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Flaubert, Trois Contes - La cruauté et la beauté

Bonjour à tous !

Je suis en hypokhâgne et dois faire pour le mois prochain une dissert' autour de 3 œuvres de Flaubert.
Oui mais voilà, pour les 2 premières, aucun gros souci, mais la 3ème..
Il s'agit de Trois Contes, j'ai beau lire et relire les 3 en étant vraiment concentrée, rien ne marche, je suis incapable de comprendre le sens de ces histoires , principalement le dernier, Hérodias, qui est un vrai mystère pour moi.

Quand il faut en plus appliquer le sujet de ma dissert (à savoir la cruauté et la beauté), c'est encore plus flou.

Est ce que l'un d'entre vous se sentirait prêt à me donner quelques pistes ou simplement m'aider à mieux aborder ce livre?

Merci d'avance, je commence à vraiment paniquer !
Bonne soirée

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Flaubert, Trois Contes - La cruauté et la beauté

Bonsoir,

Flaubert au travers de ses Trois contes recherche un éventuel sens au sacré comme manifestation d'une beauté enfuie derrière les apparences de l'imagination et des mythes.

Il te faut d'abord situer le texte dans l'œuvre de Flaubert.
Ensuite montrer les rapports qui peuvent exister entre ces trois contes très différents.
Une des pistes est la mise en scène de la sainteté par un auteur que ses contemporains tenaient pour scandaleux et qui se félicitent de le voir s'assagir.
Dans un cœur simple, Flaubert fait œuvre de réalisme.
Pourtant ce même Flaubert considéré comme le maître du réalisme français n'est pas un pur réaliste ou en tout cas c'est un réaliste qui cherche à le demeurer par un acte de volonté.
Si tu examines attentivement l'œuvre de Flaubert, tu découvriras une tension permanente entre son romantisme, son désir d'évasion et son réalisme qui ricane et tempête contre un univers bourgeois bête et étriqué. C'est vrai de Madame Bovary. Nombre de ses œuvres comme la Tentation de Saint Antoine relèvent de ses aspirations romantiques…
Revenons à un Cœur simple et aux Trois contes : il y a une constante, le final est en opposition au développement. La légende de Saint-Julien l'hospitalier est une histoire flamboyante peu suspecte de réalisme alors le final va tenter de gommer les envolées de l'imagination en ramenant le lecteur à la vision d'un vitrail de la cathédrale de Rouen, Flaubert semble s'excuser. Hérodias est une évocation cruelle et orientale (tirée de l'Évangile : la décapitation de Jean le Baptiste) dans la veine de Salammbô ; même constatation, le final nous ramène aux réalités des disciples portant une tête sanguinolente comme sur un étal de boucherie. Enfin un Cœur simple procède de la même logique mais à l'envers : Flaubert a raconté minutieusement la vie pitoyable de Félicité. Et voilà qu'il étouffe devant tant de réalités misérables, le final sera donc flamboyant et voilà que Loulou, le perroquet empaillé s'élargit aux dimensions de la colombe du Saint-Esprit...

D'autres pistes d'analyse tirées d'Encarta :

Il ne faut pas exagérer l’unité de ces contes : sous cette appartenance générique floue, quelques motifs (la sainteté, la cruauté, la vision) y sont mis en variation, selon divers protagonistes (la pauvre d’esprit, le prince errant, la femme hystérique), symboles (le perroquet dépenaillé, le lépreux hideux, la tête sanglante), tonalités enfin (la contraction objective, la naïveté légendaire, la reconstitution historique). Cet assemblage sériel dégage néanmoins de complexes effets de signification (ironie sur la confusion des dévotions et des hallucinations, sur l’indistinction des symboles de la croyance, mais aussi compassion pour les tragédies sacrificielles des humains). La composition peut se lire picturalement (trois versions de l’horreur : la transfigurée encadrée entre l’oubliée et l’exacerbée), mais tout autant philosophiquement (une archéologie du sacré, partant de l’imaginaire déchu d’aujourd'hui pour remonter vers ses formes intenses d’autrefois, vers la Voix des origines dont toute existence est affamée). Ainsi ces contes, distractions devenues pensums, sont les derniers essais de voix d’un homme doutant de la vérité, compromise par ses concrétions dogmatiques, hanté par la littérature comme par l’unique salut de qui croit absolument au beau.
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