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À propos du concours général

Bonjour, c'est mon premier message sur ce forum (s'il y a un passage obligé avant cette case, je suis désolée de ne pas l'avoir pris, je n'ai pas trouvé de forum de présentation ou autres choses...).
Actuellement en première S, je souhaite continuer mes études probablement par une prépa B/L afin de garder à la fois un oeil sur littérature et mathématiques.
Pour cette raison j'ai passé le concours général auquel on m'a présenté afin d'avoir un aperçu de la rédaction d'une dissertation en 6h. Je me suis renseignée un peu quelques temps auparavant et je suis un peu... stupéfaite du résultat de mes recherches. Évidement, sur le principe du concours, j'aurais été en droit de m'y attendre mais ma grand-mère m'a envoyé un article du Monde 2 ou un des trois nominés, sorti d'Henri IV, déclare avec condescendance que cela lui a permit de lui rappeler que les lycées de province peuvent être bons aussi... Ou est le sens ? Quel est vraiment l'objectif d'organiser une telle entreprise ? N'est-ce pas mettre un peu trop en avant une conception des études rythmée par l'élitisme où le français devient une matière par laquelle s'illustrer parmi tant d'autre ? Cela me parait être une bien triste fin à la littérature...

À propos du concours général

Bonjour,

Si vous avez le lien vers l'article, je suis intéressé.

L'opinion d'un candidat, visiblement d'une année passée (puisque les résultats 2011 ne sont pas encore connus) n'engage pas la réputation du concours tout entier. Ce candidat n'est encore qu'en première et a donc le temps de mûrir un peu...

Sur le fond, je suis issu d'un (bon) lycée de province, j'ai été deux fois lauréat au concours général, et mes classes préparatoires à Henri IV m'ont montré qu'il n'y avait aucune différence significative entre les élèves de CPGE issus d'Henri IV et issus d'ailleurs. Mes années à l'ENS m'ont montré qu'il n'y a guère de différence non plus entre les élèves normaliens issus d'Henri IV, Louis-Le-Grand et autres grandes CPGE, et les autres (sauf sans doute d'adaptation aux réalités des études et de la vie à Paris, les premiers mois).

Le très bon niveau de ces lycées dans le secondaire n'est dû qu'à un recrutement plus large (statut particulier de la carte scolaire dans l'académie de Paris), ce qui limite le nombre d'élèves difficiles et génère beaucoup plus d'émulation. C'est la même logique qu'en CPGE.

Pour le reste, que le concours général ait une visée élitiste, c'est évident et assumé ; que le français (comme les autres matières d'ailleurs) soit une manière de s'illustrer, bien sûr aussi. D'où la part importante de la rhétorique dans ces épreuves.

J'espère que cela ne vous dissuadera pas de poursuivre vos études en B/L à Henri IV, classe dont la majorité des élèves sont originaires de province, voire de l'outre-mer ou de l'étranger.

Bien cordialement.

PS : On parle du concours général de français 2011 ici : https://www.etudes-litteraires.com/foru … -beau.html

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À propos du concours général

Merci beaucoup de votre réponse, Arthur.
Je ne trouve pas de lien vers l'interview en question et, organisée comme je le suis, j'ai perdu l'exemplaire du journal depuis longtemps. Peut-être aurez vous plus de chance que je n'en ai eu sur les Archives du Monde ?
Ma question va sans doute vous paraître profondément naïve, mais pourquoi l'élitisme ? Le but de l'éducation n'est-il pas au contraire de promouvoir une certaine culture et un certain humanisme plutôt que de mettre en avant une réussite qui est hélas souvent favorisée par le milieu social ?

À propos du concours général

Il y a sans doute à distinguer ce qui est le rôle des classes préparatoires et ce qui doit être celui des lycées. En effet, les classes préparatoires doivent (c'est leur fonction) accueillir les meilleurs étudiants et les amener au meilleur niveau possible (ce qui se concrétise grosso modo dans le passage des épreuves de l'ENS). On peut alors critiquer le fait que dans ces classes, puis à l'ENS, se retrouve souvent le même milieu social (fils de professeurs, de professions libérales et d'artistes). A mon sens, la critique est dénuée de sens. En revanche, on pourrait - et peut-être devrait- critiquer l'enseignement apporté dans les lycées, puisque c'est là -ou encore avant- que la méritocratie doit être efficace.

Autrement dit, je pense qu'il est normal que les classes préparatoires accueillent les meilleurs lycéens (allons vite), quels que soient les milieux sociaux dont ils viennent. En revanche, il est dommage que ces meilleurs lycéens ne soient pas plus souvent issus des milieux populaires, mais c'est donc avant la classe préparatoire que cela se joue.

Après, si on veut justifier ou non l'élitisme en lui-même, disons que c'est un héritage ancien, lié à la méritocratie. Je crois que cette méritocratie est amplement légitime, tant qu'on ne tombe pas dans la technocratie d'une part (l'élitisme qui se refuse au dialogue), ou dans l'aristocratie  d'autre part (l'élitisme des héritiers). Assez concrètement, c'est exaltant de travailler pour être excellent.

En bref, pour faire écho de façon lapidaire à Finkielkraut, la pensée de gauche, ce devrait être non un nivellement par le bas, mais l'élitisme pour tous (de droit sinon de fait).

Ps : je ne suis pas sûr d'être clair, ni de répondre au sujet...