Plein(s) phare(s) sur...

Bonjour,

J'aurais besoin de vos lumières sur l'orthographe de l'expression "Plein phare sur...", que j'aurais tendance à laisser au singulier. Je la trouve souvent sous la forme "Pleins phares sur".


D'autre part, l'expression "Rouler pleins phares" se trouve également sous les formes "Rouler plein phare" et  "Rouler plein phares" (exemple donné dans le TLF), qui restent pour moi incompréhensibles.


En toute logique, nous devrions dire "Plein phare sur" et "Rouler pleins phares", mais j'aimerais bien comprendre ce qui justifie autant d'avis contraires.


Merci pour votre aide.

Plein(s) phare(s) sur...

L'application abusive de la règle de l'invariablilité :


L’accord se fait d’ordinaire selon les règles qui président à l’accord en général (§§ 424-454) et à l’accord de l’attribut en particulier (§ 248). Cependant, si l’attribut du complément absolu est antéposé, on observe une tendance assez nette à l’invariabilité (sur cette tendance en général, voir § 429).

a) Adjectifs.
1° Haut, nu, plein, sauf.
(...)
Plein, qui précède un nom accompagné d’un déterminant : J’avais des fleurs plein mes corbeilles (Hugo, Ch. du crép., XXVI). — Il y en [= des idoles] a plein l’Acropole (Daniel-Rops, Saint Paul, pp. 90-91). — Jean vient de débarquer à La Rochelle, avec des deniers plein les mains (Duby, Dimanche de Bouvines, p. 48).

(Grevisse)

Plein(s) phare(s) sur...

Merci pour cette réponse, mais ce n'est toujours pas clair pour moi. Doit-on rouler "pleins phares" ou "plein phares" ? Et surtout, dit-on "plein phare sur" (par exemple : "Plein phare sur l'année 2010..."), "pleins phares sur" ou encore "plein phares sur" ?

Dans le premier cas, il s'agit des phares de la voiture. Mais dans le second, ne s'agit-il pas plutôt du simple phare servant à guider les bateaux ? "Mettre le phare sur", etc.

J'ai parcouru tous les sujets trouvés sur Internet, la même conversation revient inlassablement, le sujet dévie et au final quelques pistes, mais aucune explication satisfaisante.

Plein(s) phare(s) sur...

La comparaison, dans certains cas,  avec le phare unique guidant les navires me semble une hypothèse superflue. Dans tous les cas, il s'agit bien d'éclairer au maximum, comme les phares de la voiture qui roule pleins phares. Le conducteur a cessé de rouler en code et s'est mis en phares, comme l'orthographie le Robert. C'est pour cela que l'orthographe plein phare au singulier me semble peu pertinente.
Quant à l'orthographe plein phares, avec plein invariable comme dans "plein les poches", elle n'est pas recevable : il faudrait que plein soit suivi d'un déterminant : "plein les phares"..."en grande quantité dans les phares"... Ce qui ne voudrait pas dire grand-chose.
Effectivement, le TLF orthographie "plein phares", mais je ne saisis pas bien pourquoi.

Plein(s) phare(s) sur...

Merci, c'est exactement mon raisonnement pour l'histoire de la voiture, ça me rassure.

Mais qu'en est-il de "Plein phare sur" / "Pleins phares sur" ? On dit bien "Mettre le phare sur qqch" pour exprimer l'idée qu'on s'y intéresse particulièrement, qu'on soumet ce quelque chose à la critique ou l'analyse. Pour moi, il s'agit du phare au sens de faisceau unique, comme un projecteur, donc le "phare" (portuaire) me semble pertinent.

Qu'en dites-vous ?Je me réponds à moi-même pour préciser que le dico de l'Académie française, consultable en ligne, indique "Rouler en pleins phares", tout au pluriel.

Nous avons donc deux graphies attestées (TLF et Académie) pour une même expression. Quant à "Plein(s) phare(s) sur", les deux doivent se défendre aussi.

Si ça inspire l'un de vous, n'hésitez pas 

Plein(s) phare(s) sur...

Pour le sens "automobile", la variante du TLF plein phares me semble peu justifiable, je l'ai déjà dit. Cela ressemble carrément à une coquille.
L'orthographe rouler pleins phares est tout de même plus logique !

Je concède finalement  que la comparaison avec un phare maritime puisse être parfois recevable.
Donc plein phare sur... pourrait s'admettre aussi.

Plein(s) phare(s) sur...

Bien que j'aime la comparaison au phare maritime, mes recherches me font pencher vers la comparaison routière.  Cette une construction assez récente ; elle n'apparaît que dans la 9e édition du dictionnaire de l'Académie.  En comptant les livres sur books.google.fr qui contiennent les deux phrases, j'en trouve 79 avec pleins phares sur, et 25 avec plein phare sur.  Le premier avec le singulier est sorti en 1965, Le destin secret de Georges Pompidou, « ... le plein phare sur sa vie familiale ... ».  Trois ans avant, dans La Revue de Paris de 1962, Marc Le Goupils avait utilisé la forme au pluriel, « ... la voiture de police s'étant avancée pleins phares sur elle et sur John. »  Louis-Ferdinand Céline a aussi utilisé le pluriel dans son roman Rigodon, publié en 1969, huit ans après sa mort en 1961 : « ... pleins phares sur les nuages... vraiment la féerie!... le spectacle pas à regretter... j'ai vu le bombardement de Renault, Issy, 43 ... ».

Il y a des cas qui justifient facilement le singulier : dans C'est dit de Claude Nougaro, «  J'ai le soleil plein phare sur le profil droit. »