Évolution des voyelles accentuées en ancien français

Bonjour,

j'ai un devoir à rendre jeudi pour l'ancien français et je me pose quelques questions. Nous devons étudier l'évolution des voyelles accentuées pour quelques mots. J'en ai deux qui me posent problème. J'espère que vous pourrez éclaircir ce qui ne va pas !
Les voyelles en gras sont les voyelles accentuées.

1. Seniorem → seignor
Le "i" sert avec le "g" à noter [n/u]. L'ancien français marquerait la palatalité de [n/u] à l'aide de -gn-.
Amuïssement de la voyelle finale [e] ainsi que de la consonne finale.

2. Scutum → escu
Amuïssement de "um". Spirantisation du "t" entraînant sa disparition. Il nous reste le graphème [scu]. Pour une facilité de prononciation, le [e] se serait rajouté.
Cependant, je ne pense pas que cela soit ça. Je ne trouve pas pourquoi et comment le [e] se rajoute dans ce cas ! Si vous pouviez m'éclaircir .. !

J'attends vos avis et vos remarques !

Charly

Évolution des voyelles accentuées en ancien français

Pour escu, je crois que c'est une prosthèse, ça a aussi un autre nom (je ne sais plus lequel, enfin ça s'apparente à une voyelle épenthétique qui s'ajoute dans le mot) ; c'est une voyelle qui effectivement a pour rôle de faciliter la prononciation du groupe consonantique. C'est un phénomène qui se produit avec le temps, une évolution purement phonétique due à la prononciation du mot.

Évolution des voyelles accentuées en ancien français

Tu es sûr que soit le i de "seniorem" qui était accentué ?
Plutôt le o : seniorem
D'ailleurs, en français, l'accent tonique est ici : seignor → seigneur.
Ici, le i était bref et avait valeur de semi-consonne (yod).
Il ne pouvait donc pas porter l'accent tonique...

C'est vrai que le son "gn" se notait  "ign" en ancien français. Mais ce son est issu du n suivi du "yod" semi-consonne.

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Évolution des voyelles accentuées en ancien français

L'apparition du [e] dans escu relève de la prothèse vocalique (et non prosthèse), phénomène qui se produit tôt en bas latin, quand le s initial est suivi d'une consonne.
Ex. : stella > estoile, scriptum > escrit, schola > escole, etc.
Sinon, les remarques de Jehan sont parfaitement justes. Je rajouterais que le "n" se palatalise sous l'influence du yod, et que plus tard, se développe un yod de transition avant la consonne palatalisée (ce qui explique que graphiquement, le i se place avant le "gn"). La palatalisation du n a plusieurs étapes, dont je ne me rappelle pas tout le détail. Je suppose que tu as des cours là dessus.

Évolution des voyelles accentuées en ancien français

Oui c'est vrai , tout simplement une voyelle prothétique finalement. Pardon pour l'erreur.

Évolution des voyelles accentuées en ancien français

Merci pour vos aides.

Pour seniorem, vu l'exercice demandé, c'est sur le "i" qu'il fallait se concentrer vu qu'on cherche à atteindre "seignor".
Pour la transformation du [o] en [œ], je n'ai pas encore étudié ce phénomène (d'ailleurs, par simple curiosité, c'est quelle sorte de phénomène ?)

Encore merci pour tous ces conseils et pour votre aide !

Évolution des voyelles accentuées en ancien français

Même si c'était sur le i de seniorem qu'il fallait se concentrer, ce n'était pas une raison pour le qualifier de voyelle accentuée comme tu l'as fait.
Alors que le u de scutum, lui, était réellement une voyelle accentuée.

Le i de seignor est purement graphique, c'est un simple élément du graphème ign utilisé alors pour noter le son [ɲ].
Et les mots comportant ce son n'étaient pas forcément issus d'un mot latin pourvu d'un i :
montaneamontaigne (prononcé "montagne")

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Évolution des voyelles accentuées en ancien français

clopez a écrit :

Merci pour vos aides.

Pour la transformation du [o] en [œ], je n'ai pas encore étudié ce phénomène (d'ailleurs, par simple curiosité, c'est quelle sorte de phénomène ?)

Cette transformation est en fait le résultat de plusieurs évolutions successives, qui commencent avec une segmentation sous l'accent ; c'est ce qu'on appelle la diphtongaison spontanée de la voyelle accentuée. En l'occurrence il s'agit d'une diphtongaison francienne, plus tardive que la diphtongaison romane. Normalement, cette évolution est finie, ou sur le point de se finir, au moyen âge. La graphie seignor est donc soit un trait dialectale, soit une survivance de la graphie latine.