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Éducation et catégorisation

Bonjour.
Je souhaiterais lancer un débat.Je trouve en effet que ce qui menace le système éducatif français est la catégorisation et l'hyperspecialisation des fillieres dites générales. On fait une distinction entre les profils scientifiques et littéraires, mais dans ma classe de première , les meilleurs élèves excellent dans toutes les matières.Ils se destinent par ailleurs a des études scientifiques.
C'est peut être un peu ethnocentrique, mais on sait que Platon, grand philosophe de l’antiquité était aussi un mathématicien!Le raisonnement logique est primordial dans la construction d'une dissertation de philosophie comme lors de la résolution d'un exercice d’algèbre!Les analyses de texte en Français me paraissent aussi assez cartésiennes.
En dépit de l'attirance que l'on a (ou pas) pour telle ou telle matière, la formation intellectuelle complète, n'est elle pas celle qui permet d’appréhender le monde dans son ensemble?
Sans tomber dans une généralisation excessive, je serais partisan d'un baccalauréat unique ou l'on étudierait les humanités et les sciences dures pour pouvoir se spécialiser ensuite .Qu'en pensez vous?

Éducation et catégorisation

Juste une question qui m'intrigue ; qu'entendriez-vous par une analyse "cartésienne" d'un texte littéraire ? 

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Le terme ''cartésienne'' n'est pas très approprie. Je voulais signifier que ,selon le moi, le travail d'analyse d'un texte ne laisse pas une grande part a la prise de distance et a la reflexion

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C'est peut-être, sans vouloir être blessante, que vous avez une approche trop "lycéenne" de la chose. Cela étant, à l'université aussi malheureusement, certains cours - et profs - laissent peu de place à la réflexion personnelle. Les parcours sont peut-être trop spécialisés, mais il est largement possible d'allier des champs d'étude à l'université. De nombreux parcours bi-disciplinaires sont possibles, les maquettes de cours ouvrent de plus en plus les choix des options, certains parcours sont mêmes élargis au point de ne pas sépcialiser véritablement les étudiants et il demeure possible de faire des doubles parcours. Du reste, s'intéresser à un domaine ne veut pas dire forcément l'étudier à l'université. Vous pouvez tout-à-fait adorer l'étude du droit, avoir un certain niveau, sans être inscrit en fac de droit. De la même manière, rien ne vous empêche d'avoir un parcours très littéraire et de finir en thèse d'histoire de la médecine - ce qui est mon cas.

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En même temps, Le Joueur est en première, avec les lectures analytiques très carrées qui vont avec, c'est normal qu'il ait ce sentiment-là...

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Pendant les études, surtout au lycée, les analyses de textes sont effectivement "cartésiennes". Et ce n'est pas plus mal... Souvent mes élèves scientifiques sont rassurés de voir que le cours de français, ce n'est pas juste "extrapoler", dire tout ce qui nous passe par la tête aprés avoir lu un texte, mais s'appuyer sur des indices précis et sur une bonne connaissance de l'auteur et du contexte pour appréhender un extrait d'oeuvre. Après c'est à nous de les mener doucement vers une prise de distance, une réflexion... Le même problème se pose en philo, quand les élèves veulent tout de suite philosopher par eux mêmes sans avoir acquis un certain nombres de pré-requis qui permettent à la réflexion de s'élever.

Ceci dit je partage ton opinion Le Joueur. J'étais scientifique et littéraire à la fois, j'aime, tout comme toi, penser qu'à une époque lointaine cela formait un tout, et j'aime rencontrer en S des amateurs de littérature, et en L des personnes capables de rigueur et de logique "cartésienne". Et je n'aime pas entendre, ici comme au lycée, "je suis en S, DONC je ne suis pas intéressé par le français", ni "je suis en L, DONC il est normal que ma réflexion parte dans tous les sens"...

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Oui, c'est ce que je pense aussi. J'ai bien écrit qu'il avait une approche lycéenne de la chose.

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Le même problème se pose en philo, quand les élèves veulent tout de suite philosopher par eux mêmes sans avoir acquis un certain nombres de pré-requis qui permettent à la réflexion de s'élever.

Connaissant "un peu" le "domaine", ais-je droit de dire que c'est une totale absurdité ? Et même plus, que c'est parce que l'enseignement de la philosophie est fondée sur une telle absurdité qu'il se porte aussi mal aujourd'hui dans les "consciences lycéennes".

Le problème de l'enseignement de la philosophie en terminal est justement contraire à ce que vous affirmez : trop d'auteurs, trop de penseurs, pas assez de pensée... On pousse les étudiants à faire des fiches sur les philosophes de l'histoire, avant de les pousser à oser réfléchir par eux-même et dire ce qu'ils pensent. Comment est-il possible de construire une réflexion personnelle sur un sujet si on y applique immédiatement la médiation d'un auteur ? Cette médiation est en plus la plupart du temps faite n'importe comment, justement pour coller à l'absence de réflexion philosophique des élèves. Du coup ; on bazarde Marx, on débite Sartre, on fait de Nietzsche un étrange mime et de Kant une horrible chose. On rend les cours chiants ! Parce qu'il faut le dire ; et arrêter de se voiler la face, les cours de philosophie en term son chiant. Ni plus ni moins. Après, il y a des profs qui sortent du lot et arrive avec les programmes à rendre la philo intéressante ; mais la plupart du temps ce n'est pas le cas. Les cours sont un alignement de concept, un monologue sur les auteurs, une histoire foireuse de la philosophie.

Donc oui ; philosopher par soi-même. Comprendre que la philosophie est autre chose qu'un corpus de vieux croutons mort - parce que du coup, les auteurs sont perçus comme ça - et voir comme un vertige peut nous prendre quand on pense à telle ou telle chose. Mettre le débat au centre et la discussion ! Pas balancer du Kant ou du Hobbes comme une vérité à laquelle les étudiants devront coller pour avoir une bonne note... Arrêter de faire croire quand sans références une dissertation ne vaut rien. Tout simplement...

Le travail en littérature est moins radical, je crois, au lycée. Mais, je pense que le problème est là aussi ; ce que vous dites est très beau, Ammy, mais la connaissance du contexte, les outils d'analyses, c'est très beau : mais ça fait perdre les 90% de l'audimat. Je ne dis pas qu'il faut abandonner cette idée ; je dis que revenir simplement au fait que la lecture est d'abord un plaisir, un vertige, une émotion, un ressenti et mettre ça, aussi, au centre, ça serait une bonne idée. Je ne vais pas rentrer dans le débat stérile du Balzac en term ; je ne pense pas que le problème soit la littérature proposée - même si je ne suis pas d'accord sur les choix des programmes la plupart du temps pour le coup - mais la façon dont elle est présentée. Le meilleur cours de français que j'ai eu c'était sur le surréalisme ; tout simplement parce qu'on m'avait laissé, et moi avec les autres, interprétés un peu librement, dire un peu ce que je pensais, sans devoir me mettre sous la Vérité du prof ou la Vérité de tel ou tel commentateur.

Je crois, définitivement, que pour ne pas faire de ces disciplines des disciplines mortes pour la plupart des élèves ; il faut arrêter de donner ça comme des monolithes intouchables, des montagnes à gravir, et faire comprendre que lire ou réfléchir c'est juste ouvrir les yeux et pas manger une centaine de date ou de figures de style...

Edit : Juste pour exemplifier la sclérose qu'implique l'enseignement de la philo ou de la littérature en term ; la question qui revient le plus souvent en cours particulier - donc la plupart du temps avec des élèves qui eu veulent un peu quand même, sinon ils feraient pas ça -, c'est tout simplement s'ils ont droit de dire ce qu'ils pensent. Alors voilà... Après, c'est sûr que si on leur dit en cours qu'ils peuvent pas "s'élever" (hahahaha) s'ils connaissent pas les Auteurs...

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Éducation et catégorisation

Pour ma part je me suis lie a cette matiere grace aux cours "Contre histoire de la philosophie" du tres mediatique Michel Onfray et a l'emission "Les nouveaux chemins de la connaissance" sur une radio bien connue avec Enthoven puis Adele Van Reeth  Pour le coup je ne trouve pas ca tres scolaire!

Et vous Leihe, que pensez vous de cette differenciation scientifique/litteraire dans le secondaire?

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j'aime, tout comme toi, penser qu'à une époque lointaine cela formait un tout, et j'aime rencontrer en S des amateurs de littérature, et en L des personnes capables de rigueur et de logique "cartésienne".

La complexité du problème se mesure à votre formulation je trouve ; vous-même, regrettant le clivage artificiel scientifique / littéraire, vous le perpétuez en disant que vous aimez rencontrer des "personnes en L" capable de"rigueur et de logique" ; comme si le L n'était pas en soi "capable" de cela 

Pour ce qui est de la question de la distinction, je ne sais pas...

Il est assez classique de regretter la soi-disante unité perdue du savoir des Anciens. Mais, si je puis me permettre, il me semble que ça témoigne d'une relative méconnaissance de ce que le savoir signifiait pour ses Anciens et de l'ordre de cette unité que l'on regrette aujourd'hui. Le fait est que la structure de notre savoir - s'il faut parler ainsi - est articulée sur des distinctions qui, si elles ne sont pas fondamentales et immuables, permettent au moins de rendre intelligible et organisable l'espace de nos connaissances. Même s'il s'agit d'une question d'épistémologie qui peut sembler éloigner du problème ici ; je crois qu'il ne faut pas prendre ça trop à la légère et qu'il n'est pas simplement question de regretter tel ou tel unité, tel ou tel clivage, mais de sentir, peut-être, que ces clivages ou ces distinctions ont un sens dans la façon dont nous pensons aujourd'hui.

Une fois levée ces questions relatives à l'épistémologie et à la forme de notre connaissance ; je pense que la distinction littéraire / scientifique permet au moins de construire des maquettes de cours dont la cohérence est assez facile à trouver - justement dans le cadre général à l'intérieur duquel notre connaissance est structurée. Quoi qu'il en soit, je crois que le problème, s'il existe, est situé plus en amont ; le soucis est que les disciplines ne sont présentées comme des matières. On les présente comme des monolithes ; des ensembles aboutis et impensable de choses à apprendre. J'ai dans l'idée que si on m'avait fait, ne serait-ce qu'un tout petit peu, sentir que les maths étaient autre chose que des théorèmes et bien, en "littéraire" que je suis, j'aurais vraiment aimé ça. Sans être forcément bon, j'aurai senti l'intérêt de la chose. J'ai du attendre d'être en term pour le comprendre et il était déjà trop tard. Je pense vraiment que le problème se situe au niveau de la façon dont les choses sont présentés ; elles laissent trop peu de place à l'initiative personnelle ou au vertige. On ne sent pas, en utilisant l'infini dans un théorème, comme la notion est problématique en mathématique et comme ce problème là dépasse largement le cadre d'un calcul. Donc, s'il faut une unité, c'est là qu'il faudrait la trouver il me semble.

Dans ce cadre ; je crois qu'avant d'envisager la possibilité même d'un bac général général - si je peux dire ça ainsi - ou tout le monde apprendrait les même choses, il faudrait faire un travail en amont de reprise de l'enseignement. J'ai bien conscience du caractère utopique de la chose ; mais on est en plein dans l'utopie de toute façon. Peut-être faudrait-il, avant de vouloir enseigner des humanités, comme tu dis, faire voir que les maths ne sont pas simplement des chiffres et des nombres fourgués ensemble, que la littérature ce ne sont pas simplement des figures de style et des auteurs poussiéreux et imbuvables, que la physique c'est autre chose qu'apprendre par coeur des circuits électriques et des compositions chimiques, etc... etc... etc...