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Aurélien d'Aragon

Bonjour !

Je viens de terminer le petit pavé que représente Aurélien d'Aragon. Je pense bien que c'est la première fois que je m'attarde autant en lisant un livre. J'ai été subjuguée par le style (on sent qu'Aragon est un poète, tout son roman semble être une poésie en prose) et également par l'histoire belle et cruelle.

Personnellement, le chapitre sur le goût de l'absolu ainsi que la désillusion finale me semblent être les meilleurs passages.

Y'a-t-il d'autres admirateurs d'Aragon ? Quelle a été votre impression de ce roman ? Et pouvez-vous me conseiller d'autres oeuvres de cet auteur ?

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Aurélien d'Aragon

Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii j'aime Aragon 
Aurélien est assurément l'une de ses plus belles oeuvres, qui met en jeu un rapport à la langue que je trouve magique. L'incipit déjà est tout un programme. J'aime beaucoup aussi le passage de la mort de Paul Denis. Mais tout le roman est un délice de toute façon.
Dans un autre style, j'ai beaucoup aimé aussi Le Paysan de Paris. Niveau poésie, j'ai une préférence pour Le Roman inachevé et le Fou d'Elsa

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Aurélien d'Aragon

Hahaha je devais poster ici c'était obligé x) Ba clairement c'est MON roman préféré  Je l'ai lu très vite tellement j'étais absorbé    Je ne me souviens plus de la mort de Denis mais surtout du passage du masque à l'effigie de Bérénice et le caractère du narrateur tour à tour cruel et fou amoureux est passionnant à suivre tout au long des chapitres. La fin redoutable et extrêmement brutale prouve bien qu'"il n'y a pas d'amour heureux". On sent bien une forme de mépris pour ces bourgeois arriviste, et ce monde de bals et de faste cache surtout une profonde vacuité intérieure.

En poésie, j'ai lu Elsa, les poèmes qui traitent de la rose, symbole de la femme aimée, sont je pense les plus beaux.

Aurélien d'Aragon

Les Voyageurs de l'impériale est le premier roman d'Aragon que j'aie lu et il m'encourage à découvrir ses autres oeuvres (comme Aurélien!). Le roman relate la vie d'une famille,de 1889 et 1914. Le contexte historique de l'avant Première Guerre Mondiale( l'antisémitisme lors de l'affaire Dreyfus ainsi que les tensions liées aux colonies) fait écho, par "un procédé de contrebande", au contexte de l'avant Seconde Guerre Mondiale (le nazisme et les annexions). Le père de famille, Pierre Mercadier, qui revendiquait son individualisme et son désintérêt pour la vie politique de son époque, est désigné par son fils mobilisé, à la fin du roman, comme le responsable de la guerre. ( c'est en fait la génération "des pères" qu'il accuse).

En nous parlant de l'Histoire collective par le seul biais de l'histoire individuelle, il interroge la manière dont les événements historiques nous parviennent , et notre capacité à les saisir comme tels...
Le roman pose aussi cette question qui me semble intéressante: jusqu'où la volonté d'éviter à tout prix les conflits (telle est la position de Pierre Mercadier) nous rend-elle coupable?

Ce qui complexifie encore la lecture du roman est l'empathie que l'auteur fait naître pour Pierre.
En effet, la peinture de la petite bourgeoisie de province est si accablante que l'on en vient à comprendre son désir de fuite. J'ai été sensible à son dégoût, non pas seulement de son milieu social, mais de la vie. Ses désillusions, notamment amoureuses, le renvoient à une solitude, à une sensation de vide que nous partageons alors avec lui...

Mais je crains d'en avoir déjà trop dit!

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Aurélien d'Aragon

Merci pour ces réponses très intéressantes. Internet va vite, je désespérais car aucun de mes amis n'avait lu et donc pu apprécier ce roman

Merci pour vos conseils de lecture : je ne manquerai pas de les suivre

Rien à voir avec mon sujet mais Miette comme le personnage de La fortune des Rougon?

Aurélien d'Aragon

Oui effectivement, vous avez visé juste !    J'avais beaucoup aimé le couple qu'elle forme avec Silvère. Même si la lecture de ce roman remonte à bien longtemps, je me souviens que la scène de la mort héroïque de Miette m'avait particulièrement touché ( en même temps, Zola sait tellement bien s'y prendre!).
Je garde aussi un plus lointain souvenir du passage dans lequel Pierre Rougon prend la tête de ses troupes et marche sur la pointe des pieds, au petit matin, dans Plassans.J'avais alors beaucoup ri!

Certains personnages créés par Zola semblent avoir une noblesse, une grandeur d'âme qui me touche beaucoup...je pense d'ailleurs au personnage de Jeanne, dans une page d'amour! Si vous ne l'avez pas lu, je vous le conseillerais chaudement!

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Aurélien d'Aragon

J'aime beaucoup Zola également mais j'ai la sale manie de vouloir lire ses livres dans l'ordre de la saga alors qu'ils n'entretiennent pas vraiment de liens, donc je n'ai pas encore lu Une page d'amour mais ça viendra

Dans La fortune des Rougon, la mort de Miette m'a beaucoup touchée mais l'exécution de Sylvère à la fin ! J'avais l'impression de voir la scène comme au cinéma avec des effets de ralentis etc. Bref, je trouve que Zola est un auteur très visuel.

Son style est dépourvu de mièvreries, les sentiments sont présentés avec simplicité voire juste esquissés par un mouvement du corps et il me semble que c'est ce qui fait la grande force de son écriture.

Aurélien d'Aragon

C'est aussi ce que je trouve assez frappant chez Zola. Malgré ses prétentions à un écriture "objective", (je ne sais pas vraiment comment la qualifier...) une grande force lyrique semble émaner de la peinture des personnages ou des situations.
J'ai aussi cette sensation à la lecture que différentes images, (un peu comme des plans au cinéma) se succèdent avec une telle intensité dramatique qu'il est impossible d'interrompre sa lecture.
Je me souviens par exemple du récit captivant de l'incendie de la maison de ***.(dans un roman dont je tairai le nom pour ne pas gâcher le plaisir à ceux qui n'auraient lu encore aucun récit d'incendie dans un roman de Zola 

Mais en vue de réconcilier Zola et Aragon, à qui était initialement consacré ce topic,- malgré les apparences, cela ne m'avait pas tout à fait échappé- , je me suis souvenue d'un cours ayant pour objet "la représentation du couple ouvrier" dans les Voyageurs de l'impériale ( je vous avais bien dit que je n'avais lu que celui-çi  ).Nous avions fait une comparaison entre la vision de Zola et celle d'Aragon. Ce dernier avait créé un couple d'ouvriers amoureux et heureux, qui se serait opposé aux modèles fournis par Zola (comme Gervaise et Lantier dans l'Assommoir).Mais l'idylle du couple d'ouvriers ne dure pas plus chez Zola que chez Aragon...
J'ai cru comprendre que dans les deux premiers romans du cycle du Monde réel, ces couples étaient extrêmement valorisés.
Cela m'aurait intéressé de savoir ce qu'il en était dans ses autres romans (comme Aurélien  ).