Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

Bonjour,
je passe bientôt mon oral de Français au bac et, pour m'entrainer, je tente de répondre à cette question : Montrer que Flaubert fait ici une description impressionniste.
J'ai beau chercher, je ne comprends pas bien ce qu'est l'impressionnisme même si je sais que c'est un mouvement en peinture, en littérature et en musique, apparu en France vers 1860.
Je ne vois pas trop comment établir un plan avec cette question alors votre aide me serait précieuse ! Merci.

Voici le texte :
   

Puis, d’un seul coup d’œil, la ville apparaissait.
   Descendant en amphithéâtre et noyée dans le brouillard, elle s’élargissait au delà des ponts, confusément. La pleine campagne remontait ensuite, d’un mouvement monotone, jusqu’à toucher au loin la base indécise du ciel pâle. Ainsi vu d’en haut, le paysage tout entier avait l’air immobile comme une peinture ; les navires à l’ancre se tassaient dans un coin ; le fleuve arrondissait sa courbe au pied des collines vertes, et les îles, de forme oblongue, semblaient sur l’eau de grands poissons noirs arrêtés. Les cheminées des usines poussaient d’immenses panaches bruns qui s’envolaient par le bout. On entendait le ronflement des fonderies avec le carillon clair des églises qui se dressaient dans la brume. Les arbres des boulevards, sans feuilles, faisaient des broussailles violettes au milieu des maisons, et les toits, tout reluisants de pluie, miroitaient inégalement, selon la hauteur des quartiers. Parfois un coup de vent emportait les nuages vers la côte Sainte-Catherine, comme des flots aériens qui se brisaient en silence contre une falaise.
   Quelque chose de vertigineux se dégageait pour elle de ces existences amassées, et son cœur s’en gonflait abondamment, comme si les cent vingt mille âmes qui palpitaient là eussent envoyé toutes à la fois la vapeur des passions qu’elle leur supposait. Son amour s’agrandissait devant l’espace, et s’emplissait de tumulte au bourdonnement vague qui montaient. Elle le reversait au dehors, sur les places, sur les promenades, sur les rues, et la vieille cité normande s’étalait à ses yeux comme une capitale démesurée, comme une Babylone où elle entrait.FLAUBERT, Madame Bovary (1857)

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

Tu n'auras, je pense, pas de mal à trouver sur internet les caractéristiques précises qui déterminent l'impressionnisme. En peinture, elles se constatent dans la description, la représentation picturale des objets. A toi, en littérature, de constater chez Flaubert comment est décrit le paysage et en quoi cette représentation suit l'exemple des doctrines impressionnistes 

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

En fait, il n'y a pour ainsi dire aucune chance pour qu'on vous pose une question pareille —sauf si le rapport entre Flaubert et impressionnisme est explicitement noté sur votre descriptif. Mais cette description n'est guère impressionniste… Un sujet possible sur ce texte porterait davantage sur le rapport entre le paysage et les sentiments du personnage.

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

Je pensais cela aussi, mais un camarade est tombé sur cette question alors que nous n'avons jamais abordé l'impressionnisme en cours donc ça ne me rassure pas trop !

5

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

Regarde par exemple un tableau de Monet du style "impression soleil levant". Si tu compares ce tableau à aux trois glaneuses de Millet par exemple, tu verras déjà que le procédé utilisé est très différent. Millet essaie de rendre strictement le réel alors que Monet, tente de rendre les impressions du reflet de la lumière dans ses peinture. D'où cette technique de "petites taches" de couleurs sur la toile qui rendent le tableau un peu flou. Effectivement, le texte de Flaubert peut revoyer à l'impressionnisme de ce point de vue.

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

D'accord, merci beaucoup. C'est quand même assez "tordu" comme question sur un texte de Flaubert !

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

D'abord, je ne considérerais pas du tout l'impressionnisme comme susceptible de caractériser un style d'écriture, mais seulement une manière de peindre.
Mais comme cette manière de peindre consiste à noyer les formes dans la lumière, on peut très bien faire une analogie avec une manière d'écrire et surtout de décrire à l'œuvre dans ce texte, d'autant plus que Flaubert lui-même y invite: "le paysage tout entier avait l'air immobile comme une peinture", "quelque chose de vertigineux".
Je ne trouve pas que ce soit "tordu" le moins du monde que de demander au lecteur de remarquer qu'on n'est pas du tout sur le registre du sentiment, mais sur celui des correspondances, qu'on ne sait même pas si c'est agréable ou désagréable, tandis que toutes les distinctions sont d'ordre visuel, principalement celle du net et du flou, du détail et de l'ensemble et que le processus décrit indique que le sentiment amoureux n'a plus d'objet précis, qu'il se dissout et se noie dans un vague qui laisse venir une impression à travers une vision.
Si ce n'est pas de l'impressionnisme, alors  je me demande ce qui peut bien en être.

Flaubert, Madame Bovary, 3 - Puis, d'un seul coup d'oeil, la ville apparaissait...

Merci !