Comment est ici souligné le fait que les personnages semblent étrangers au monde, à la situation qu'ils vivent ?

Bonjour,

J'ai un baccalauréat blanc de français que nous avons à traiter en devoir à la maison et je rencontre un léger souci concernant la question de corpus.
Voici, en premier lieu, le corpus du sujet :

Texte A. Albert Camus, L’Etranger, 1942

L'Étranger exprime fortement le sentiment de l'absurde face à un monde et à une existence dont le sens résiste à l'homme. Une succession de hasards conduit le narrateur Meursault, personnage décalé, étranger au monde, à commettre un meurtre. La première partie du roman se clôt sur le récit de cette scène qui se déroule sur une plage proche d'Alger, où vit le narrateur.

   J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman[1] et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

[1] Le roman s’ouvre sur la mort de la mère du narrateur.

Texte B. Michel Butor, La Modification, 1957.

Léon Delmont, marié, père de famille et directeur de la succursale parisienne d'une firme italienne, a pris le train pour Rome. Il compte y rejoindre Cécile, avec laquelle il a une liaison depuis deux ans, et la ramènera Paris pour refaire sa vie, la «modifier». Dans cet espace clos, celui du train, et dans cette durée limitée, celle du trajet, le récit offre au lecteur un véritable «voyage mental» dans la pensée du personnage.

   Ce voyage devrait être une libération, un rajeunissement, un grand nettoyage de votre corps et de votre tête; ne devriez-vous pas en ressentir déjà les bienfaits et l'exaltation? Quelle est cette lassitude qui vous tient, vous diriez presque ce malaise? Est-ce la fatigue accumulée depuis des mois et des années, contenue par une tension qui ne se relâchait point, qui maintenant se venge, vous envahit, profitant de cette vacance[1] que vous vous êtes accordée, comme profite la grande marée de la moindre fissure dans la digue pour submerger de son amertume stérilisante les terres que jusqu'alors ce rempart avait protégées.

   Mais n'est-ce pas justement pour parer à ce risque dont vous n'aviez que trop conscience que vous avez entrepris cette aventure, n'est-ce pas vers la guérison de toutes ces premières craquelures avant-coureuses du vieillissement que vous achemine cette machine, vers Rome où vous attendent quel repos et quelle réparation ?

   Alors pourquoi cette crispation de vos nerfs, cette inquiétude qui gêne la circulation de votre sang? Pourquoi n'êtes-vous pas déjà mieux délassé? Est-ce vraiment le simple changement de l'horaire qui provoque en vous ce bouleversement, ce dépaysement, cette appréhension, le fait de partir à huit heures du matin, non le soir comme à l'habitude ? Seriez-vous déjà si routinier, si esclave? Ah, c'est alors que cette rupture était nécessaire et urgente, car attendre quelques semaines encore, c'était tout perdre, c'était le fade enfer qui se refermait, et jamais plus vous n'auriez retrouvé le courage. Enfin la délivrance approche et de merveilleuses années

Texte C. Marguerite Duras, Moderato Cantabile, 1958.

Avec Moderato Cantabile, Duras inaugure, cette « écriture blanche » qui sera sa marque. On ne sait, tout au long du roman, presque rien des personnages; il ne s'agit plus d'explorer des consciences, mais des attitudes de retrait et de distance face au monde, dont rend compte la relation apparemment objective des événements. Au début du roman, à la sortie de la leçon de piano de son fils, Anne Desbaresdes se rend sur la scène d'un crime qui vient d'être commis.

Anne Desbaresdes se renseigna.

- Quelqu'un qui a été tué. Une femme.

Elle laissa son enfant devant le porche de Mademoiselle Giraud[2], rejoignit le gros de la foule devant le café, s'y faufila et atteignit le dernier rang des gens qui, le long des vitres ouvertes, immobilisés par le spectacle, voyaient. Au fond du café, dans la pénombre de l'arrière-salle, une femme était étendue par terre, inerte. Un homme, couché sur elle, agrippé à ses épaules, l'appelait calmement.

-        Mon amour. Mon amour.

Il se tourna vers la foule, la regarda, et on vit ses yeux. Toute expression en avait disparu, exceptée celle, foudroyée, indélébile, inversée du monde, de son désir. La police entra. La patronne, dignement dressée près de son comptoir, l'attendait.

Trois fois que j'essaye de vous appeler.

Pauvre femme, dit quelqu'un.

Pourquoi ? demanda Anne Desbaresdes.

On ne sait pas.

L'homme, dans son délire, se vautrait sur le corps étendu de la femme. Un inspecteur le prit par le bras et le releva. Il se laissa faire. Apparemment, toute dignité l'avait quitté à jamais. Il scruta l'inspecteur d'un regard toujours absent du reste du monde. L'inspecteur le lâcha, sortit un carnet de sa poche, un crayon, lui demanda de décliner son identité, attendit.

-        Ce n'est pas la peine, je ne répondrai pas maintenant, dit l'homme.

L'inspecteur n'insista pas et alla rejoindre ses collègues qui questionnaient la patronne, assis à la dernière table de l'arrière-salle.

L'homme s'assit près de la femme morte, lui caressa les cheveux et lui sourit. Un jeune homme arriva en courant à la porte du café, un appareil-photo en bandoulière et le photographia ainsi, assis et souriant. Dans la lueur du magnésium[3], on put voir que la femme était jeune encore et qu'il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu'il y en avait aussi sur le visage de l'homme qui l'avait embrassée. Dans la foule, quelqu'un dit :

-        C'est dégoûtant, et s'en alla.

L'homme se recoucha de nouveau le long du corps de sa femme, mais un temps très court. Puis, comme si cela l'eût lassé, il se releva encore.

-        Empêchez-le de partir, cria la patronne.

Mais l'homme ne s'était relevé que pour mieux s'allonger encore, de plus près, le long du corps. Il resta là, dans une résolution apparemment tranquille, agrippé de nouveau à elle de ses deux bras, le visage collé au sien, dans le sang de sa bouche.

Mais les inspecteurs en eurent fini d'écrire sous la dictée de la patronne et, à pas lents, tous trois marchant de front, un air identique d'intense ennui sur leur visage, ils arrivèrent devant lui.

L'enfant, sagement assis sous le porche de Mademoiselle Giraud, avait un peu oublié. Il fredonnait la sonatine de Diabelli[4].

Ce n'était rien, dit Anne Desbaresdes, maintenant il faut rentrer.

    L'enfant la suivit. Des renforts de police arrivèrent - trop tard, sans raison. Comme ils passaient devant le café, l'homme en sortit, encadré par les inspecteurs. Sur son passage, les gens s'écartèrent en silence.

          - Ce n'est pas lui qui a crié, dit l'enfant. Lui, il n’a pas crié.

Ce n’est pas lui. Ne regarde pas.

Dis-moi pourquoi.

Je ne sais pas.

L'homme marcha docilement jusqu'au fourgon. Mais, une fois là, il se débattit en silence, échappa aux inspecteurs et courut en sens inverse, de toutes ses forces, vers le café. Mais, comme il allait l'atteindre, le café s'éteignit. Alors il s'arrêta, en pleine course, il suivit de nouveau les inspecteurs jusqu'au fourgon et il y monta. Peut-être alors pleura-t-il, mais le crépuscule trop avancé déjà ne permit d'apercevoir que la grimace ensanglantée et tremblante de son visage et non plus de voir si des larmes s'y coulaient.

[1] Moment de vide, d’inoccupation.

[2] Le professeur de piano.

[3] Poudre servant à produire une lueur vive lors des prises de vue photographiques.

[4] Musicien du XVIIIe siècle.

Question de corpus :
Comment est ici souligné le fait que les personnages semblent étrangers au monde, à la situation qu'ils vivent ?

Mon problème majeur concerne le plan de ma réponse à cette question. En effet, pour la première fois, je ne vois pas comment confronter les textes et je serais tenté de faire un plan en trois parties, chaque partie se rapportant à un des textes proposés (en montrant pourquoi le personnage est effectivement étranger dans l'extrait).

Auriez-vous la gentillesse de m'aider ? Merci par avance.
A bientôt !

2

Comment est ici souligné le fait que les personnages semblent étrangers au monde, à la situation qu'ils vivent ?

Bonsoir,

A priori ce type de question demande une réponse qui commence par les traits communs puis qui continue par les particularités, les différences.

Au titre des ressemblances : l’incapacité à donner une signification aux événements, des comportements ou des réactions bizarres...