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Zola, L'Œuvre, IV - La semaine suivante, comme le soleil avait reparu...

Bonsoir à tous,

Je rencontre quelques soucis avec un commentaire composé. Le texte concerné est un extrait de "L'Oeuvre" de Zola. Le voici.

"La semaine suivante, comme le soleil avait reparu, et qu’il lui vantait la solitude des quais, autour de l’île Saint-Louis, elle consentit à une promenade. Ils remontèrent le quai de Bourbon et le quai d’Anjou, s’arrêtant à chaque pas, intéressés par la vie de la Seine, la dragueuse dont les seaux grinçaient, le bateau-lavoir secoué d’un bruit de querelles, une grue, là-bas, en train de décharger un chaland. Elle, surtout, s’étonnait : était-ce possible que ce quai des Ormes, si vivant en face, que ce quai Henri IV, avec sa berge immense, sa plage où des bandes d’enfants et de chiens se culbutaient sur des tas de sable, que tout cet horizon de ville peuplée et active fût l’horizon de cité maudite, aperçu dans un éclaboussement de sang, la nuit de son arrivée ? Ensuite, ils tournèrent la pointe, ralentissant encore leur marche, pour jouir du désert et du silence que de vieux hôtels semblent mettre là ; ils regardèrent l’eau bouillonner à travers la forêt des charpentes de l’Estacade, ils revinrent en suivant le quai de Béthune et le quai d’Orléans, rapprochés par l’élargissement du fleuve, se serrant l’un contre l’autre devant cette coulée énorme, les yeux au loin sur le Port-au-Vin et le Jardin des Plantes. Dans le ciel pâle, des dômes de monuments bleuissaient. Comme ils arrivaient au pont Saint-Louis, il dut lui nommer Notre-Dame qu’elle ne reconnaissait pas, vue ainsi du chevet, colossale et accroupie entre ses arcs-boutants, pareils à des pattes au repos, dominée par la double tête de ses tours, au-dessus de sa longue échine de monstre. Mais leur trouvaille, ce jour-là, ce fut la pointe occidentale de l’île, cette proue de navire continuellement à l’ancre, qui, dans la fuite des deux courants, regarde Paris sans jamais l’atteindre. Ils descendirent un escalier très raide, ils découvrirent une berge solitaire, plantée de grands arbres : et c’était un refuge délicieux, un asile en pleine foule, Paris grondant alentour, sur les quais, sur les ponts, pendant qu’ils goûtaient au bord de l’eau la joie d’être seuls, ignorés de tous. Dès lors, cette berge fut leur coin de campagne, le pays de plein air où ils profitaient des heures de soleil, quand la grosse chaleur de l’atelier, où le poêle rouge ronflait, les suffoquait et commençait à chauffer leurs mains d’une fièvre dont ils avaient peur."

Désolée pour le côté indigeste de la présentation, mais dans les faits le texte est plutôt aisé à comprendre.
Je vous expose mes premières réflexions.

Clairement, il semble indispensable de relier l’extrait au monde de la peinture qui imprègne le présent roman et d’une manière générale l’ensemble de l’œuvre de Zola. À ce titre, mon idée serait de présenter d’abord le texte en le comparant à un tableau. Je trouve assez significatif le langage employé par Zola, en particulier le champ lexical de la lumière et des teintes de couleur. Le narrateur se pose principalement comme simple observateur de la scène, à la manière de l’œil de l’artiste. La seconde phrase en particulier décrit l’environnement de la promenade, tout comme d’autres plus loin dans le texte.
Les personnages s’en trouvent relégués au second plan, comme effacés par la domination du paysage. On pourrait évoquer les caractéristiques du naturalisme, mouvement initié par Zola, et ses similitudes et différences avec le réalisme.

À côté de cela, on observe tout de même une ébauche d’interprétation. La connaissance du roman tout entier éclaire sur la signification de la description de la ville, largement péjorative, déclarée « cité maudite ». A contrario, la fin du texte apporte une note douce. Les quelques mots qui décrivent la partie occidentale de l’île impriment une fracture très nette avec l’ensemble du texte. Même, c’est comme si ces phrases étaient le prolongement exacte du sentiment des personnages. Leur impression d’être réfugiés dans un petit coin de paradis, perdu au milieu d’une cité maudite, se ressent dans les mots utilisés qui forment des phrases douces comme perdues dans une mer de phrases peu joviales.

Par ailleurs, il paraîtrait important d’apporter une description stylistique de la scène pour appuyer l’impression de regarder une œuvre picturale qu’a le lecteur devant ce texte, mais je n’ai pas vraiment d’idée quant à la manière de faire.

Voilà tout. Avez-vous quelque idée sur ce que j'aurais pu oublier ? Et mes premières impressions sur ce texte vous semblent-elles justes ?

Je vous remercie beaucoup !

Bonne soirée.

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Zola, L'Œuvre, IV - La semaine suivante, comme le soleil avait reparu...

Bonsoir,

Je crois que tu as vu l'essentiel.
Qu'ajouter ?
La Seine, le fleuve comme fil conducteur,
L'importance de la toponymie,
L'opposition entre statique et mouvement,
La part de l'animalier et du végétal qui tranche sur le minéral (à noter que Notre-Dame crée aussi un "pont" entre ces réalités différentes).
Il faut aborder la focalisation : la description traduit des impressions et des sentiments.
Bien entendu, il faudrait montrer comment le regard de Claude Lantier révèle les linéaments d'une nouvelle forme de peinture, bien éloignée des canons néo-classiques. Examine les sujets : la campagne qui tranche sur la grande ville mise à la mode par Baudelaire, la laideur industrielle qui accède à une certaine forme de beauté par la force, la surprise, les détails pittoresques (par ex. la présence des chiens comme dans "l'enterrement à Ornans" de Courbet)...

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Zola, L'Œuvre, IV - La semaine suivante, comme le soleil avait reparu...

Bonjour !

Je vous remercie beaucoup pour votre réponse. Vos éléments sont trés intéressants, je vais les creuser et les intégrer dans mon commentaire.

Merci encore !