Flaubert, Un cœur simple - Félicité roula ses prunelles...

Bonjour! Je suis en L3 Lettres Modernes et je dois faire une explication linéaire sur l'excipit de Un Cœur Simple de Flaubert. Et je suis malheureusement absolument bloquée! Rien de bon ne me vient à l'esprit, aurais-je tout perdu pendant mes vacances?

Donc avant de faire l'analyse en elle-même, j'aimerais s'il vous plait, un peu d'aide sur les mouvements et la problématique du texte.

Voici l'extrait qui me donne du fil à retordre:

Félicité roula ses prunelles, et elle dit, le moins bas qu'elle put :
_ « Est-il bien? » tourmentée du perroquet.
Son agonie commença. Un râle, de plus en plus précipité, lui soulevait les côtes. Des bouillons d'écume venaient au coin de sa bouche, et tout son corps tremblait.
Bientôt, on distingua le ronflement des ophicléides, les voix claires des enfants, la voix profonde des hommes. Tout se taisait par intervalles, et le battement des pas, que des fleurs amortissaient, faisait le bruit d'un troupeau sur du gazon.
Le clergé parut dans la cour. La Simonne grimpa sur une chaise pour atteindre à l'œil-de-bœuf, et de cette manière dominait le reposoir.
Des guirlandes vertes pendaient sur l'autel, orné d'un falbala en point d'Angleterre. Il y avait au milieu un petit cadre enfermant des reliques, deux orangers dans les angles, et, tout le long, des flambeaux d'argent et des vases en porcelaine, d'où s'élançaient des tournesols, des lis, des pivoines, des digitales, des touffes d'hortensias. Ce monceau de couleurs éclatantes descendait obliquement, du premier étage jusqu'au tapis se prolongeant sur les pavés ; et des choses rares tiraient les yeux. Un sucrier de vermeil avait une couronne de violettes, des pendeloques en pierres d'Alençon brillaient sur de la mousse, deux écrans chinois montraient leurs paysages. Loulou, caché sous des roses, ne laissait voir que son front bleu, pareil à une plaque de lapis.
Les fabriciens, les chantres, les enfants se rangèrent sur les trois côtés de la cour. Le prêtre gravit lentement les marches et posa sur la dentelle son grand soleil d'or qui rayonnait. Tous s'agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes.
Une vapeur d'azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique, puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements de son cœur se ralentirent un à un, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s'épuise, comme un écho disparait; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entr'ouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête.



Voilà ce que j'ai trouvé selon la méthode donnée par le professeur cette année (oui parce qu'en plus j'ai fait un changement d'université donc il faut réapprendre une nouvelle méthode!):

→ facteur d'unité du texte: le parallèle entre l'évolution de l'état de Félicité et la marche de la procession. (ou bien il faut un procédé d'écriture? Auquel cas je n'en trouve aucun =/ )

→ Pivots du texte: Je l'ai séparé en trois mouvements:
Le 1er de "Félicité roulas ses yeux" à "troupeau sur du gazon" Car début de l'agonie coïncide avec les premiers bruits perçus de la chambre de la procession.

Ici j'ai une question j'hésite à couper avant ou après "le clergé parut dans la cour" car ce passé simple après des imparfaits annonce une coupure (de plus phrase courte) et j'aurais pensé qu'elle annoncerait le début du deuxième mouvement mais je n'en suis pas sûre. Peut-être vaut-il mieux l'inclure dans le premier et commencer le second à la description?

Le 2nd de "Le clergé parut dans la cour" à "sur leurs chainettes". Ici je ne sais pas comment expliquer ce mouvement et donc son unité car je ne comprends pas l'utilité de la description... Cette description est faite à travers les yeux de la Simonne mais quel lien avec la mort de Félicité? Comment exploiter tout ce passage?

Le 3ème avec une continuité métonymique qui lie la fin du 2nd et le début du 3ème de "Une vapeur d'azur" à "au-dessus de sa tête" et qui fait coïncider la fin du récit et celle de son personnage.

Et donc mon ébauche de problématique (lier un procédé littéraire à l'interprétation du texte) pour le moment c'est:

Comment la mort, douleur physique devient une apothéose mystique au fil du texte (via un parallèle entre l'évolution de l'état du personnage et celui de la procession)?

Sauf qu'elle ne me plait pas. Et j'ai beau réfléchir je ne trouve pas le procédé littéraire qui englobe tout le texte et je pense que c'est là mon problème. D'ailleurs ce qui est entre parenthèses a été rajouté par la suite mais je ne pense pas que c'est là un procédé littéraire...


Bon je ne parle même pas des sous-unités des mouvements mais si déjà vous pouviez m'aider jusque là, je ne peux vous dire combien je vous en serais reconnaissante!



Merci beaucoup pour l'aide apportée quelle qu'elle soit!


Une jeune fille en détresse qui panique dès son début d'année!

2

Flaubert, Un cœur simple - Félicité roula ses prunelles...

Bonsoir Redtong,

Il s'agit du final du conte intitulé Un coeur simple.
L'intention de Flaubert est à la fois esthétique et ironique.

Je verrais comme problématique l'apothéose d'une existence misérable, cette dernière étant produite par l'entremêlement d'une agonie sordide et des splendeurs d'une procession du Saint-sacrement.

De ce fait les trois mouvements sont :
- l'agonie de Félicité,
- la description de la cérémonie religieuse,
- le retour au dernier soupir de Félicité dans un climat mystique à apprécier.

Deux observations parmi beaucoup d'autres qui peuvent t'ouvrir aux aspects cachés du texte :
- "perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête" est une image parodique de la colombe du Saint-Esprit, mais c'est aussi la récompense de la pauvre servante méprisée, exploitée qui ne garde aucune rancoeur. Aussi est-elle gratifiée d'une vision qui transforme son animal familier.
- la vision est déclenchée par les vapeurs d'encens : le mysticisme aurait-il des causes olfactives ?
Flaubert joue comme toujours entre son désir de percevoir la réalité en artiste et de corriger aussitôt ses emportements par une ironie désabusée. Ici le jeu est subtil, il est le fruit d'une antithèse qui se résout dans un dépassement.

3

Flaubert, Un cœur simple - Félicité roula ses prunelles...

Je suis d'accord avec Jean-Luc.
Je parlerai d'entrée progressive de Félicité au Paradis. En ce sens, il faut bien analyser progression du texte, descriptions, choix de la scène, références.

Flaubert, Un cœur simple - Félicité roula ses prunelles...

Bonjour à tous les deux!

Tout d'abord merci beaucoup pour vos aides!

J'avais remarqué l'allusion au Saint Esprit dans la vision finale du "perroquet gigantesque", par contre je n'avais pas mesuré l'ampleur de l'ironie présente.
En ce sens, il faudrait voir la description de la procession comme une sorte de procession venue célébrer la "Sainte"?
Ou plutôt comme vous le dites Jean-Luc un moyen utilisé par Flaubert pour faire contraste avec l'agonie et la douleur physique ("des bouillons d'écumes venaient au coins de sa bouche" quand même!) de Félicité?

Mais Pommeraie, est-ce que cela veut dire que tout passage au Paradis pour Flaubert se passe dans la douleur? Il y a quelque chose ici que je n'arrive pas bien à appréhender. Au tout début, elle est vraiment mal ("agonie", "râle"...) puis après que la procession se soit agenouillée devant le reposoir du perroquet (et donc de la chambre de Félicité encore une fois à la manière de faire devant un Saint), elle se sent mieux si on peut dire avec les vapeurs d'encens et sa vision qui font qu'elle sourit et que son coeur se calme plus doucement. Mais pourquoi le passage de la procession la calme? Car elle se sent rassurée pour son perroquet? (Elle s'en inquiétait au début...)

Encore une fois je vous remercie de votre aide!

5

Flaubert, Un cœur simple - Félicité roula ses prunelles...

Bonjour Redtong,

Tu aurais intérêt à comparer la fin de Félicité et celle d'Emma Bovary.
Dans les deux cas, l'accès à l'au-delà est vécu dans une vision, horrible pour Emma, mystique pour Félicité, mais qui consiste dans la déformation d'un élément quotidien.

Flaubert ne croit sans doute pas à la religion, mais il en admire les fastes en tant qu'artiste tout en prenant le soin d'en dissiper la magie dans un travail d'ascèse réaliste... Voilà le fil conducteur du texte...

Cette scène comme beaucoup d'autres chez Flaubert est construite avec soin selon ce qu'on pourrait nommer un réalisme poétique teinté d'ironie.

La procession ne vient pas célébrer la sainte car Félicité reste seule, "La Simone grimpa sur une chaise pour atteindre à l'œil-de-bœuf", si bien que l'agonisante est abandonnée jusqu'au bout.