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Flaubert, Madame Bovary, II, 9 - Rodolphe et Emma suivirent ainsi la lisière du bois...

Bonjour,

je passe pour la première fois à l'oral lundi (en préparation du bac, je suis en 1e) et pour cela j'ai à faire un commentaire détaillé sur Madame Bovary, que nous étudions en lecture cursive, sur le passage ci-dessous (partie II, chapitre 9, promenade à cheval avec Rodolphe dans les bois). La problématique posée est la suivante : de quelle façon Flaubert peint-il les sentiments de ses personnages ?

Rodolphe et Emma suivirent ainsi la lisière du bois. Elle se détournait de temps à autre afin d'éviter son regard, et alors elle ne voyait que les troncs des sapins alignés, dont la succession continue l'étourdissait un peu. Les chevaux soufflaient. Le cuir des selles craquait.
Au moment où ils entrèrent dans la forêt, le soleil parut.
-- Dieu nous protège ! dit Rodolphe.
-- Vous croyez ! fit-elle.
-- Avançons ! avançons ! reprit-il.
Il claqua de la langue. Les deux bêtes couraient.
De longues fougères, au bord du chemin, se prenaient dans l'étrier d'Emma. Rodolphe, tout en allant, se penchait et il les retirait à mesure. D'autres fois, pour écarter les branches, il passait près d'elle, et Emma sentait son genou lui frôler la jambe. Le ciel était devenu bleu. Les feuilles ne remuaient pas. Il y avait de grands espaces pleins de bruyères tout en fleurs ; et des nappes de violettes s'alternaient avec le fouillis des arbres, qui étaient gris, fauves ou dorés, selon la diversité des feuillages. Souvent on entendait, sous les buissons, glisser un petit battement d'ailes, ou bien le cri rauque et doux des corbeaux, qui s'envolaient dans les chênes.
Ils descendirent. Rodolphe attacha les chevaux. Elle allait devant, sur la mousse, entre les ornières.
Mais sa robe trop longue l'embarrassait, bien qu'elle la portât relevée par la queue, et Rodolphe, marchant derrière elle, contemplait entre ce drap noir et la bottine noire, la délicatesse de son bas blanc, qui lui semblait quelque chose de sa nudité.
Elle s'arrêta.
-- Je suis fatiguée, dit-elle.
-- Allons, essayez encore ! reprit-il. Du courage !
Puis, cent pas plus loin, elle s'arrêta de nouveau ; et, à travers son voile, qui de son chapeau d'homme descendait obliquement sur ses hanches, on distinguait son visage dans une transparence bleuâtre, comme si elle eût nagé sous des flots d'azur.
-- Où allons-nous donc ?
Il ne répondit rien. Elle respirait d'une façon saccadée. Rodolphe jetait les yeux autour de lui et il se mordait la moustache.
Ils arrivèrent à un endroit plus large, où l'on avait abattu des baliveaux. Ils s'assirent sur un tronc d'arbre renversé, et Rodolphe se mit à lui parler de son amour.
Il ne l'effraya point d'abord par des compliments. Il fut calme, sérieux, mélancolique.
Emma l'écoutait la tête basse, et tout en remuant, avec la pointe de son pied, des copeaux par terre.
Mais, à cette phrase :
-- Est-ce que nos destinées maintenant ne sont pas communes ?
-- Eh non ! répondit-elle. Vous le savez bien. C'est impossible.
Elle se leva pour partir. Il la saisit au poignet. Elle s'arrêta. Puis, l'ayant considéré quelques minutes d'un oeil amoureux et tout humide, elle dit vivement :
-- Ah ! tenez, n'en parlons plus... Où sont les chevaux ? Retournons.
Il eut un geste de colère et d'ennui. Elle répéta :
-- Où sont les chevaux ? où sont les chevaux ?
Alors, souriant d'un sourire étrange et la prunelle fixe, les dents serrées, il s'avança en écartant les bras. Elle se recula tremblante. Elle balbutiait :
-- Oh ! vous me faites peur ! vous me faites mal ! Partons.
-- Puisqu'il le faut, reprit-il en changeant de visage. Et il redevint aussitôt respectueux, caressant, timide. Elle lui donna son bras. Ils s'en retournèrent. Il disait :
-- Qu'aviez-vous donc ? Pourquoi ? Je n'ai pas compris ! Vous vous méprenez, sans doute ? Vous êtes dans mon âme comme une madone sur un piédestal, à une place haute, solide et immaculée. Mais j'ai besoin de vous pour vivre ! J'ai besoin de vos yeux, de votre voix, de votre pensée. Soyez mon amie, ma soeur, mon ange !
Et il allongeait son bras et lui en entourait la taille. Elle tâchait de se dégager mollement. Il la soutenait ainsi, en marchant.
Mais ils entendirent les deux chevaux qui broutaient le feuillage.
-- Oh ! encore, dit Rodolphe. Ne partons pas ! Restez !
Il l'entraîna plus loin, autour d'un petit étang, où des lentilles d'eau faisaient une verdure sur les ondes. Des nénuphars flétris se tenaient immobiles entre les joncs.


Au bruit de leurs pas dans l'herbe, des grenouilles sautaient pour se cacher.
-- J'ai tort, j'ai tort, disait-elle. Je suis folle de vous entendre.
-- Pourquoi ?... Emma ! Emma !
-- Oh ! Rodolphe !... fit lentement la jeune femme en se penchant sur son épaule.
Le drap de sa robe s'accrochait au velours de l'habit. Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d'un soupir ; et, défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s'abandonna.
Les ombres du soir descendaient ; le soleil horizontal, passant entre les branches, lui éblouissait les yeux. Çà et là, tout autour d'elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent éparpillé leurs plumes. Le silence était partout ; quelque chose de doux semblait sortir des arbres ; elle sentait son coeur, dont les battements recommençaient, et le sang circuler dans sa chair comme un fleuve de lait. Alors, elle entendit tout au loin, au-delà du bois, sur les autres collines, un cri vague et prolongé, une voix qui se traînait, et elle l'écoutait silencieusement, se mêlant comme une musique aux dernières vibrations de ses nerfs émus. Rodolphe, le cigare aux dents, raccommodait avec son canif une des deux brides cassées.

Je suis toujours hésitante pour composer mes plans, et j'ai bien du mal à dégager deux parties et sous-parties pour ce passage. J'avais bien pensé à commencer à étudier le romantisme du passage, puis en quoi celui-ci était caricatural et ironique de la part de Flaubert (qui se moque, méchamment, de ses personnages).
J'aimerais savoir si vous pourriez m'orienter pour les sous-parties, et me dire si je fais fausse route... J'ai relevé des passages, figures de style susceptibles de remplir mes parties, sinon.


Je vous remercie

Flaubert, Madame Bovary, II, 9 - Rodolphe et Emma suivirent ainsi la lisière du bois...

Moi, j'aurais plutôt dit que Flaubert décrivait les sentiments des personnages avec un grand souci de réalisme...plutôt que de romantisme!