1

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

Bonjour ,
Je dois rédiger un commentaire de texte sur l'extrait de la mort de Jean Batiste Grenouille.
J'ai déjà dégagé quelques allusions , on peut noter que sa mort ressemble étrangement avec celle de Jésus Christ , car Grenouille se fait écarteler , trancher et manger vivant par des criminels. Cet acte à été fait par Amour, par une intense attirance envers lui. J'ai noté également qu'il à une mort très semblable a celle d'Achille.
Malgès cela , mon commentaire reste très confus et j'aimerais avoir l'avis de ce qui ont lu le livre et si vous pouviez m'éclairer un peu plus sur les autres allusions , les procédés mais de manière générale juste pour me mettre sur le bon chemin.

merci beaucoup
Diaphragme.

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

Bonjour et bienvenue.

La mort de Jean-Baptiste Grenouille...
Cela concerne le livre "Le Parfum" de Patrick Süskind.
Je modifie le titre de ta question pour que ce soit plus clair.
Mais pourrais-tu donner le texte de l'extrait dont tu as à faire le commentaire ?

3

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

merci

voici l'extrait que je dois étudier

Ils avaient fait cercle autour de lui, à vingt ou trente, et resserraient maintenant ce cercle de plus en plus. Bientôt, le cercle ne put plus les contenir tous et ils se mirent à se presser, à se pousser, à se bousculer, chacun voulant être le plus près du centre.
Et puis, d’un seul coup, le dernier blocage sauta en eux, et le cercle craqua. Ils se précipitèrent vers l’ange, lui tombèrent dessus, le plaquèrent au sol.
Chacun voulait le toucher, chacun voulait en avoir sa part, en avoir une petite plume, une petite aile, avoir une étincelle de son feu merveilleux. Ils lui arrachèrent ses vêtements, ses cheveux, lui arrachèrent la peau, le plumèrent, plantèrent leurs griffes et leurs dents dans sa chair l’assaillirent comme des hyènes.
Mais un corps humain comme cela, c’est coriace, cela ne s’écartèle pas aussi simplement, même des chevaux ont du mal à y arriver. Aussi vit-on bientôt l’éclair des poignards qui s’abattirent et tranchèrent; des haches et des couteaux sifflèrent en frappant les articulations, en brisant les os qui craquaient. En un instant, l’ange fut découpé en trente parts et chaque membre de la horde empoigna son morceau et, tout plein de volupté goulue, se recula pour le dévorer. Une demi-heure plus tard, Jean-Baptiste Grenouille avait disparu de la surface de la terre jusqu’à sa dernière fibre.
Quand, ayant fini de prendre leur repas, les cannibales se retrouvèrent autour du feu, personne ne prononça un mot. L’un ou l’autre éructait un peu, recrachait un petit bout d’os, faisait discrètement claquer sa langue, poussait d’un petit coup de pied dans les flammes un minuscule lambeau qui restait de l’habit bleu. Ils étaient tous un peu gênés et n’osaient pas se regarder. Un meurtre ou quelque crime ignoble, ils en avaient tous au moins déjà un sur la conscience, hommes et femmes. Mais manger un homme? Jamais de leur v(e ils n’auraient pensé être capables d’une chose aussi affreuse. Et ils s’étonnaient d’avoir tout de même fait ça aussi facilement et de ne pas éprouver, cette gêne mise à part, la moindre trace de mauvaise conscience. Au contraire! Ils avaient bien l’estomac un peu lourd, mais le cœur était tout à fait léger. Dans leurs âmes ténébreuses, il y avait soudain une palpitation d’allégresse. Et sur leurs visages flottait une virginale et délicate lueur de bonheur. Sans doute était-ce pour cela qu’ils craignaient de lever les yeux et de se regarder en face.
Mais lorsqu’ils s’y risquèrent ensuite. D’abord à la dérobée, puis tout à fait franchement, ils ne purent s’empêcher de sourire. Ils étaient extraordinairement fiers. Pour la première fois, ils avaient fait quelque chose par amour.

4

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

Cet extrait appartient à la quatrième partie du roman, qui en est en réalité l'épilogue. À Grasse, chez la veuve Arnulfi, Grenouille se perfectionne : il apprend l'art de la macération, de l'enfleurage à froid, pour mettre à exécution son projet machiavélique: s'approprier l'odeur d'êtres rarissimes qui inspirent l'amour. Il va ainsi commettre 28 meurtres, tous sur des jeunes filles vierges et pubères. Sa quête du parfum apothéotique se réalise avec le meurtre de Laure Richis. S'enchaînent alors l'arrestation de Grenouille, son procès, sa condamnation à mort mais le jour de son
exécution, miracle: les habitants sont envoutés et persuadés de l'innocence de Grenouille, qui quitte la ville. Retour sur Paris, et volonté de mourir par dégoût des hommes. Arrivée au cimetière des innocents, point de départ du roman: oeuvre cyclique. Là, peuple de marginaux, voleurs, assassins, déserteurs, filles publiques. Grenouille va se diviniser sous leurs yeux après s'être aspergé avec le contenu d'une petite bouteille.

– Texte narratif: dénouement du roman = mort du héros.
Progression dramatique vers le tragique marquée par les indices temporels qui déterminent les étapes du récit : , « bientôt », « et puis d'un seul coup », « une demie-heure plus tard ».


–  le cercle se rétrécit, Grenouille = proie : verbes qui connotent le
dérèglement: « se presser », « se pousser », « se bousculer ».
–  la mise à mort.
Accélération de l'action: « d'un seul coup » + nombreux verbes d'action et
juxtaposition de phrases courtes selon un schéma Sujet/Verbe. « se
précipitèrent », « tombèrent dessus », « plaquèrent ». Violence et folie
meurtrière collective: « chacun voulait » x2.
→ Animalisation des meurtriers dans la comparaison « comme des hyènes »,
acharnement bestial dans le champ lexical de la destruction « arrachèrent »
x2, « plumèrent », « plantèrent », « assaillirent ».
→ Gradation « mais » suivi de l'emploi du style indirect libre. Débridement
et déchaînement des forces meurtrières dans une scène visuelle et auditive
macabre, celle du dépeçage de Grenouille.
→ Parodie du style épique dans la scène de cannibalisme évoquée :
nombreuses hyperboles « éclairs des poignards, haches, couteaux »,
violence extrême: « s'abattirent », « tranchèrent », « sifflèrent », « os qui
craquaient », « en brisant ».
→ Contraste entre l'ange et le vulgaire poulet « découpé en trente parts »
comme un gâteau dont l'ingestion produit chez les cannibales des éructations
discrètes. Grenouille est dévoré « jusqu'à sa dernière fibre » : assimilation à
un végétal disséqué et absorbé. Ne subit-il pas finalement le même sort que
ces fleurs auxquelles il voulait soustraire « l'âme odorante »?
– Dernière phrase = conclusion qui met en évidence un ultime paradoxe: la
notion d'amour apparaît dans la dernière page, c'est le dernier mot du roman
pour qualifier l'acte cannibale « pour la première fois ils avaient fait
quelque chose par amour » : indice parodique ou religieux? Ou symbole
d'une délivrance rêvée par un personnage étranger parmi les hommes? Peutêtre
était-ce là l'objet de sa quête?
          Dénouement fantastique et spectaculaire : la fin de Grenouille est atroce: il oscille entre l'ange, le démon et une figure ridicule. Dénouement imprévisible mais  explicable: volonté consciente d'anéantissement? Grenouille a consacré sa vie à un idéal: « maîtriser le coeur des hommes », se faire aimer et au moment où il y parvient, il découvre qu'en réalité il les hait profondément et il renonce à profiter de sa réalisation. Ainsi, le diabolique Grenouille devient-il victime de son pouvoir? Devenu égal à un dieu qui dirige les hommes, il n'a plus sa place parmi eux, il ne peut plus vivre comme un gomme ordinaire. Il voudrait extérioriser sa haine mais il ne le peut pas puisque son parfum désormais le masque.

5

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

Merci beaucoup pour ton analyse plus que complète , elle m'a bien aider et tu as relevé des éléments que je n'aurais sans doute jamais remarqué ! Vraiment un grand merci pour ton travail !

6

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

Ce ne sont que quelques remarques ( je n'aime pas trop ce livre). Il te faut encore fouiller , chercher, et mettre en ordre. 

7

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

J'ai fait une partie sur la place de Grenouille et ses meurtriers dans sa propre exécution , une autre sur l'amour que lui portent les cannibales de Jean-Baptiste : mais je ne parviens pas à équilibrer cette partie par rapport à l'autre , je ne trouve pas assez d'éléments pour que cela soit assez consistant

8

Süskind, Le Parfum - Ils avaient fait cercle autour de lui...

"Le Parfum" explore le desir d'etre aimé. A l'origine de ce désir, une dechirure que les hommes cherchent toute leur vie á soigner. D'une femme á l'autre d'un parfum au suivant aucun ne comble parfaitement l'abime.
Le cannibalisme de la fin du livre évoque probablement une pratique spirituelle d'Océanie. On absorbe la chair de l'autre pour unir les ames. Le cannibalisme comme l'évocation de la fusion ultime.