Du Bellay, Les Regrets, sonnet 25

Bonjour

J'ai un commentaire à préparer pour lundi sur le sonnet suivant et j'ai du mal à trouver une problématique :

Malheureux l’an, le mois, le jour, l’heure et le point,
Et malheureuse soit la flatteuse espérance,
Quand pour venir ici j’abandonnai la France :
La France, et mon Anjou, dont le désir me point.
Vraiment d’un bon oiseau guidé je ne fus point,
Et mon cœur me donnait assez signifiance
Que le ciel était plein de mauvaise influence,
Et que Mars était lors à Saturne conjoint.

Cent fois le bon avis lors m’en voulut distraire,
Mais toujours le destin me tirait au contraire :
Et si mon désir n’eût aveuglé ma raison.

N’était-ce pas assez pour rompre mon voyage,
Quand sur le seuil de l’huis, d’un sinistre présage,
Je me blessai le pied sortant de ma maison ?

J'ai remarqué que, dans ce sonnet, il y a le thème du voyage. Les registre de la plainte et du regret sont présents. Le poète regrette d'avoir quitté la France. Il n'a pas trouvé le bonheur en venant à Rome, comme il l'espérait. Rome n'est plus ce qu'elle était, c'est-à-dire la fastueuse Rome, la Rome culturelle. Le poète est malheureux d'avoir quitté sa terre natale.
Pour lui, venir à Rome n'était pas une bonne idée. Jusqu'au jour de son départ pour Rome, des signes sont apparus pour l'avertir (v5), pour le faire changer d'avis. Mais il a préféré suivre son destin et non son désir. Il s'en veut. De plus, son travail à Rome est celui de secrétaire de son oncle. Il s'ennuie donc profondément.

J'ai du mal à comprendre le dernier vers. Est-ce qu'il faut le comprendre au sens propre ou est-ce qu'il sous-entend quelquechose d'autre?

Et je ne vois pas quelle problématique je peux tirer de ce sonnet!

Merci pour votre aide

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 25

Oui c'est le thème du recueil entier que cette comparaison entre Rome dont il attendait plus, et son Liré natal
Ce poème est un peu plus intimiste que les autres ; le dernier vers est à prendre au sens propre
Il répète tout le long du poème qu'un mauvais sort l'a poursuivi Je ne vois pas grand-chose à en dire désolée. IL faut peut-être parler de l'insistance, de la redondance mais suis pas sûre

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Du Bellay, Les Regrets, sonnet 25

Bonsoir Tea,

Je verrais bien la problématique suivante : la superstition au service du lyrisme élégiaque, de la plainte de l'expatrié...
ou l'expression hyperbolique d'une nostalgie...

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 25

Merci beaucoup pour votre aide

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Du Bellay, Les Regrets, sonnet 25

Bonjour,

je suis en train de commenter le sonnet 25 des Regrets de du Bellay.

Il s'agit d'un poème élégiaque puisque en effet, le thème et la souffrance et de la mélancolie sont utilisées. Cependant, on peut apprécier l'emploi de thème antique voire tragique comme l'obligation de suivre son destin.
Est-ce ici une volonté de montrer un du Bellay tragique ou juste la volonté de montrer de la part du poète un personnage qui répondant à la volonté de découvrir un thème humaniste se trouve déçu de l'Italie actuelle ?

Merci de vos réponses.
Respectueusement

Malheureux l'an, le mois, le jour, l'heure et le point,
Et malheureuse soit la flatteuse espérance,
Quand pour venir ici j'abandonnai la France :
La France, et mon Anjou, dont le désir me point.

Vraiment d'un bon oiseau guidé je ne fus point,
Et mon coeur me donnait assez de signifiance
Que le ciel était plein de mauvaise influence,
Et que Mars était lors à Saturne conjoint.

Cent fois le bon avis lors m'en voulut distraire,
Mais toujours le destin me tirait au contraire :
Et si mon désir n'eût aveuglé ma raison,

N'était-ce pas assez pour rompre mon voyage,
Quand sur le seuil de l'huis, d'un sinistre présage,
Je me blessai le pied sortant de ma maison ?

Du Bellay, Les Regrets, sonnet 25

On peut dégager des choses intéressantes en s'attardant sur la manière dont le poème pense le voyage. Sur la posture du poète, et ce qu'elle implique, politiquement, en un siècle qui est à la fois celui de la redécouverte, admirative, de l'antiquité italienne, et celui de l'affirmation de l'identité française, voire de sa naissance : gardons en tête que Du Bellay est l'auteur de la Défense et illustration de la langue française, et que cette défense se fonde, paradoxalement, sur l'imitation des Anciens. Mais pas sur leur traduction. On lit, on admire, mais c'est pour agrandir sa propre chaumière : "maison", d'ailleurs, rime avec "raison", et dans un autre sonnet, avec la "toison" que Jason rapporte de son voyage.

A l'aune de cette position du poète dans la construction d'une littérature, d'une langue, d'une grandeur française, ce poème peut apparaître comme le dire d'une crise de l'identité, qui est une expérience de l'illusion, de la déraison, de la scission (voir la réalisation prosodique du conflit raison / passion : désir-venir versus raison-maison) en lequel la France - qui rime avec "espérance" - peut trouver sa propre voix : entre admiration et désir de naître et de briller. Mais il faudrait encore voir comme se travaille cette tension entre deux unités, le royaume et la province.