes d'une étudiante en lettres

Bonjour,

Vous donnez vous-même la réponse à votre question : "J'ai choisi cette voie parce que je ne me voyais pas faire autre chose." En somme, vous avez choisi "par défaut". A mon avis, ce n'est pas le bon choix. Cependant, je vous conseille de terminer l'année, de parler avec vos profs et de leur demander conseil. Vos notes sont-elles catastrophiques ?

PS : poser un problème, c'est commencer à le résoudre. 

Bonne fêtes !

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Doutes d'une étudiante en lettres

Je ne sais pas si ce que je vais te dire va pouvoir beaucoup t'aider mais bon...

Je suis en deuxième année de licence de lettres modernes. Je suis revenue dans les études littéraires après avoir été explorer d'autres horizons à la sortie du bac. Je suis revenue en lettres parce qu'il était devenue clair pour moi que je ne pouvais pas faire autre chose que de la littérature (c'est un peu ce que tu ressens il me semble ?)
J'ai eu ma première année je ne sais pas trop comment et maintenant je suis en deuxième année et je me pose pas mal de questions aussi. (je suis presque sûre de ne pas réussir).

Pourtant, si je suis allée en lettres au départ, c'est parce que j'adore lire. Je serais prête à lire toute une bibliothèque mais par contre, je ne supporte pas les lectures imposées (peut-être suis-je un peu rebelle ? ).
Peut-être devrais-tu lire quelque chose qui n'a rien à voir avec les lettres ? Un bon polar ou quelque chose comme ça par exemple et voir si dans ce cas tu retrouve le plaisir de la lecture...

D'autre part, je dois te dire que moi aussi mes études me semblent être une montagne immense et infranchissable. Parfois, j'ai même l'impression de me noyer dans mes cours et dans toutes ces lectures.
Mais j'adore aller en cours et étudier les romans que je dois lire. C'est là que je me rends compte que, malgré les difficultés, je ne me verrais pas vraiment faire autre chose.

Alors pour conclure, je dirais qu'il est normal de se poser des questions. D'autant plus que tu sors du bac et au lycée, même si tu choisis une filière, tu as encore une formation générale. Lorsque tu pars en lettres modernes, tu te rends compte qu'il n'y a plus que la littérature qui compte et plus rien à côté.
Si je peux te donner un conseil, je te dirais donc d'aller au moins au bout de ta première année. Si tu la réussis, tu verras peut-être tes études de façon différente.

Après, si tu te rends compte que les lettres ne sont vraiment pas faites pour toi, que la lecture est une corvée et que tu rames sans arriver à rien, il sera toujours temps pour toi de rechercher une autre filière d'études qui te correspondrait mieux.

En espérant avoir pu t'aider un peu...

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Doutes d'une étudiante en lettres

Bonjour Mauvais genre,

A la différence des autres interlocuteurs qui ont déjà répondu, je ne suis pas une étudiante mais une vieille retraitée de 63 ans. Ce qui m'interpelle dans ton message, c'est d'abord que tu aies pu choisir (si l'on peut dire) la littérature "par défaut". En effet c'est notoirement une filière qui n'a guère de débouchés, à part le professorat, et en général elle est choisie par des gens, en dépit de cela, parce qu'ils ont la passion de la lecture et de la littérature. C'était mon cas et je suis toujours une grande lectrice, même si professionnellement j'ai fini par faire tout autre chose (mais ceci est une autre histoire).

Alors tu dis que tu ne t'épanouis pas dans ce que tu fais, et tu demandes comment aimer les lettres. A mon avis, c'est comme si tu t'étais mariée sans amour, et que maintenant tu demandais : comment aimer cet homme-là ? Mais l'amour ne se commande pas... Tout ce qu'on peut espérer, c'est arriver à une coexistence pacifique. Heureusement, il est tout de même plus facile de changer d'orientation que de divorcer !

Toutefois, c'est peut-être prématuré de vouloir prendre une décision dès maintenant. Je crois que le conseil de Fandixhuit est excellent : au moins terminer l'année, et si ton point de vue n'a pas changé, en parler avec tes profs pour essayer de trouver une autre voie. Au pire, tu auras perdu un an ; mais ce n'est pas tragique, et tu auras gagné en maturité.

Bon courage et ne perds pas espoir. Ce n'est pas toujours facile de trouver son chemin et de prendre les bonnes décisions. Il n'y a pas de honte à reconnaître qu'on n'a pas fait le bon choix du premier coup...

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Doutes d'une étudiante en lettres

Merci beaucoup de vos réponses, qui m'aident vraiment à y voir plus clair!

Pour répondre à Fandixhuit, mes notes sont loin d'être catastrophiques pour l'instant, même si les choses vont changer avec les partiels.
Quand je dis que j'ai choisi cette voie parce que je ne me voyais pas faire autre chose, je veux dire que j'ai examiné plusieurs pistes (LLCE anglais, un DUT métiers du livre, ou d'autres formations dans un tout autre domaine) et que j'ai hésité longtemps avant de faire mon choix. J'ai éliminé chaque possibilité l'une après l'autre, et il n'y avait que la licence de lettres pour laquelle je n'arrivais pas à trancher entre oui ou non.
C'est ce que je veux dire par "je ne me vois pas faire autre chose": ce n'est pas vraiment une décision "par défaut", ni une vocation de longue date.
En fait, quand j'étais petite, je lisais énormément, j'écrivais beaucoup d'histoires, et mes proches m'ont rapidement étiquetés comme "la littéraire de la famille". Au collège, mon goût de la lecture s'est petit à petit estompé, mais l'étiquette est restée collée à mon front, et finalement en entrant au lycée je ne lisais presque plus, ou en tout cas je lisais sans goût. Je me suis toujours vue comme une "littéraire" parce que c'est comme ça que les autres me voyaient, et j'ai en quelque sorte essayé d'être fidèle à cette image qu'on avait de moi. Aujourd'hui je me demande si ce choix d'études n'était pas tout simplement hypocrite.

Merci Ségolène pour ton message, qui m'a bien réconforté. Le fait que je ne sois pas la seule à me sentir noyée par tous ces cours et tous ces bouquins me rassure, d'autant plus que tu réussis ta licence.

Pour répondre au message de Fuligineuse, la décision de faire des études littéraires plus ou moins "par défaut" n'a pas été guidée par un choix de métier particulier, comme prof, mais plutôt par l'idée assez générale de travailler dans le grand secteur des métiers du livre, que ce soit dans les librairies, les bibliothèques, les archives, le domaine de la documentation, le monde de l'édition, les CDI de collèges et lycées, etc..., sans préférence préalable. Or tous ces métiers sont a priori accessibles par des licences pro et des masters pro après une licence de lettres (même s'il existe des voies plus directes et plus courtes).

Pensez-vous qu'il faut à tout prix continuer à lire des choses pour soi, en dehors du programme et des cours, pour garder le goût de ce qu'on fait?

Je ne l'ai pas précisé dans mon premier message, mais dans tous les cas je compte m'accrocher et finir l'année, même si c'est pour ensuite arrêter. Vos réponses m'ont confirmé que c'est ce qu'il y a de mieux à faire.

Merci encore de vos réponses.

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Doutes d'une étudiante en lettres

Si j'ai pu t'aider, tant mieux. Il est vrai que je réussis ma licence (pour l'instant du moins) malgré le fait que je me suis vite sentit dépassée. J'espère qu'il en sera de même pour toi.
Selon moi, oui, il faut vraiment continuer à lire pour soi en dehors des études. Non seulement pour se rappeler à quel point on peut aimer lire mais aussi pour élargir sa culture littéraire (ou pas littéraire d'ailleurs). D'autant plus qu'à la fac, tu étudie à peu près une période par semestre et tu n'es pas obligée d'aimer toutes les périodes.

Doutes d'une étudiante en lettres

Je suis moi-même passé par cette phase en tant qu'étudiant puis en tant que prof de lettres, et je peux dire deux ou trois choses que, je l'espère, aideront :

- souvent, il y a confusion entre littérature et discours sur la littérature, oeuvres et analyses sur les oeuvres. Le problème est-il : "Je n'aime pas lire ?" ou "Je n'aime pas étudier, analyser, décortiquer, commenter la littérature ?" L'overdose d'analyses techniques voire technicistes peut aussi expliquer ce soudain raz-le-bol. Je suis également passé par des phases du genre : "A quoi bon ?" / "C'est d'un vain !" / "A quoi ça sert ?" C'est donc normal !

- je crois qu'il ne faut pas culpabiliser de ne pas aimer décortiquer la littérature. Et ça n'empêche pas la réussite : il y a des choses qu'on fait très bien sans pour autant aimer les faire. Ca pourrait faire hurler plein d'usagers de ce forum, mais je suis un ancien étudiant en lettres et un prof de lettres qui n'aime absolument pas l'analyse littéraire. Etant surement davantage linguiste dans l'âme que "littéraire", je n'ai jamais réellement apprécié le "frisson de la lecture analytique", "le tremblement orgasmique du commentaire", malgré le réel plaisir qu'on peut prendre à l'analyse, parfois, à ce travail éminemment intellectuel ou à d'autres exercices de haute voltige académique (leçon, étude littéraire, etc.). D'ailleurs, ceci n'empêche aucunement d'aimer le métier d'enseignant de lettres (qui fait bien d'autres choses : lexique, grammaire, orthographe, lecture, écriture, méthodes, culture, histoire de l'art, lecture de l'image, recherche didactique et réflexion pédagogique), et ça n'empêche surtout pas de faire correctement son métier (en ce qui concerne les exigences du programme au sujet de la littérature).

- premier petit conseil pratique : changer la vision qu'on peut avoir de la littérature en changeant les approches scientifiques. Se frotter à des grilles d'analyse différentes (et qui ne sont plus forcément à la mode, certes), éviter de rendre la production littérature autotélique voire autistique mais la replacer dans un contexte historique ou linguistique. L'approche de la pragmatique est sur ce point parfois salvatrice, les approches linguistiques sont intéressantes, de même que certains travaux (structuralistes ou autres) qui remettent la production littéraire dans un contexte précis.

- deuxième conseil pratique : mettre un grand coup de pied dans la pyramide, du moins pour un certain temps. Le temps, justement, de se "réconcilier", il me semble qu'il serait possible de bien séparer lectures-plaisirs et lectures-travails en faisant fi des catégories et surtout, surtout, surtout, des hiérarchies ! En pratique ? Ne rien snober, totalement oublier ce vilain mot qu'est "littérarité" et s'interdire absolument le terrible "Ceci n'est pas de la littérature". Ne pas snober les mauvais genres, découvrir des littératures inconnues, décider qu'il serait temps de lire enfin tel auteur contemporain pour en dire du mal en connaissance de cause, se jeter sur les romans graphiques, acheter très fièrement un bon gros best seller de "chick litt", se laisser emporter par un bon gros tire-larmes version "Prince des Marées", ne pas bouder son plaisir face à une saga de fantasy en dix volumes, décider de lire tout Mishima, et j'en pense ! Car à mon avis, c'est aussi comme ça, parfois, que l'on se ramène à soi-même et à ce qui nous a poussés à la lecture : rire, pleurer, s'évader, rêver.

- troisième et dernier conseil qui sera un mélange des deux : si poursuite en master il y a, choisir vraiment un domaine que l'on apprécie, une littérature qu'on aime. S'il s'agit d'éviter l'académique, il y a des universités et des professeurs qui sont spécialisés dans les domaines les plus pointus : de la littérature de jeunesse à "Buffy contre les vampires" (si si !).

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Doutes d'une étudiante en lettres

Merci pour ces conseils.
Je dois reconnaître que je ne supporterais pas d'être sans cesse dans mes lectures pour les cours et c'est régulièrement que je lis des choses qui n'ont rien à voir (du polar à la comédie en passant par la littérature jeunesse). Je n'ai pas vraiment le temps mais je le prends.
Je ressens bien le frisson dont vous parlez quand je fais une lecture analytique mais c'est que j'ai beaucoup de mal à le faire, et c'est pour cela qu'il m'arrive aussi de douter.

Pour résumer tout ça, je dirais que le principal est de ne jamais oublier pourquoi, au départ, on a aimé la littérature.

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Doutes d'une étudiante en lettres

Bonjour

Je sais que le sujet date mais je traverse actuellement cette période sachant que j'ai été admis en L2 lettres modernes à l'université. Mais j'ai des doutes. Mon principal hobby est d'écrire des romans depuis que je suis petit. J'ai donc pensé à lettres pour la culture littéraire. Mais je me souviens que pendant mon année de prépa L, je n'ai jamais accroché à la littérature classique française. Je préférais largement la littérature étrangère (américaine et anglaise : romans noirs, psychologiques) qui me parlait beaucoup plus. Mais j'ai du mal avec les classiques. Je me suis forcé à finir la Princesse de Clèves sans être accroché. J'ai lu Notre Dame de Paris mais je n'ai pas continué car trop de personnages et de descriptions. J'ai vite saturé. En littérature, j'ai l'impression qu'il y a 2 ou 3 passages qui vont me parler mais les descriptions longues comme Balzac, Hugo... J'ai du mal à suivre et je trouve ça chiant. Je préfère les romans plus psychologiques/modernes ou on est directement dans l'action et histoire et avec le personnage.

Je précise que je ne compte pas du tout faire prof. mon but est d'intégrer le master de création littéraire. Cependant, je me demande s'il est légitime de faire lettres sachant ma difficulté avec les classiques.

Doutes d'une étudiante en lettres

calamar23 a écrit :

Je précise que je ne compte pas du tout faire prof. mon but est d'intégrer le master de création littéraire. Cependant, je me demande s'il est légitime de faire lettres sachant ma difficulté avec les classiques.

Deux raisons qui font qu'il ne faut pas persister.

Au fait, on a aussi écrit aux XXème et XXIème siècles...