1

Peut-il y avoir de la politique sans État ?

A votre avis? 

La question sous jaccente à ce sujet est bien sûr de determiner si la politique vise seulement l'Etat ou si justement son essence transcende le simple établissement étatique. Le sujet rejoint aussi la question de la nécessité de "l'unité politique" terme employé d'abord par Machiavel.

Evidemment cela va nous emmener à faire s'affronter le libéralisme, à propos duquel il ne faudra pas omettre que le moins d'état possible ne veut pas dire dire pas d'état du tout et que libéral ne veut pas dire libertaire, et des régimes plus autoritaire en passant par toutes les teintes jusqu'à la tyrannie mais aussi en explorant les dangers de l'anarchie qu'avait fort bien vue Max Weber qui nous met au défi de penser positivement l'anarchie (= sans violence)
On peut y voir une similitude avec Carl Schmitt pour qui l'Etat est le moyen pour atteindre un degré maximum d'union.
Enfin on pourra voir dans le Leviathan, ce qu'on pourrait considérer comme le cogito ergo sum de l'Etat : protego ego obligo : je protège donc j'oblige, on peut alors considérer qu'un état qui ne tient pas compte de cette maxime ne sera jamais qu'une ébauche incomplète.Quand j'y songe, je me dis que j'aurais tout aussi bien pu proposer, peut-il y avoir de la politique sans violence ou même peut-il y avoir de l'Etat sans violence? Toutes ces questions rejoignent la question de l'autorité et si celle ci peut s'exercer ou non sans les armes?
Après tout, la nature humaine est tournée vers l'opposition et la justice sans la force n'est rien.
De ce fait, là ou il n'y a pas de force, nul n'est tenu à rien.
Il semblerait que la politique commence à partir des moments ou il existe un arbitre des conflits.
L'Etat de nature est alors reconduit par la reconnaissance même d'un chef et parallèlement l'Etat politique commence lorsque quelqu'un est reconnu pour faire les lois.
On peut dire à ce titre que l'Etat de nature double toujours de manière invisible l'Etat politique.
Et si l'essence de la politique c'était cette fameuse guerre de tous contre tous?

2

Peut-il y avoir de la politique sans État ?

J'aurais tout d'abord une simple question, que représente pour toi l'Etat, et la politique ?

"peut-il y avoir de la politique sans violence ou même peut-il y avoir de l'Etat sans violence"

Si la politique doit être accompagnée de violence, de même que l'Etat, l'absence d'Etat et de politique n'amène t-elle pas non plus de la violence ?
est-ce réellement un problème finalement que la violence ? Je pense que quelque part, un régime autoritaire  juste serait mieux qu'une démocratie trop laxiste et surtout à tort.

Pas le temps de terminer ma "reflexion", je vais en cours ;-)

3

Peut-il y avoir de la politique sans État ?

Spartacus a écrit :

La question sous-jacente à ce sujet est bien sûr de déterminer si la politique vise seulement l'État ou si justement son essence transcende le simple établissement étatique.

A l'exception de Carl Schmitt, pour qui l'État est une forme parmi d'autres possibles du politique, je ne crois pas qu'un autre ait proposé l'idée — encore, Carl Schmitt s'est-il assez peu exprimé et expliqué sur ses remarques à ce sujet. On peut toutefois lui objecter qu'historiquement, du moins en Occident, nous ne disposons d'aucune expérience connue dans laquelle, de manière absolument limpide, une société politique a existé sans État. Malgré tout, on pourrait reprendre, parmi d'autres auteurs, les travaux de Marcel Gauchet, en particulier les deux premiers chapitres de La condition politique (Tel Gallimard, pp. 45-180), dans lesquels il essaie de mettre à profit l'anthropologie, notamment l'œuvre ethnologique et anthropologique de Pierre Clastres (pour le dire de façon très sommaire, Gauchet essaie de montrer que le propre des sociétés dites primitives consiste en une auto-institution destinée à éviter la formation d'un État).

Spartacus a écrit :

Enfin on pourra voir dans le Leviathan, ce qu'on pourrait considérer comme le cogito ergo sum de l'État : protego ego obligo : je protège donc j'oblige, on peut alors considérer qu'un État qui ne tient pas compte de cette maxime ne sera jamais qu'une ébauche incomplète.

C'est l'une des sources du libéralisme : la peur à laquelle nous condamne l'état de nature incite les hommes à s'associer et à former ce que Hobbes appelle Léviathan, dont l'une des fonctions principales est effectivement de protéger (la sécurité est l'un des piliers du libéralisme). On peut regretter que cette source du libéralisme soit à la fois la plus tenace et la moins consistante philosophiquement et politiquement. Elle n'est pas loin de condamner purement et simplement le libéralisme dans l'esprit de bien des personnes qui seraient mieux disposées envers cette nébuleuse si les autres sources (notamment les sources françaises) étaient prépondérantes. Mais je suis hors-sujet.

Spartacus a écrit :

peut-il y avoir de la politique sans violence ou même peut-il y avoir de l'État sans violence ?

Impossible. Il n'y a pas de violence dans l'état de nature (lequel n'est qu'un paradigme, pas une réalité, du reste), mais de la brutalité. La violence est le propre de l'homme, en ceci qu'il est un zoon politikon, à la fois animal social et politique. (Violence est de la même famille que vie et viol — cf. vis et vita en latin, qui réfèrent essentiellement à la force exercée contre quelqu'un, la force armée, etc., qui appartient donc principalement aux registres juridique et politique.)

Spartacus a écrit :

Toutes ces questions rejoignent la question de l'autorité et si celle-ci peut s'exercer ou non sans les armes ?

La question est passionnante. Hannah Arendt l'a traitée avec beaucoup de pertinence, d'intelligence, et de références à la philosophie politique classique, autrement dit antique essentiellement (on reconnaît l'influence de son mentor Leo Strauss).

Spartacus a écrit :

L'Etat de nature est alors reconduit par la reconnaissance même d'un chef et parallèlement l'Etat politique commence lorsque quelqu'un est reconnu pour faire les lois.
On peut dire à ce titre que l'Etat de nature double toujours de manière invisible l'Etat politique.

Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ici. Pourquoi utilisez-vous une majuscule pour écrire l'« État de nature » ?

4

Peut-il y avoir de la politique sans État ?

Oui très juste je me suis trompé c'est état de nature avec une minuscule!
Et il double l'Etat politique de manière imperceptible parce que l'Etat politique au fond n'est rien autre qu'un état de nature amélioré et "affiné", on peut considérer que l'état de nature est le modèle de l'Etat politique. Mais ce n'est plus la guerre de chacun contre chacun, elle est rejetté à l'exterieur des frontières de l'unité politique.
Merci pour tes réponses en tout cas.

5

Peut-il y avoir de la politique sans État ?

Je n'ai pas lu l'article en question mais un ami m'en avait parlé ; comme je pense que c'est dans le sujet, je vous propose ce lien :

http://books.openedition.org/agone/251