Baudelaire, L'Horloge

Bonjour,

J'ai fait des recherches pour faire une introduction bien sur le poème horloge de Baudelaire que je présente à l'oral et pour ce qui est de la biographie de Baudelaire j'ai trouvé ceci :
"en incluant la modernité comme motif poétique, il a rompu avec l'esthétique classique"

Pourriez-vous m'expliquer cela parce que je pense que le correcteur va me poser une question dessus et je ne maîtrise par cette phrase .

Merci d'avance !

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: « Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

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Baudelaire, L'Horloge

Le 19e siècle rompt avec la poésie classique et ses règles de versification. Malherbes puis Boileau et son art poétique peuvent aller se rhabiller! Je pense que si tu ne développes pas ailleurs que dans ton intro, ce qui caractérise la modernité du poème de Baudelaire, tu auras une note moyenne.

Voici quelques vers de l'Art Poétique pour que tu aies une idée de ce dont je parle:

"Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime,
Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime :
L'un  l'autre vainement ils semblent se haïr
La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir.[…]
Enfin Malherbe vint, et le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence,
D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la muse aux règles du devoir.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.
Les stances avec grâce apprirent à tomber
Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidèle
Aux auteurs de ce temps sert encore de modèle.
Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté
Et de son tour heureux imitez la clarté.

Compare ce que dit Boileau avec les vers de Baudelaire et tu auras déjà une bonne partie de la réponse.

Mais la modernité n'est pas qu'une question de versification. C'est aussi le sujet abordé. Si tu lis le premier vers de l'art poétique, tu devrais facilement arriver à la conclusion que le sujet du poème de Baudelaire est loin d'être sublime ou plaisant. D'ailleurs Baudelaire ne sublime pas la poésie, c'est tout le contraire, il l'emmène dans l'abîme.

Si tu veux creuser un peu :
Pour info, le 19e siècle est le siècle du romantisme et c'est aussi à cette époque que se développe la littérature fantastique (je te conseille de vérifier ta définition du fantastique) avec certaines nouvelles de Maupassant notamment. Sache que Baudelaire a traduit les nouvelles d'Edgar Allan Poe, un auteur fantastique, ce qui l'a beaucoup influencé.
Si tu essaies de replacer Baudelaire dans son siècle et dans les courants littéraires de l'époque, le texte devient beaucoup plus simple. Ceci dit, il va peut être falloir faire quelque recherche dans tes cours pour te rappeler ce qui caractérise le romantisme et le fantastique.

Baudelaire, L'Horloge

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Baudelaire, L'Horloge

Concernant les vers,effectivement, Baudelaire a commencé à désarticuler le vers (regarde bien la rythmique de tes vers, les rejets, les enjambements, le rythme est beaucoup moins fluide que dans l'art poétique de Boileau). D'autres comme Victor Hugo, Verlaine et Rimbaud iront encore plus loin. A la fin du XiX e siècle, les poèmes en prose seront finalement l'aboutissement de cette desarticulation du vers.

Quelques précisions car j'ai l'impression que ce n'est pas très clair :
Baudelaire est un auteur du XIXe siècle. Boileau est un auteur du XVIIe. Schématiquement, le XIXe siècle est le siècle du romantisme, et le XVIIe le siècle classique.

Baudelaire incarne la modernité car il a rompu avec les règles poétiques qui existaient depuis le XVIIe siècle.
Les règles poétiques de la période classique consistent entre autres :
- à suivre des règles de versification très rigoureuses (enjambement et rejet proscrits etc...)
- à parler de sujet "haut", "sublime" (on parle de héros, de mythologie, de roi etc...)
- on ne parle pas de soi, de ses sentiments.

Le romantisme reprend les sujets du XVIe : parler de soi, le "Carpe diem" (profite de la vie) entre autre, la thématique de la mort.

Le romantisme et Baudelaire avec, a mis toutes les règles classiques à la poubelle. Tu ne peux donc pas dire que Baudelaire n'est pas romantique, c'est à mon avis un contresens. En effet, si tu regardes ton poème, toutes les règles classiques sont détruites. Je te laisse le soin de voir ça.
Le siècle  romantique a vu émerger la littérature fantastique : entre rêve et réalité, entre monde cauchemardesque et réalité rassurante. Il me semble que là encore, Baudelaire en est proche.

Voici un extrait de Le coucher du soleil romantique de Baudelaire:
"Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L'irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons."

Tu noteras qu'il déclare poursuivre le Dieu en vain, que son monde est la nuit et la mort et qu'il a les pieds dans les marécages. Ces vers expliquent parfaitement la poésie de Baudelaire. Il fait tomber la poésie considérée auparavant comme sublime et comme langage des Dieux dans le gouffre et la fange.

Baudelaire, L'Horloge

Vous écrivez à propos de la poésie classique, en l'opposant à celle des romantiques et de Baudelaire :

-  règles de versification très rigoureuses (enjambement et rejet proscrits etc...)

Or, on trouve aussi des enjambements et des rejets dans la poésie classique.
Il serait facile de trouver des exemples.

Et les vers de Baudelaire, s'ils dissonent par leur thème, sont "harmonieux" à l'oreille, rigoureusement agencés, et respectent parfaitement les règles de versification classique. Pas fluide, Baudelaire ?
Relire Harmonie du soir,L'Invitation au voyage, et tant d'autres...

Même remarque en ce qui concerne les vers d'un romantique bon teint comme Lamartine : sa versification est rigoureusement traditionnelle.

Alors, écrire

Le romantisme et Baudelaire avec, a mis toutes les règles classiques à la poubelle.

est peut-être un peu exagéré.

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Baudelaire, L'Horloge

Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'enjambements dans la poésie classique. Mais les règles de la poésie classique les déconseillent. Il y en a donc peu dans un poème. Comme l'explique Boileau dans l'Art Poétique :

"Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber."

Il me semble que le sujet n'est pas la poésie de Baudelaire, mais le poème l'horloge de Baudelaire. Effectivement, tous les poèmes de Baudelaire ne disloquent pas le vers. Comme je le fais remarquer, Baudelaire est un romantique . Mais dans ce poème, difficile de dire que le vers n'est pas disloqué (enjambement, rejet répétés, multiplcation de la ponctuation qui "hache le vers", l'alexandrin multiplie les accents
"Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois"
Ne me dis pas que sur ce vers tu trouves que c'est classique!
On n'est pas encore à la dislocation totale du vers qui arrivera chez Baudelaire en 1862 avec la publication de ses poèmes en prose.

Concernant Lamartine, effectivement ses poèmes sont rigoureusement traditionnels dans la versification. Je rappelle que les publications des Méditations Poétiques ont eu lieu en 1820 soit bien avant le poème de Baudelaire. Il faut bien voir qu'un siècle c'est long. Lamartine a eu une très grande influence sur les écrivains qui ont suivi. Beaucoup s'en sont inspiré pour ensuite personnaliser leur vison de la poésie et Baudelaire ne fait pas exception. Lamartine a apporté la thématique du moi, de la mélancolie:

"Je suis le premier qui ai fait descendre la poésie du Parnasse et qui ai donné à ce qu'on nommait la Muse, au lieu d'une lyre à sept cordes de convention, les fibres mêmes du coeur de l'homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l'âme et de la nature".

Baudelaire la fait decendre davantage, cette poésie du Parnasse, cette poésie classique. Effectivement, c'est peut être un peu radical de dire qu'il a mis les règles de la poésie classique à la poubelle mais disons qu'il s'en defait progressivement pour aboutir aux poèmes en prose et que ses contemporains et ceux qui suivront continueront dans ce sens avec par exemple Apollinaire qui supprimera la ponctuation de certains de ses poèmes.

Quand à mon choix du terme dissonnant c'était un peu fait exprès dans la mesure où Baudelaire se définit comme un poète dissonnant :
"ne suis-je pas un faux accord
dans la divine symphonie
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord"

Voir aussi "La cloche félée". Ce ne sont pas les exemples qui manquent

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Baudelaire, L'Horloge

Bonjour,
Excusez moi d'avance de poster ce message sur ce sujet, mais je viens de m'inscrire alors j'avoue que je suis un peu perdu ici ^^ J'ai une petite question,concernant le prolongement sur "l'horloge" . Enfaîte j'ai étudié ce texte que je présenterai à l'oral de français à la fin de l'année, j'ai fait ma fiche et tout et tout, j'ai fini ma conclusion mais sur le prolongement je bloque. J'ai pensé à "soleils couchants" de Victor Hugo, puisqu'ils développent tous les deux le thème de la fuite du temps, mais bon Hugo était un romantique pure souche alors il parle aussi de la nature, du coup je sais pas si c'est le meilleur prolongement possible 

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Baudelaire, L'Horloge

Bonsoir, j'aimerais qu'ont m'aide à trouver dans le texte qui suit tout ce qui peut se rapporter à l'angoisse de la mort, s'il vous plait. J'ai déjà trouvé "Dont le doigt nous menace" et "Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon".

L'Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue !Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

     Charles Baudelaire

Baudelaire, L'Horloge

Tout parle de la mort ! Toutes les images représentent le temps de la vie humaine qui s'écoule et qui conduit à la mort. Donc tu as aussi cela :
"Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible"
cela :
"Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison"
cela : "Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !"
cela :
"Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi"
cela : "Le jour décroît ; la nuit augmente"
et surtout : "Tantôt sonnera l'heure" et "meurs vieux lâche il est trop tard".

Mais en fait tout le reste aussi...

10 (Modifié par rayane99 14/04/2016 à 13:40)

Baudelaire, L'Horloge

Bonjour, je ne comprend pas ces mots:
- l'apostrophe direct à l'homme
quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il comprend?
c'est en rapport avec ce texte:

L'Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue !Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

Charles Baudelaire