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Jean de Sponde, Les Amours, sonnet XXII

Bonjour,
je dois faire un commentaire sur le sonnet XXII de Sponde et je n'arrive pas à comprendre réellement les quatrains. Est-ce une allusion à l'astrologie et l'influence des astres, qui peuvent procurer bonnes et mauvaises choses et qui peuvent perdre l'homme? Ou l'influence de Dieu symbolisé dans les astres? Ou encore une métaphore ?
De plus, je ne comprends pas le sens du vers 12 "Non pas s'il me falloit descendre dans la mort". Sponde veut-il dire que son amour est plus fort que la mort ou que seule la mort brisera la constance de son amour?
Enfin, la pointe est bien une comparaison avec l'étoile du Nord, fixe et donc une autre allusion à la constance?
Voici le sonnet:

"On dit que dans le ciel, les diverses images
Des astres l'un à l'autre ensemble rapportez
Engendrent ici bas tant de diversitez
Et tantost de profits et tantost de dommages:

Tous les estats leur font à leur tour leurs hommages,
L'un baisse, l'autre hausse:et tant de dignitez
Ont en maintes façons certains points limitez
Qui leur font et laisser et perdre leurs visages.

Mon amour seul se treuve exempt de ces rigueurs,
Si ce n'est pour acroistre encore ses vigueurs,
Mais non pas pour jamais d'un seul moment descendre.

Non pas s'il me falloit descendre dans la mort!
En somme il est (s'il faut par le ciel descendre)
Ferme ne plus ne moins que l'estoile du Nort.

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Jean de Sponde, Les Amours, sonnet XXII

Le vers 12 signifie que même s'il fallait mourir son amour ne décroitrait  pas en force.
Et puis , la suite: puisqu'il faut en passer par le ciel ( mourir) et bien lui,son amour à lui, sera comme l'étoile du Nord, c'est à dire le plus haut dans le ciel. 
En gros, le mouvement des astres même pourrait varier, l'amour du poète, lui, ne décroitra pas , mais toujours ira s'agrandissant.


Victor Hugo s'est peut-être inspiré de ce poème quand il a écrit sur Napoléon 3, "Napoléon le petit":
"Et s'il n'en reste qu'un , je serais celui-là!"

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Jean de Sponde, Les Amours, sonnet XXII

Bonjour Victiane,

Oui, les quatrains abordent l'influence des astres sur la destinée humaine. Il y est question de la conjonction des planètes, des signes du zodiaque... pour expliquer les variations de la fortune ou des décisions...

Les tercets marquent la rupture en affirmant que l'amour échappe aux déterminismes, à la transformation, que  l'amour est constant, fruit de la volonté. Comme souvent chez Sponde, l'amour prend ici le sens d'amour pour Dieu...

Ces vers 11 et 12 Mais non pas pour jamais d'un seul moment descendre.

Non pas s'il me falloit descendre dans la mort!
peuvent se comprendre dans la suite de la métaphore filée des astres dans le ciel.

Ces corps célestes et les constellations qu'ils forment montent au zénith puis redescendent sous la ligne d'horizon au point de disparaître, de mourir apparemment.

L'amour choisit dans le ciel le seul point invariant de l'hémisphère Nord, à savoir l'étoile polaire. En prolongement, la mort, ultime transformation, ne saurait affaiblir cet amour (et donc la foi) de Sponde.

Sponde développe une thématique baroque du mouvement et des transformations universels du monde apparent en même temps que de la permanence absolue de l'être divin.

Enfin je proposerais une autre explication que celle de Daroualad pour "(s'il faut par le ciel descendre)", à savoir que, si le symbolisme ou l'influence du ciel (et des astres) sont incontournables, alors le poète choisit l'image de l'invariance avec l'étoile polaire.