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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Commentaire composé L1 Lettres modernes ChateaubriandBonjour à tous,

Voilà, j'ai un exposé à faire sur ce texte :

Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt à quelque distance de la cataracte de Niagara ; bientôt je vis le jour s'éteindre autour de moi, et je goûtai dans toute sa solitude, le beau spectacle d'une nuit dans les déserts du Nouveau-Monde.

        Une heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus des arbres, à l'horizon opposé. Une brise embaumée que cette reine des nuits amenait de l'orient avec elle, semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine. L'astre solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée ; tantôt il reposait sur des groupes de nues, qui ressemblaient à la cime de hautes montagnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écumes, ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si doux à l'oeil, qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité. La scène sur la terre n'était pas moins ravissante : le jour bleuâtre et velouté de la lune, descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumières jusques dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds, tour à tour se perdait dans les bois, tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit, qu'elle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de l'autre côté de cette rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement, sur les gazons. Des bouleaux agités par les brises, et dispersés çà et là dans la savane, formaient des îles d'ombres flottantes, sur une mer immobile de lumière. Auprès, tout était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage brusque d'un vent subit, les gémissements rares et interrompus de la hulotte ; mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte de Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.

        La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau, ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain dans nos champs cultivés, l'imagination cherche à s'étendre ; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes : mais dans ces pays déserts, l'âme se plaît à s'enfoncer dans un Océan de forêts, à errer aux bords des lacs immenses, à planer sur le gouffre des cataractes, et pour ainsi dire à se trouver seule devant Dieu.

Génie du christianisme, 1802
Première partie, Livre V
Existence de Dieu prouvée par les merveilles de la nature, ch.12
Deux perspectives de la nature.

En sachant que mon prof veut pas des exposés, des commentaires où on va chercher trop loin, trop compliqué, j'ai fais ça :

ATTENTION C'EST ASSEZ LONG, JE DEMANDE SIMPLEMENT UN AVIS ET SI JE SUIS PAS TROP A COTE DE LA PLAQUE ( tout premier commentaire composé de ma vie )

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Chateaubriand, Une nuit dans les déserts du Nouveau Monde.

Introduction :

Renè de Chateaubriand a eut une enfance difficile et solitaire. Alors que la société connaissait un bouleversement sans précédent, il trouve l'occasion d'assouvir son envie d'ailleurs en embarquant pour le Nouveau Monde en 1781. Il entreprend donc un long voyage à la recherche du passage du Nord-Ouest, découvert depuis, qui ferait communique la mer de Béring dans le pacifique et la baie d'Hudson dans l'atlantique. Il y renonce une fois rendu en Amérique et décide de se promener en tant que poète, curieux de tout, sillonnant plus ou moins seul le continent. Durant ce voyage, il tiendra plusieurs journaux dans lequel il rapportera des descriptions très précises de la faune, la flore, des indigènes, des moeurs et des cultures qu'il rencontrera tout au long de son périple. On raconte tout de même, à son retour et plus tard, qu'il n'aurait pas eu le temps de vivre tout ce qu'il a décrit dans son ouvrage, qu'il se serait servi de note d'autres explorateurs mais cette piste n'a jamais été prouvé. Connaissant son caractère quelque peu vaniteux, cela n'aurait sans doute aujourd'hui rien d'étonnant.
Selon lui, ce fut le deuil de sa mère et de sa soeur en 1798 qui le poussa à entreprendre la publication du Génie du Christianisme, comme un retour à la foi et à la croyance en un Dieu unique. Il y rassemble  des écrits comme Atala, Renè ou encore, Voyage en Amérique.

Durant son voyage, il tiendra d'ailleurs une sorte de journal de bord, dans lequel on trouvera le texte cité :

« Un soir, je m'étais égaré dans une forêt à quelques distance de la cataracte de Niagara : bientôt je vis le jour s'éteindre autours de moi, et je goutais, dans toute sa solitude, le beau spectacle d'une nuit dans les déserts du Nouveau Monde. »

A partir de la région de Niagara, Chateaubriand cessera de préciser les dates et les lieux de ces écrits, on assiste à une véritable perte de notion de temps et d'espace, l'homme entre-t-il à ce moment précis en communion total avec la nature ? Aucune réponse n'a pu être apporter ce jour face à ce flou.

Le Génie du Christianisme, livre dont est tiré cet extrait, paraît en France en 1802, soit vingt ans après son voyage initial et juste après la réconciliation entre l'Eglise et l'Etat. La France sort de la révolution et aspire à un renouveau religieux. Le succès de cet ouvrage est donc colossale.

Bien entendu, cet écrit fait l'éloge du Christianisme mais la réflexion est plus profonde, Chateaubriand souhaite apporte la démonstration que la religion chrétienne est la plus « poétique », « humaine », « favorable à la liberté, aux arts et aux lettres », ainsi qu' « un facteur de progrès ».

Le style de l'extrait reste encore bien classique, nous détectons tout de même une certaine sensibilité qui annonce les prémices de ce que sera, le Romantisme.
Dans « Une nuit dans les déserts du Nouveau Monde », il s'agit de souvenirs de paysages et de sites découverts lors d'un voyage.


Problématique

Comment Chateaubriand parvient-il à lier foi et contemplation des beautés de la nature ?

Plan

I. Contemplation nocturne
II. Volonté de rejet d'une société bouleversée
III. L'existence de Dieu


I.Contemplation nocturne


Dans cet extrait, nous pouvons repérer la présence d'un auteur-narrateur grâce à l'utilisation de « Je », qui s'adresse en priorité au lecteur européen de l'époque, ses compatriotes, car il évoque « nos champs ». Il décrit un spectacle enchanteur dans un cadre toujours exotique (le nouveau monde), le spectacle est vu à travers les yeux de Chateaubriand (je vis, je perçu) et à travers sa propre sensibilité (je goutais).
L'implication de l'auteur-narrateur est totale mais on relève aussi un désir d'impliquer aussi son lecteur.

En deuxième point, on peut relever un vision marquée par la subjectivité. Dans le deuxième paragraphe, on reléve une métaphore filée pour le spectacle qui se déroule, la personnification de la lune (reine des nuits, solitaire etc.) par des périphrases et par des comparaisons (fraîche haleine = brise), les procédés d'amplification (ciel remplacé par cieux, comparaison des nuages avec des cimes de hautes montagnes, caractère grandiose, presque divin), le caractère merveilleux de l'activité des nuages et leur comparaison avec le satin, tissu noble, l'ouate (coton) et l'écume (mousse), fait appel à tout nos sens, l'auteur utilise sa sensibilité pour nous faire partager ce moment.
Dans le troisième paragraphe, de nombreux termes nous renvoient aussi à nos sens (embaumé, fraîche, doux, sourde, paisiblement, bleuâtre etc.).
Enfin, les mots grandeur et mélancolie confirment les impressions ressenties et exprimées par Chateaubriand. Le caractère est subjectif, ce sont des sentiments, des sensations. Cette partie nous montre les prémices du romantisme.

Comme les images décrites précédemment, on peut aussi relever deux verbes qui nous pousse à l'imaginaire : croire et sembler dans « elle semblait la précéder » et « si doux à l'oeil qu'on croyait ». On peut A ceci, s'ajoute des expressions au conditionnel qui émettent donc des hypothèses, non réaliser, qui nous incite à imaginer. « tout aurait été silence et repos sans.... », cette phrase nous montre à quel point l'endroit est calme, il semblerait même que le temps si soit réellement arrêté. Une seconde expression au conditionnel : « ne saurait exprimer », il nous faut comprendre la phrase dans le sens « il est impossible de pouvoir exprimer ». Chateaubriand souhaite nous offrir un descriptif précis de la scène mais on pourrait croire que cela est plutôt paradoxale puisqu'il le dit lui-même, il est impossible de la décrire avec des mots. On pourrait pousser jusqu'au sentiment d'impuissance de l'auteur.

Enfin, il est important aussi de noter que l'auteur se plonge dans ce qui deviendra un des thèmes récurrent du romantisme, la nuit et la solitude qu'elle offre. Ce mot est répété plusieurs fois et l'auteur trouve de l'attrait dans ce qui pourrait paraître négatif. Il se complait dans la solitude, il recherche la solitude, si elle est nocturne, elle est synonyme de tranquillité, d'apaisement, de lieu privilégié à la rêverie, à la poésie et à la méditation.

Voilà pour ce qui est de la contemplation nocturne, l'auteur nous offre l'un de thèmes principaux du romantisme, la nuit, le rêve, la nature.

II.Le rejet du monde civilisé

Bien que moins axé sur ce thème, le texte n'est en pas exempt.

En effet, dans le dernier paragraphe, le mot « en vain » exprime un rejet catégorique. L'imagination, pour lui, ne peut s'étendre autant qu'elle le souhaite dans le monde civilisée, elle ne rencontre que des barrières et des contraintes. De plus, il insiste sur le fait que les Européens manque cruellement d'imagination et de sensibilité avec la phrase « les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée ».
Les contrées sauvages sont pour lui des lieux dédiés naturellement à la méditation, à l'ouveture d'esprit et au rêve. Chateaubriand oppose d'ailleurs les termes « cultivé » et « sauvage », dans son extrait, « cultivé » a plutôt un sens dépréciatif tandis que « sauvage » possède une véritable valeur laudative.

Durant ce voyage en Amérique, Chateaubriand constate donc qu'à cette époque, le monde civilisé, le monde Européen n'est qu'un frein à l'imaginaire, à la sensibilité et au rêve. Il rejette alors cette société. D'autant plus qu'il s'attache, dans son oeuvre à rallier le lecteur à l'existence de Dieu. La société telle qu'elle était à l'époque de ce voyage, surtout les écrivains et philosophes européen, ne faisait que railler la religion chrétienne. Il décrit donc cet endroit, et nous allons le voir pour la dernière partie, comme un havre de paix offrant la possibilité de se retrouver seul face à Dieu, de se plonger totalement dans la méditation religieuse. 


III.L'existence de Dieu

Ce fut la mort de sa mère et de sa soeur qui le poussa à entreprendre la publication de son oeuvre. Il le voit tout d'abord personnellement comme un retour à la foi, un retour devant Dieu. Le but de son oeuvre reste de prouver l'existence de Dieu, le lien qui existe entre lui et la nature, et d'y rattacher le lecteur.

Dans le dernier paragraphe, on retrouve la locution « pour ainsi dire », elle introduit l'ultime terme de l'extrait : « à se trouver seule devant Dieu ». On peut penser à un effet de litote, la rencontre avec Dieu se trouve valoriser par cette atténuation « pour ainsi dire ».

Il tente de convaincre le lecteur de l'existence de Dieu en touchant à sa sensibilité,  Il lui offre une description de l'indescriptible, laissant le lecteur écouter ses sentiments et son imaginations. On pourrait presque parler d'une sorte de séduction du lecteur.

Dieu existe et son âme l'a rencontré dans ces contrées lointaines où la sensibilité peut être démuselée.






Conclusion :

Nous pouvons donc relever les différentes positions de Chateaubriand face à son énoncé, dans ce court extrait : une adhésion forte à des régions sauvages, des incertitudes quand à la possibilité de décrire l'indescriptible, le rejet du cultivé et enfin, une adhésion forte à un expérience mystique.

Chateaubriand parvient à nous emporter dans sa vérité où Dieu et la nature sont lié intimement.
Il rompt avec toute la pensée philosophique de l'époque constitant à décrier la religion chrétienne. Le Génie du Christianisme aura d'ailleurs une influence considérable sur les mentalités de la société française, il contribuera à restaurer un goût prononcé pour la spiritualité dans la population, servant par la même, les intérêts de Napoléon Bonaparte.
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Voilà, je vous remercie d'avance pour le temps que vous m'accorderez,

A bientôt, Lin.

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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonsoir Lin,

Ton analyse comporte de bons éléments, mais elle manque d'un fil conducteur.
Si tu dois en priorité t'en tenir à l'extrait, alors recentre ta réflexion sur un tableau (description) original par sa sensibilité romantique.
Regarde comment Chateaubriand fait appel à tous les sens, comment il travaille son texte pour faire surgir de procédés classiques des impressions nouvelles, comment il s'intéresse à une nature à la beauté sauvage très éloignée des canons esthétiques du temps... Fais ressortir tout ce qui est novateur et qui va aider à l'émergence d'un nouveau courant littéraire...

Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonjour je suis en seconde et j'ai un commentaire littéraire a faire.sur ce texte:

Un soir je m'étais égaré dans une forêt, à quelque distance de la cataracte de Niagara ; bientôt je vis le jour s'éteindre autour de moi, et je goûtai, dans toute sa solitude, le beau spectacle d'une nuit dans les déserts du Nouveau Monde.
Une heure après le coucher du soleil la lune se montra au-dessus des arbres, à l'horizon opposé. Une brise embaumée, que cette reine des nuits amenait de l'orient avec elle, semblait la précéder dans les forêts, comme sa fraîche haleine. L'astre solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée, tantôt il reposait sur des groupes de nues qui ressemblaient à la cime de hautes montagnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écume, ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si doux à l'oeil, qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité.
La scène sur la terre n'était pas moins ravissante : le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds tour à tour se perdait dans le bois, tour à tour reparaissait brillante des constellations de la nuit, qu'elle répétait dans son sein. Dans une savane, de l'autre côté de la rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement sur les gazons ; des bouleaux agités par les brises et dispersés çà et là formaient des îles d'ombres flottantes sur cette mer immobile de lumière. Auprès tout aurait été silence et repos sans la chute de quelques feuilles, le passage d'un vent subit, le gémissement de la hulotte ; au loin, par intervalles, on entendait les sourds mugissements de la cataracte du Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert et expiraient à travers les forêts solitaires.
La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain dans nos champs cultivés l'imagination cherche à s'étendre ; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes ; mais dans ces régions sauvages l'âme se plaît à s'enfoncer dans un océan de forêts, à planer sur le gouffre des cataractes, à méditer au bord des lacs et des fleuves, et, pour ainsi dire, à se trouver seule devant Dieu.

J ai deux axes:une description picturale et une atmosphère de mysticisme
Mon problème est que je ne vois pas du tout comment aborder ces deux axes et comment les remplir dans ce texte .Pourriez vous me donner des pistes des idées?Merci beaucoup

Rappel des règles
Seuls les élèves ayant effectué un travail personnel préalable sur leur sujet peuvent obtenir une aide ponctuelle. Vous devez donc indiquer vos pistes de recherches personnelles.

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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonjour,
j'ai préparé le commentaire de cet extrait du génie du christianisme de "La scène sur la terre n'était pas moins ravissante" à "à se trouver seule devant Dieu". Je voudrais savoir ce que vous pensez de mon commentaire, s'il y a des erreurs ou de grosses lacunes...

Introduction
Publié en 1802, le Génie du christianisme remporte un grand succès. Dans cet essai, François-René de Chateaubriand s’interroge sur le rôle de la religion. Il y rappelle aussi le souvenir de son voyage en Amérique et de la découverte des chutes du Niagara.
Dans l’extrait que nous étudions, nous pouvons nous demander comment, grâce à l’usage d’une prose poétique Chateaubriand parvient à rendre la beauté d’un paysage romantique. Nous verrons dans une première partie que ce passage est une description en prose poétique et nous étudierons dans une seconde l’originalité de cette description à la sensibilité romantique.

I/1) une description
Il s’agit donc d’une description. Nous avons la présence d’un narrateur qui surplombe le paysage : « la rivière qui coulait à mes pieds ». La mention de la source de lumière introduit le champ lexical de la vision : « le jour bleuâtre et velouté de la lune ». Enfin le personnage-narrateur décrit lui-même ce paysage comme « une scène et un « tableau ». La vision procède de haut en bas. Il a commencé par décrire le ciel puis se fixe sur la terre : la scène sur la terre n’était pas moins ravissante ».
2) la beauté du paysage
L’accent est mis sur la beauté du paysage et surtout sur la lumière qui le baigne. L’emploi d’un adjectif mélioratif dans le premier paragraphe de description et d’un superlatif dans le second paragraphe de commentaire mettent en avant la beauté extraordinaire du spectacle : « pas moins ravissante », « les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. »
La prose de Chateaubriand fait appel aux sens de la vue et de l’ouïe et du toucher. La vue est présente à travers le champ lexical de la lumière : « jour bleuâtre, gerbes de lumière, brillante des constellations, la clarté de la lune, mer immobile de lumière » ; l’ouïe, est évoquée par le le bruissement des feuillages, le cri d’une chouette et le bruit des chutes d’eau :  « tout aurait été silence et repos, sans la chute de quelques feuilles, le passage d’un vent subit, le gémissement de la hulotte (…) on entendait les sourds mugissements ». Le sens du toucher est évoqué quoique de façon plus ténue par l’adjectif « velouté » appliqué à la lumière de la lune. Ce rapport établi entre le sens de la vue et celui du toucher peut faire penser à Baudelaire dans son poème Correspondances.
3) Une prose poétique
Çà et là des allitérations donnent un caractère musical au texte. Une allitération en « s » au début du texte « descendait, poussait, épaisseur » rythme la phrase. Des phénomènes d’écho se produisent tant sur la forme avec la répétition de « tour à tour » que sur le fond avec l’idée d’une rivière qui disparaît puis revient dans le paysage ainsi que l’évocation de la lumière qui se « répète ». Une autre allitération en « m » confère une grande musicalité à l’image poétique de la lumière comme mer « immobile ». La lumière est comparée  à de l’eau ce qui fait encore appel aux synesthésies ; de plus cette image est paradoxale car la mer normalement toujours en mouvement est ici immobile : « cette mer immobile de lumière ». Encore une allitération doublée d’une assonance dans le rapprochement de gémissement et « mugissement » qui rapproche les sons émis par l’animal et par le fleuve.
Cette recherche poétique témoigne de l’effort de l’auteur pour rendre la beauté d’un paysage qui selon lui est indicible : « la grandeur, l’étonnante mélancolie de ce tableau ne sauraient s’exprimer dans les langues humaines. »

II/ Originalité de cette description à la sensibilité romantique.
Le paysage nocturne est prisé par les romantiques. Il est propice à la méditation, est souvent synonyme de solitude. Dans ce texte il y a une présence paradoxale de l’ombre et de la lumière entremêlés. C’est comme si l’une ne pouvait s’apprécier sans l’autre et c’est ce qui offre au passage une grande originalité (entre autres). Les « gerbes de lumière » s’immiscent dans les « plus profondes ténèbres ». On peut voir là une antithèse, presque oxymore.
Comme souvent dans les textes romantiques le paysage est plus ou moins personnifiés. « Tout est plein d’âme » écrivait Hugo. La rivière se « perd ». La clarté de la lune « dort sur les gazons., la hulotte «gémit, la cataracte mugit. Ces mugissements expirent : « expiraient à travers les forêts solitaire ». Tous se passe comme si le paysage était habité.
Paradoxalement c’est malgré cela la solitude qui plaît au narrateur. En bon romantique le caractère sauvage et solitaire du lieu est fait pour le séduire. Elle confère au paysage une sorte de tristesse. « l’étonnante mélancolie ». Cette solitude et cette mélancolie permettent au voyageur de méditer et ce faisant de se rapprocher de Dieu.  Il y a opposition forte soulignée par la conjonction de coordination « mais » entre la civilisation, propre à notre monde européen « nos champs cultivés » et la sauvage beauté et grandeur des paysages américains où l’homme n’est confronté qu’aux éléments naturels et de ce fait se trouve en tête à tête avec lui-même ou avec Dieu : « mais dans ces régions sauvages l’âme se plaît à s’enfoncer dans un océan de forêts, à planer sur le gouffre des cataractes, à méditer au bord des lacs et des fleuves, et, pour ainsi dire, à se trouver seule devant Dieu ». Ce passage est riche en réminiscences romantiques. La méditation associée à l’image du lac fait penser au Lac de Lamartine.
Le héros romantique trouve l’exaltation au contact d’une nature sauvage et grandiose, dans la solitude. Cet extrait fait également penser au tableau de Caspar Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages.

Le texte se termine dans une sorte d’élargissement du propos et de gradation avec pour mot final « Dieu ».  Le narrateur d’abord présent dans sa réalité physique « la rivière qui coulait à mes pieds » s’élève au statut d’ « âme » et acquiert un caractère général. Dans le deuxième paragraphe, il s’agit d’une réflexion sur la spiritualité d’un paysage, d’un spectacle qui invite l’homme à une confrontation avec son Créateur.

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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonjour Bathilde,

C'est un bon premier jet.
Sans entrer dans les détails, je relève deux types d'erreur :
- un recours fautif aux anachronismes : "le lac" de Lamartine et la poésie de Baudelaire sont postérieurs au Génie. Si tu veux montrer que Chateaubriand est un initiateur, il faudra utiliser des verbes comme annoncer, ouvrir la voie dans ta rédaction... Mais Chateaubriand s'est sans doute inspiré de Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre...
- la dissociation entre fond et forme dans la 1re partie (voir 3). Il faut justifier précisément le recours aux procédés de style qui doivent servir d'arguments dans l'analyse.

Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonjour à tous,

Pour la rentrée je dois aussi faire un commentaire sur ce texte ( mon tout premier...).
Je ne suis pas très à l'aise mais j'ai tout de même réussis à analyser le texte.

J'aurais besoin d'aide pour le plan de mon commentaire, je pensais le faire en deux parties :

I) la description de la nature
II) la critique de la société européenne par le biais de la beauté de cette nature

Est-ce une bonne approche? doit-on faire une troisième partie?

Merci beaucoup pour votre aide

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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonsoir,

Il n'y a nulle critique de la civilisation dans ce texte.
Ta première partie est trop globalisante et pas assez précise.
D'abord définis une problématique : comment Chateaubriand suggère un nouveau sentiment de la nature ?
Les axes répondront à ce parcours de lecture :
1 un paysage nocturne
2 un monde de sensations
3 une nature sauvage

Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Bonjour,

Merci de vos conseils d'hier, j'ai donc fait des modifications:

I) Comment chateaubriand suggère un nouveau sentiment de la nature?
             1)un paysage nocturne
             2)un monde de sensation
             3)une nature sauvage
II) Q'est ce qui produit l'originalité de la description?
             1) jeu de contraste entre ombre et lumière
             2) solitude et tristesse qui parait lui plaire paradoxalement
             3) evocation implicite du rapprochement avec dieu grâce à cette nature

Est-ce suffisant seulement deux parties?
Doit-on comprendre des éléments plus profonds qui nous sont dis plus implicitement?

Merci de votre soutient.

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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Je te proposais des axes et non des sous-parties.
Essaie de répartir ce que tu as trouvé dans ces axes en complétant pour avoir au moins deux sous-parties dans chaque axe.
Tu avances bien.

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Chateaubriand, Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 - Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt...

Merci pour ces conseils que je vais appliquer.

Y-a t'il cependant un message que l'auteur cherche a faire passé,à mettre en avant?