Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Ce matin, a eu lieu l'épreuve de français : dans ses '' Carnets '', l'écrivain Joseph Joubert écrivait en 1814 : '' En littérature, il ne faut pas faire le beau '' . Sujet à piège...!

Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Un sujet a piege dites-vous... Pouvez-vous m'expliquer comment?
Avez-vous passe l'epreuve? Merci 

Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Oui, j'ai passé l'épreuve ce matin 
Personnellement, la polysémie de " faire le beau " m'a posé quelques hésitations. Si la citation était " En littérature, il ne faut pas faire beau ", la direction aurait été toute tracée...En revanche, faire " le beau " m'a paru plus problématique. Je pense qu'il y avait un assez gros piège, et qu'il ne fallait pas du tout traiter de la beauté dans la littérature.

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Et ça s'est bien passé du coup ? 

Sinon qui a le droit de s'inscrire au concorus général, en fait ?

Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Coucou à tous (petite première sur ce forum \o/)
Aujourd'hui aussi je me suis attelée au sujet avec la citation de Joubert. Je ne suis pas d'accord sur ta vision d'un "piège", il s'agissait sans doute plutôt de trouver dans l'ambiguité de la citation une autre dimension, une certaine richesse supplémentaire. Développer sur le caractère pédant d'une écriture ("faire le beau"), je ne suis pas sûre que c'était le but recherché : il m'a semblé étrange de fonder toute une dissertation sur un pur jugement de valeur dans une succession d'auteurs...d'ailleurs Joubert a édité Chateaubriand si je me souviens bien. Je me suis demandé quelque temps si sa réflexion avait un lien avec "l'orgueil national" de l'auteur ?... en rentrant chez moi j'ai lu dans un dictionnaire qu'il était un grand lecteur de Platon. La réflexion sur l'esthétique, sur le Beau ne m'a pas paru hors de propos.
J'ai tenté la folie du plan en quatre parties pour ma part, je me suis bien amusée - l'essentiel on dira -, avec une partie axée sur le choix de l'éloge du laid, réhabiliter la laideur, un défi pour l'écrivain (j'ai évoqué Bacon, Ponge, Hugo en première partie, - je me suis permise le Bacon en intro de cette partie - ensuite j'ai songé au choix de "faire l'épouvante" et non faire le beau (Poe, Lovecraft, Maupassant), puis au mythe, au choix du monstrueux, de la démesure s'opposant nécessairement à l'harmonie, mais un choix du chaos pour tirer un bénéfice - catharsis -, j'ai aussi évoqué Michel Tournier, sa réflexion sur le mythe comme se devant de regimber contre tout ordre établi, et pour finir un petit paragraphe s'attardant sur l'idée que "ne pas faire le beau, c'est révéler, c'est agir" (litt. engagée), en concluant : la citation serait donc une déclaration "réactionnaire").
Ensuite un second paragraphe sur l'idée qu'il est plus légitime encore de refuser une telle négation catégorique du beau, et qu'il s'agirait sans doute plus d'aspirer à une esthétique conservant cette valeur fondamentale (ce serait renier un pan de notre littérature, la recherche classique de l'harmonie → la phrase serait donc une proposition radicale pour une redéfinition de la littérature / j'ai ici évoqué le Parnasse "l'art pour l'art" , l'objet poétique comme bijou de langage, j'ai aussi évoqué les codes du classicisme ("faire le beau" = "fabriquer de toute pièce un beau codifié" ?) la réflexion de Joubert apparaissant donc comme une critique : il s'agit de ne pas se faire guider par ce que j'ai appelé la "mode" du Beau de chaque époque (les changements de vision du beau "interférant" - position toute nuancée je rassure - avec la création littéraire, créant des limites, forgeant un beau qui n'a plus toute sa teneur, les codes étant absurdes (cf en Angleterre et en France à l'époque du classicisme, deux visions diamétralement opposées de la versification)).
Troisième partie, en teneur : "Il ne faut pas faire le beau", parce que ce serait aller à l'encontre de la vérité des choses. La littérature devant replacer les choses à leurs justes places. (les travers humains étant des réalités, pour atteindre une certaine véridicité, pour parvenir à une nouvelle légitimité, le beau doit s'effacer (cf naturalisme), ensuite la littérature doit chercher le désordre, le chaos, voire l'absurde par la force de l'histoire (avec la fin du "deus ex machina") et de l'Histoire (en gros, cf théâtre de l'absurde) : le beau n'est plus une priorité), enfin j'ai pensé à Sartre avec une recherche de l'humain tel qu'il est (La Nausée)).
Pour finir une quatrième partie : "une déclarative à double sens : une critique de l'ordre classique de l'artiste au-dessus de l'homme, touchant au beau, hautain, sans considérer le monde dans son ensemble?" (l'écrivain doit se rattacher à la vie plus matérielle, en littérature il faut donc être proche du monde, s'éloigner des hautes sphères et rejoindre le monde plus misérable, plus laid peut-être mais plus vrai des petites gens (cf Misérables, Hugo) et pour finir une allusion à l'écriture américaine de Steinbeck et de London avec une certaine recherche de rugosité (l'expression de la rudesse de la vie) dans le style d'écriture - phrases parfois courtes, langage frôlant le vulgaire, parfois cru - dont se dégage pourtant un certain charme, comme une "aura" autour de l'oeuvre : finalement, Joubert ne suggère-t-il pas la recherche d'une autre beauté, plus humaine ?).
En substance ma conclusion :" Joubert exprime sans conteste dans ses Carnets son intime conviction du besoin d'une autre littérature que celle bien lisse, bien respectable, celle clairement représentative des limites qui lui sont fixées. L'écrivain aspire au développement d'une esthétique de la beauté différente, plus naturelle et plus humaine. Chaque artiste ferait alors jeu égal avec les hommes, légitime, trouvant sa place dans la société. L'enjeu de la littérature serait donc une reconquête et une reconnaissance de l'humain" (plus une autre phrase dont je ne me souviens plus vraiment).
Voilà, j'ai mis du coeur à l'ouvrage et de la bonne humeur, je serais vraiment très curieuse de savoir ce que vous avez fait de votre côté, de ce que vous pensez de ma réflexion (bien sûr ce que j'ai écrit a été recomposé d'un brouillon qui a été bien modifié...), histoire de partager un peu tout ça.

Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

J'ai vaintement tenté de trouver la citation, voire des informations supplémentaires sur l'auteur mais elles sont trop maigres pour pouvoir accorder une direction précise...si quelqu'un la trouvait Et ta reflexion semble vraiment très bien, mais est surtout orientée dans une période qui suit la publication de la citation...je crois que pour comprendre en profondeur ce que Joubert recommandait, il fallait s'atteler sur des auteurs qui l'ont précédé...non ?

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Je me suis aussi posé la question .. faire le beau, l'expression, ou faire le beau, "créer la beauté" ? J'avais rayé la possibilité de l'expression en me disant que elle était trop moderne ..

Je rappelle que le sujet était une citation de Joseph Joubert qui dans ses Carnets a écrit en 1814 :

"En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Des idées, commentaires ? 

Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Freeze, peut etre que le piege etait justement dans l'expression ''faire le beau''. Il ne fallait peut etre pas se limiter a l'expression mais plutôt evoquer la beaute de la litterature.  Mais encore, le terme etait effectivement polysemique, et justement on pouvait bien choisir la piste qui nous convenait.
Linwood, je trouve ton travail impressionant. Bravo pour ces exemples et ces connaissances. 

Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

C'est vrai que l'expression est plutôt moderne ; Cependant, un sujet juste sur la beauté en littérature me paraît vraiment trop " simple "...D'ailleurs, quelle pensée bizarre que de dire qu'il ne faut pas de beauté en littérature...Et une autre citation de Joubert : " Il n'y a rien de plus beau qu'un beau livre ". Quelle direction choisir ? ...

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Concours général des lycées 2011 - Composition française : "En littérature, il ne faut pas faire le beau."

Par rapport à ce que tu disais Freeze, quels exemples aurais-tu utilisé concernant la période "avant Joubert" ? je me suis posée la question de l'étendue des exemples à prendre, et le sujet spécifiait quelque chose comme "utilisez des genres et des époques variées pour discuter ce point de vue", je me suis donc permise d'utiliser des références plus modernes - pour assurer mes arrières j'ai parlé du mythe, de Mme de Lafayette, de la poésie du moyen-âge mais je serais vraiment très curieuse de ce que tu as envisagé .

Je suis totalement d'accord sur l'étrangeté de l'idée "il ne faut pas de beauté", et d'ailleurs elle m'a paru assez "classique" - question du beau, comme tu le disais, je pense que c'est ce qui a fait que j'ai perçu le sujet comme accessible, alors que ceux d'autres années ont pu me laisser perplexe. Je pense que le challenge consistait à affirmer un parti pris sur ce sujet tout en restant assez large - ne pas supprimer totalement une interprétation. J'ai compris cette idée de "pas de beauté" comme "pas de beauté limitée/traditionnelle", après je me suis sans doute ramassée magistralement, peut-être que des membres du forum plus expérimentés pourraient nous indiquer la voie ?

Plume11, ta remarque me fait plaisir - un peu plus que ça je suis flattée. Je trouve étonnant que beaucoup de gens se soient posé aussi frontalement la question de la polysémie de l'expression "faire le beau" : pour ma part j'ai réagi directement au sujet avec l'idée de créer le beau, l'expression "faire le beau" m'a interpellé après sans me laisser perplexe puisqu'elle me semblait fonctionner logiquement avec le reste de mon raisonnement. Et puis je suis sortie et quand j'ai annoncé le sujet à des proches, c'est tout de suite l'expression au sens de pavoiser qui leur a sauté aux yeux. C'est pour cela que j'aimerais l'opinion d'autres participants ou de connaisseurs du sujet, pour nous permettre de mieux cerner ses enjeux principaux.

La citation "Il n'y a rien de plus beau qu'un beau livre" est tirée de quel contexte ?

(par ailleurs, si des latinistes ont planché sur le texte de Pétrarque aujourd'hui je serais heureuse de partager mes impressions )