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Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Bonjour à tous,

Depuis quelque temps je me pose des questions quant au métier d'enseignant. Souvent décrié comme étant un métier difficile, il y a encore quelque année je pensais que plus tard je voudrait tout faire sauf cette ingrate profession, et pourtant suite a ma rencontre avec notre nouveau (et fantastique) professeur de français, l'idée de devenir enseignant à mon tour m'effleura l'esprit.

Mais je me demande tout de même si cela n'est qu'une lubie passagère, ou si c'est une vocation ?
Est ce que nourrir une passion pour la littérature suffit à trouver satisfaction dans ce métier ?
Comment gérer psychologiquement l'intolérance et l'immaturité des jeunes et les transformés ?

Et s'il y a des enseignants parmi vous, nous exposer les raisons qui vous ont poussés à choisir cette voie, avez vous toujours voulu le devenir ou était-ce par défaut ? Et enfin si vous regrettez a présent ce choix.

Merci de vos réponses qui seront importantes je pense pour mon avenir. 

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Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Merci d'avoir créé, Paradise, ce topic. Je suis tout autant curieuse que toi de voir ce que répondront les professeurs. Pour ma part, je suis dans une situation identique à la tienne et ce depuis plus d'un an maintenant, et il est vrai que par moment je me demande si ce n'est qu'une "lubie passagère" pour reprendre tes mots. Comment et à quelle période de ta scolarité t'est venue cette ambition sans vouloir faire preuve de curiosité déplacée ?

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Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Je te remercie de ta réponse et suis heureux de voir que quelqu'un est en proie aux même doutes que moi (sans vouloir t'offusquer  )
 
Pour répondre à ta question, cette "passion" a fait surface en seconde, classe où le français connu au collège se transforme et prend sa véritable ampleur. C'est au contact, comme pour beaucoup, du meilleur professeur de français du monde que j'ai développé ce syndrome.
Malgré des débuts difficiles (adolescence oblige), je commençais à prendre de plus en plus de plaisir à disserter et à analyser les textes en classe.
Puis j'ai commencé à lire sous contrainte puis par plaisir, et sans m'en rendre compte, en quelques mois, naquit une dépendance aux lettres.
Le fantasme d'enseigner et de transmettre ces sentiments s'en suivit alors.

Oh, rien de bien original, c'est surtout la rapidité avec laquelle cela s'est développé qui me fait personnellement douter.

J'aimerais moi aussi, connaître les raisons qui t'ont pousser à vouloir enseigner (si tu es d'humeur à nous les faire partager), et si cela est également due à un professeur qui te sert d'exemple ?

Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Paradise a écrit :

Mais je me demande tout de même si cela n'est qu'une lubie passagère, ou si c'est une vocation ?
Est ce que nourrir une passion pour la littérature suffit à trouver satisfaction dans ce métier ?
Comment gérer psychologiquement l'intolérance et l'immaturité des jeunes et les transformés ?

Et s'il y a des enseignants parmi vous, nous exposer les raisons qui vous ont poussés à choisir cette voie, avez vous toujours voulu le devenir ou était-ce par défaut ? Et enfin si vous regrettez a présent ce choix.

Bonjour à toi, je suis un prof encore assez frais, j'étais stagiaire l'année dernière. J'essaie de répondre à tes questions dans l'ordre où elles tu les poses :
1) lubie passagère ou vocation, personnellement, je ne crois pas en la "vocation", en la destinée, en ce qui est fait pour toi, que ce soit ton "âme-sœur" ou ton "travail-frère", Les Mots de J-P Sartre devraient pouvoir te guérir de cette obsession de la vocation, et ainsi abolir cette crainte existentielle que je trouve déplacée. Ce qui est surtout variable d'un aspirant-prof à l'autre, c'est la force de la motivation et la constance du projet.
2) Non, non et archi-non, la passion pour la littérature doit s'adosser dans l'enseignement supérieur à un travail intellectuel de pointe, qui est sans commune mesure avec ce que l'on fait en collège ou en lycée. Le plaisir que l'on peut prendre à étudier dans ses moindres détails un problème littéraire n'a rien à voir avec le plaisir que l'on peut prendre à enseigner. Personnellement, je suis très peu réceptif à ce deuxième type de plaisir, lié à la transmission opérée par un dispositif didactico-pédagogique dont le bon fonctionnement est en bonne partie lié au hasard.
3) Les gérer, les transformer, tout cela est très beau : les encadrer, c'est déjà ça ; donner un cadre coercitif à leurs mouvements les plus impulsifs, en gros, imposer le respect, peut être le moyen de les infléchir dans un sens que l'on estime bon (tu sembles l'avoir expérimenté). La discipline, c'est une question de public avant toute chose (la discipline au lycée Henri IV n'est pas un concept pertinent...) et de caractère (qui se travaille, ceci-dit).
4) Le chemin qui m'a conduit vers l'enseignement est sûrement très complexe, quoi qu'il en soit, aujourd'hui, je le suis, ce boulot, j'essaie de le faire du mieux que je peux, tu n'auras pas de mal à trouver qqn de plus passionné par son métier. Mais j'ai le malheur d'avoir la passion de la plus dense littérature, rien de pire quand on veut être professeur de français.

Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Bonjour, je suis professeur depuis une dizaine d'années et depuis 5 ans en lycée. Non, l'amour de la littérature n'est pas la bonne motivation pour entrer dans ce métier, car on l'on enseigne très peu au collège, et difficilement au lycée. C'est avant tout un métier de contact, à l'heure où en haut lieu on nous considère comme des "animateurs", et face à des classes surchargées, il faut déjà réussir à "exister" et même au lycée, où je croyais être "tranquille", ce n'est pas une mince affaire.
Pour ma part je déteste cet aspect de mon métier et j'avoue que la discipline ce n'est pas mon point fort, j'ai l'impression qu'il y a des gens bien plus doués que moi, dotés de plus de charisme...et encore, il y en a, mais pas tant que ça. Pour autant je ne suis pas timide, ni craintive, j'ai plutôt une forte personnalité, mais ça ne suffit pas, c'est plus compliqué que ça. Bref, je pense qu'il y en a quand même qui "ont un truc", et que moi je ne l'ai pas, ce qui ne fait pas de moi un professeur épouvantable, mais pas génial, loin de là.
J'ai des relations assez compliquées avec mon métier, car il y a des moments formidables et quand même avec certaines classes, la mayonnaise prend, heureusement ! Je ne suis pas passionnée, pas cynique non plus, et puis les gens vraiment passionnés et "à fond" que je vois ne font que corriger des copies, y passent leurs journée et leurs nuits, se pourrissent la vie, se font des ulcères car forcément en ce moment tout va rarement comme on veut...Et même en lycée il y en a qui craquent. Bref, je pense qu'il faut aussi se préserver, dormir la nuit, lire autre chose que les bouquins qu'on fait en cours, il faut garder un certain recul, pour moi il ne faut pas vivre ce métier comme un apostolat...
Voilà, désolée d'écorner un peu l'image du professeur-prophète, et je retourne à mes copies !

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Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Bonjour,

à mon tour de venir raconter ma "vocation" 
Je suis prof de lettres depuis 16 ans, maintenant: 8 ans en collège ZEP, puis 8 ans en lycée "normal". Je suis devenue prof par accident: j'aimais la littérature, je ne savais pas quoi faire, ma famille m'y poussait. Pas vraiment de quoi faire rêver!
Voici le bilan: la passion de la littérature ne suffit pas; comme cela a déjà été dit, ni au collège ni au lycée, tu ne peux vraiment te plonger à fond et avec délices dans tes auteurs préférés. Ce métier est d'abord de la trasmission: méthodes, connaissances, certes, mais pas seulement. Si on se limite à ces aspects, ça ne passe pas avec les élèves, tout simplment parce qu'ils vivent dans un autre monde, où tout doit aller vite, et où ils ont l'habitude de zapper quand ça ne les intéresse pas. Donc, il faut arriver à capter leur attention, à les captiver: la passion aide beaucoup parce que nul ne peut vraiment rester insensible à un discours vrai. La difficulté est de savoir aussi entendre leurs difficultés, leurs objections, leurs incompréhensions et de ne pas s'en offusquer, de ne pas se braquer. C'est un travail de minutie, qui implique d'être très à l'écoute des élèves (cela ne veut pas dire qu'on doit accepter de tout entendre, ni qu'on doive non plus imposer un cadre pédago-coercitif, pour reprendre l'expression de Foedor), d'être parfois dans la rigidité ("stop, maintenant vous écoutez, c'est moi le prof."  ), et parfois dans la souplesse...

Ton prof a su manifestement te passionner, c'est chouette, et tu as beaucoup de chance. Malheureusement, tu ne vois pas la partie cachée de l'iceberg (et c'est bien normal et naturel): les copies (nombreuses et lourdes à corriger en classes de 1ère ou de Term), l'obsession du temps qui manque pour faire les choses correctement (surtout en classes d'examen), les difficultés de plus en grandes de notre profession (problèmes de surnombre d'élèves, d'heures supprimées, transformées; réformes peu claires, trop rapides; suppressions de poste, difficultés à obtenir un poste dans l'académie ou le département de son choix, l'impossibilité à en changer, etc).

Bref, s'il n'y avait que les élèves à s'occuper, ce serait un très beau métier, que je te recommanderais chaleureusement. Seulement voilà, il y a beaucoup d'autres paramètres. Le choix d'un métier est compliqué et délicat parce qu'il engage une vie, ou du moins une grande partie; donc régléchis soigneusement; n'écarte aucune possibilité et donne-toi du temps pour voir si ce que tu aimes, c'est la littérature ou transmettre le goût de la littérature, des idées, un goût pour la réflexion, l'écriture, etc.

Bonne réflexion!

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Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Tout d'abord, Merci pour vos témoignages instructifs.
S'il est vrai que j'idéalisais la profession, je ne pensais pas que le revers était si lourd.
Je vous remercie de votre honnêteté et de votre objectivité, j'ai compris que j'avais une vision trop utopique du métier et que ces professeurs "géniaux" qui nous inspire sont bien rare.
J'étudierais la question, bien que je ne pense pas avoir vos capacités d'encadrement et de communication que je respecte.

Merci, d'autres témoignages sincères sont toujours les bienvenues 

Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Salutation

Figures-toi que je suis une fraiche lycéenne depuis septembre et suis littéralement tomber amoureuse des cours de français. Ayant toujours eu 12 au collège, puis 16 en troisième, grâce à une prof qui adorait donner des expressions écrites, je me retrouve en seconde avec 16 de moyenne en français.

Ces résultats, je les dois à ma professeur de français, que j'adore, tellement ces cours sont parfaits. Mais est-ce seulement parce que, une fois en seconde, on ne fait plus que de la littérature ? Je pense que oui d'un côté, mais c'est justement pour cela que dès que je rentre en classe, je suis toute excitée. D'ailleurs je passe un peu pour la folle de français, dans une classe de matheux, pourtant bilingues (classe internationale).

L'année dernière, je penchais déjà pour les langues, et pensais devenir interprète. Entrant en section I (comme Internationale), je me voyait déjà étudier à Cambridge ou Oxford. Mais depuis que j'ai goûté au vrai français, la littérature m'a fait douté, et maintenant je pense plutôt me diriger vers une université de littérature.

En tout cas, je suis bien sûr de passer en L, ayant la meilleur moyenne de Français et surement la pire de Maths.
Comme toi, je ne sais pas si c'est une "lubie passagère" et si j'aurais toujours cette ambition dans six mois, deux ans, ou cinq ans. Avec la Réponse de Lucrezia, j'avoue avoir calmé ma soif de devenir Prof, m'imaginant tout de suite des soirées à corriger des dissertations et autres DST.

Tu es en quelle classe ? Quelle est ton opinion maintenant ?
Et pour ceux qui ont fait une prépa littéraire, quels sont les autres métiers possibles avec des études de littératures françaises ?

Merci

Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Depuis 2007, je suis moi aussi enseignant, et je partage assez volontiers ce qui a été dit par mes collègues. Je voudrais simplement ajouter qu'enseigner peut être une étape professionnelle dans la vie. J'ai des collègues pour qui l'enseignement est une seconde carrière. J'en connais d'autres qui ont commencé par l'enseignement et qui ont ensuite bifurqué. Le plus souvent, ces collègues-là restent dans la fonction publique, mais certains choisissent aussi de partir travailler dans le privé.

Ce que j'essaie de dire c'est qu'il ne faut peut-être pas trop se mettre de pression en imaginant qu'une fois qu'on a choisi un métier, on est condamné à le faire toute sa vie.

Aujourd'hui les carrières sont longues, et nombreux sont ceux qui changent de voie au cours de leur vie. Il faut bien se dire qu'à quarante ans, on n'est qu'à la moitié de sa vie professionnelle (ou à peu près) ! Changer de voie peut être éprouvant, car il faut se remettre en cause et acquérir de nouvelles compétences, mais c'est tout à fait possible. Pour certains, être enseignant n'est qu'une porte d'entrée dans la fonction publique.

Je voulais aussi ajouter que l'Education nationale offre de possibilités de travail assez originales. On peut enseigner dans les Dom-Tom, dans des écoles qui relèvent d'un autre ministère (Agriculture ou Défense), à l'étranger, etc... En ce qui me concerne, cela m'a beaucoup attiré dans la profession.

Une dernière idée pour la route. C'est vrai que le métier est difficile. Les contraintes sont nombreuses. Cela dit, beaucoup de métiers sont difficiles. Je crois que beaucoup de gens idéalisent la situation des enseignants parce qu'ils ne connaissent pas notre métier, mais je crois aussi que les enseignants se plaignent un peu trop parce qu'ils idéalisent la situation des employés du secteur privé.

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Comment être sûr de vouloir devenir enseignant ?

Bonjour,

Je me pose également des questions, d'au tant plus à cause de mon parcours scolaire/psychologique (les deux sont étroitement liés).

Pourtant, depuis la 6ème, je souhaite devenir professeure de Lettres, et depuis la 5ème (j'ai découvert qu'il y a deux filières différentes) professeure de Lettres Classiques.
J'ai déjà donné des cours particuliers (et je sais que ce n'est pas comme être avec plusieurs élèves) MAIS je sais que la transmission de connaissance et le contact, ça, ce sont des choses que j'ai adoooooooooooré! Bon, les Lettres Classiques en elles-mêmes me fascinent aussi, je ne le nierai pas.
Et puis, j'ai toujours profondément apprécier et admirer les professeurs.

Cependant, je n'ai jamais étudié les civilisations/langues anciennes au collège ou au lycée. Ou plutôt, j'ai fait un an (première) de latin au CNED, et plusieurs fois débuté le grec avec l'Hermaion. Mais faute d'estime de moi, j'ai a plusieurs reprise laissé pour reprendre à zéro par la suite (ce qui n'est pas le cas du norvégien que je travaille quotidiennement depuis presque deux ans).
Mon dossier scolaire, pour raison psychologique, "n'intéresse" pas les CPGE.
J'ai essayé la FAC cette année (l'année d'avant, j'ai du rester chez moi pour raison médicale) en ayant pris avec trois semaines de retard, et mon estime de moi inexistante m'a bloqué (il y a eu plus, mais je n'ose pas trop le poster, c'est difficile). Je suis donc restée six semaines. D'un côté, le rythme était trop lent et je m'ennuyais terriblement (pour les cours concernant la Grèce Antique, j'étais d'ailleurs en avance sur mes camarades), pourtant, je trouvais le moyen d'être persuadée d'être incapable d'y arriver. Et des choses appuyer cette idée : j'ai une culture générale moins importante que mes camarades qui ont été dans des musées, etc. J'ai une vitesse de lecture plus lente. J'ai une curiosité intellectuelle énorme mais je lis moins que les autres. Je n'ai jamais du travailler à l'école pour y arriver donc ne sais pas le faire. Et les figures de style comme les tables de multiplications ont beaucoup de mal à entrer (mais j'ai peut-être enfin trouver quelque chose)!
Résultat, je me trouve encore face à ce métier, le seul qui m'attire, et face à un cerveau bloqué.

[Ma nouvelle psy trouvera peut-être un moyen de m'aider là-dessus.]

Encore une fois, face à des élèves, seul ou plusieurs, je ne connais pas ce genre d'état. L'appréhension oui, mais je ne me sens pas nulle à ce point, et surtout, je me sens utile. Un échange, une transmission que j'apprécie vraiment!


Navrée d'avoir un peu déballé ma vie, mais j'avoue que ça fait du bien.

J'espère, Paradise (merci pour le topic!) et les autres, que vous avais réussi à passer vos doutes.

Si c'est la littérature qui vous passionne, il y a bien d'autres métiers (maître de conférence, chercheur, et peut-être certains métier en maison d'édition, en bibliothèque, ou librairie, mais ce sont des métiers polyvalents donc pas que!).


J'ajouterai qu'un métier, on ne le fait plus toute sa vie maintenant. Il n'est plus si rare de trouver des personnes qui changent de métier au court de leur carrière, parfois plus d'une fois.


Pour connaître les vies/situations des employés dans le privé et des professeurs, je suis d'accord avec ce qui a été écrit pus haut :
"C'est vrai que le métier est difficile. Les contraintes sont nombreuses. Cela dit, beaucoup de métiers sont difficiles. Je crois que beaucoup de gens idéalisent la situation des enseignants parce qu'ils ne connaissent pas notre métier, mais je crois aussi que les enseignants se plaignent un peu trop parce qu'ils idéalisent la situation des employés du secteur privé."

C'est un métier très fatiguant nerveusement, mais très riche!!