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Conditionnel journalistique

Bonjour,


Entendu l'autre jour à la radio :

Selon la juge Prévost-Desprez, Nicolas Sarkozy aurait reçu...

C'est pléonastique, non ?
Merci.

Conditionnel journalistique

Le conditionnel indique une information non vérifiée ou non confirmée.
Le CC introduit par "selon" précise la source de l'information.
Quel autre mode ou quelle autre préposition employer ici sans changer le sens ?

Conditionnel journalistique

Peut-être Amphitryon pense-t-il que le conditionnel est superflu : Selon la juge, Sarkozy a reçu... ? C'est l'avis de la juge, pas un fait avéré, qui est énoncé. J'ai faux ?

Conditionnel journalistique

Certes, mais le conditionnel est ici plus prudent - journalistiquement - que l'indicatif...
Il souligne mieux, justement, que cet avis ne correspond pas forcément à un fait avéré.

Conditionnel journalistique

D'accord, merci !

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Conditionnel journalistique

Jehan > Merci pour votre réponse. Mais permettez-moi d'argumenter.

Si le journaliste commence sa phrase par Selon la juge Prévost-Déprez..., il porte alors son jugement non plus sur la réalité des faits dont il est question (la générosité de Mme Bettencourt), mais sur l'opinion qu'en a ladite juge. Il n'est plus question de la vérité, mais de sa vérité à elle ; le journaliste ne juge en fait plus qu'un jugement. Dans ces circonstances, le conditionnel "journalistique" n'a évidemment plus lieu d'être, puisqu'on ne fait que rapporter une version des faits dans toute sa subjectivité.

A mon sens, les dires de la juge sont donc non pas, comme vous le dites, une source d'information, mais, pour être tout à fait rigoureux, l'information elle-même. D'où, pour être exact :

Selon la juge Prévost-Déprez, Nicolas Sarkozy a reçu...
Et cela revient au même de dire : La juge Prévost-Déprez pense que Nicolas Sarkozy a reçu...

Si l'on voulait en revanche se prononcer sur les faits eux-mêmes en s'appuyant sur une source d'information, il aurait fallu dire :

A en juger des propos de la juge Prévost-Déprez, Nicolas Sarkozy aurait reçu...

C'est tout à fait différent, je crois.

Conditionnel journalistique

Il est déjà très surprenant qu'une juge fonctionnaire n'observe pas le devoir de réserve des fonctionnaires et donne son commentaire. De toute façon une information dans une affaire doit pouvoir être prouvée.   La juge n'était pas témoin et donc ne rapporte pas sa version subjective des faits.  Elle ne fait que rapporter des paroles d'autres personnes et ces paroles rapportées ne sont pas non plus des témoignages.  On se croirait dans les prémices de la création d'une rumeur.

Le journaliste n'est pas là de prime abord pour juger d'une opinion mais pour enquêter et donner des informations vérifiées.  S'il rapporte des paroles au présent, cela donne de la réalité aux faits rapportés, s'il les rapporte au conditionnel, il prend de la distance en attendant les preuves.  Le selon introduit une réserve de plus, certes légère.   
Les preuves elles, vont arriver à grande vitesse :  démenti des paroles rapportées par  la juge par les personnes mentionnées par la juge.      La source et les faits s'effondrent de concert en moins de 24h.

Conditionnel journalistique

Oui, c'est tout à fait ce que je voulais dire...
Le conditionnel "journalistique", dans ce cas-là, se justifie pleinement.

Cela dit, la source et les faits ne s'effondrent pas forcément toujours ensuite comme ici. 

Conditionnel journalistique

C'est pour cela que les journalistes sont prudents, on ne sait jamais !