Primer ou primer sur ?

Bonjour,

Le Petit Robert atteste "primer" au sens de "l'emporter sur" comme verbe transitif, toutefois on utilise et voit souvent "primer sur".

Sont-ils tous deux corrects ou le deuxième n'est-il que toléré ou accepté depuis peu, par la force des choses?

Merci

Primer ou primer sur ?

Le TLF considère ce tour primer sur rare, et Le Grand Robert le considère vieilli, comme tout l'emploi intransitif.  Selon le TLF, primer intransitif est apparu en 1626, primer transitif en 1633, et primer sur en 1704, et Littré nous donne une citation antérieure avec primer sur, de 1671.

Primer ou primer sur ?

Je lis :

Moralité : L'intelligence et le bon sens priment sur le raisonnement mathématique

Le dictionnaire Larousse propose trois acceptions du verbe "primer".
Il me semble que j'aurais opté pour la première, à savoir : sans le "sur", mais il est vrai que la frontière est bien ténue entre la première et la troisième acception.
Quel est votre avis pour la phrase proposée ? Merci.

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Primer ou primer sur ?

Primer sur qqc. Avoir la primauté sur quelque chose, l'emporter sur quelque chose. Dans chaque existence (...) le renoncement prime peu à peu sur les jouissances; la mort consomme la vie (Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 176).

http://www.cnrtl.fr/definition/primer

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Primer ou primer sur ?

En fait, ce qui peut paraître surprenant aujourd'hui, c'est que le TLF assortit cette définition du commentaire : rare.
Eh bien nous avons là un cas d'évolution manifeste de la langue. Depuis les années 1970 (date finale du corpus ayant servi à l'élaboration du TLF), l'usage a changé et "primer sur" est devenu beaucoup plus courant. On voit très bien le mouvement se dessiner sur le graphique de Google Ngram :
https://books.google.com/ngrams/graph?c … ur%3B%2Cc0
Il y a eu justement un décollage de l'expression "primer sur" dans les années 70.
L'Académie a pris la mesure de cette évolution, elle qu'on dit pourtant toujours terriblement à la traîne : pas de "primer sur" dans la 8e édition, mais il arrive dès le premier exemple dans la 9e édition, en cours :

XVIIe siècle. Dérivé de prime I. Tenir la première place, avoir l'avantage sur les autres. C'est le dévouement qui doit primer sur tout autre devoir. • Transt. Litt. L'emporter sur quelque chose ; devancer, surpasser quelqu'un. « La force prime le droit » est un mot célèbre attribué à Bismarck. Ses désirs priment tout. Absolt. Elle aime à primer partout.

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Primer ou primer sur ?

Bonsoir,

Je complète après avoir consulté d'autres ouvrages.

Le Grand Robert (1986) connaît la construction "primer qqch", mais non "primer sur qqch", dans le sens de "l'emporter sur". Ex. : "Leurs obligations mondaines priment la mort d'un ami." "La forme voulant primer le fond." "La force prime le droit" (prov.). "L'idée chez lui primait tout le reste."

"Le Girodet" (1988) est plus net encore : Trans. direct. "C'est le rendement qui prime tout." "Ne pas écrire "C'est le rendement qui prime *sur tout."

J. Hanse (1994) : "Eviter primer *sur".

Bescherelle des difficultés
(2011) : v.t. ou v. t. ind. : en langue juridique ou soutenue : "Le droit prime la force." En langue courante : "Le droit prime sur la force."

Dictionnaire des difficultés du français, J.-P. Colin (1983) : "On ne dira pas primer *sur".

Le Grand Larousse illustré de 2015 enregistre les deux constructions, sans commentaire.

Le bon usage, 15e éd. :" Primer qq. ch. “ l’emporter sur qq. ch. ” est concurrencé par primer sur qq. ch.+

Le devoir de faire mon œuvre primait celui d’être poli ou même bon ( Proust, Rech., t. III, p. 986).  —  Le renoncement prime peu à peu sur les jouissances (Teilhard de Chardin, cit. Trésor).  — La construction avec sur est rare, selon le Trésor, jugement discutable pour l’usage actuel : voir le Grand dict. enc. Lar. Elle est critiquée par Hanse et par d’autres. Elle n’est pourtant pas récente ; a-t-elle subi une éclipse ?"

Dictionnaire de l'Ac., 9e éd.  : "(1)I. PRIMER v. intr. XVIIe siècle. Dérivé de prime I.
    Tenir la première place, avoir l'avantage sur les autres. C'est le dévouement qui doit primer sur tout autre devoir.   Transt. Litt. L'emporter sur quelque chose ; devancer, surpasser quelqu'un. « La force prime le droit » est un mot célèbre attribué à Bismarck. Ses désirs priment tout. Absolt. Elle aime à primer partout."

TLFi (corpus < 1971): (rare !) primer sur qqch au sens de "l'emporter sur qqch" ; "primer qqch" au sens de "dominer, avoir le pas sur tout".

Mes conclusions
:1. il n'est pas possible de rejeter la construction "primer sur qqch"(n'en déplaise à Hanse, à Girodet et à Colin, dont les ouvrages commencent à dater; id. pour le GR). 2. Je continuerai à faire la distinction que j'ai toujours faite entre "primer sur qqch" et primer qqch" (registre litt. ou plus soutenu), d'autant que  l'Académie et le Bescherelle alimentent cette position. 3. Dans les textes juridiques, il convient de continuer à employer "primer qqch" pour l'instant.

Primer ou primer sur ?

Merci Roméo31 pour cet exposé.
Pour ma part, je vois dans ce verbe la même difficulté que celle rencontrée dans la discussion "presser un bouton/une touche.
Et les définitions et exemples du Larousse n'arrangent rien.

Primer verbe transitif direct :

L'emporter sur quelque chose d'autre, le surpasser ; dominer : Chez lui l'intelligence prime la sensibilité.

Ici Larousse est cohérent. Il ne reprend pas sur dans l'exemple dès lors qu'il est compris dans la définition

Primer verbe transitif indirect :

Être plus important que quelque chose d'autre, l'emporter : Cet avantage prime sur tous les autres.

Ici Larousse ajoute sur dans l'exemple. Ce qui revint à écrire "l'emporter sur" de la définition ci-dessus.
"Cet avantage prime l'emporte sur tous les autres. Soit en version v.t.d. "Cet avantage prime l'emporte sur prime tous les autres.

Le petit gars simple, mais pas simplet, conclut que dans les deux cas sur est superflu.

On retrouve la même incohérence avec presser.

Presser verbe transitif indirect :
Appuyer fortement sur quelque chose : Presser sur un bouton.
Ce qui revient à écrire "appuyer fortement sur sur un bouton". ce qui en fait un v.t.i alors qu'il devrait comme pour primer être un v.t.d.

En clair, Larousse nous dit : Si vous n'avez besoin de rien vous pouvez me consulter.

Primer ou primer sur ?

Mais on peut très bien définir presser dans "presser sur un bouton " par "exercer une pression".
Il n'y a pas à décréter que presser ne devrait pas être transitif indirect.
Il arrive qu'il le soit.

Primer ou primer sur ?

Les verbes qui sont transitifs directs ou indirects, avec le même objet, ne sont pas rares.
- consentir une remise /  consentir à une remise
- hériter un château (de ses parents) / hériter d'un château
etc.
Il n'y a pas non plus à décréter que Larousse est incorrect quand il donne les deux constructions, il faut au contraire le féliciter !

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Primer ou primer sur ?

Je ne conteste en rien la possibilité pour un verbe donné d'être transitif direct ou indirect. J'écris seulement qu'à l'analyse des exemples donnés, on aboutit à l’inutilité du "sur" dans ses deux acceptions qui ne sont différentes qu'en apparence.

C'est d'ailleurs ainsi que j'entends employer ces deux verbes.