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La littérature ne donne qu'une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie

Bonjour à tous !

Étant actuellement en 1reES et dans le cadre de mes révisions pour le bac de français de lundi, je "teste" des sujets de dissertation, autrement dit je fais des plans de dissertation en veux-tu en voilà. Habituellement, je ne m'en sort pas trop mal, mais je viens de tomber sur un sujet de dissertation sur le roman pour lequel le plan que j'aie réalisé ne me convient pas vraiment… Je vais vous le soumettre ; pourriez-vous me dire ce que vous en pensez, m'indiquer d'éventuelles améliorations ou même me donner d'autres pistes ?


Sujet. En 1888, dans la préface du roman Pierre et Jean, Guy de Maupassant, après avoir cherché à définir les limites de la théorie réaliste, conclut que « les réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des illusionistes ». Partagez-vous cet avis qui veut que la littérature ne donne qu’une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie ?

La littérature ne donne-t-elle qu'une image vraisemblable de la réalité, et jamais une image vraie ?

Voici donc le plan que je propose :
I. Parfois, la littérature donne une image vraie de la réalité…
    A. À travers le réalisme…
       « décrire la société dans son entier, telle qu’elle est », « des faits d’une vérité irrécusable et constante » — Guy de Maupassant, préface de Pierre et Jean
       « reproduction exacte de la vie », « absence de tout élément romanesque » — Gustave Flaubert
       « un roman est un miroir qui se promène sur une grande route » — Stendhal
    B. …et le naturalisme
       « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple », « peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière », « une œuvre de vérité » — Émile Zola, préface de L’Assomoir
II. …mais celle-ci est quelque fois juste vraisemblable
« parler du réel, même de manière réaliste, c’est forcément tricher un peu » — Guy de Maupassant, Roman
    A. Des choix esthétiques
       « faire vrai consiste à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-même de leur succession », « un choix s’impose donc, ce qui est une première atteinte à la théorie de toute vérité » — Guy de Maupassant, préface de Pierre et Jean
    B. Des choix narratifs
       pas forcément chronologique : in media res (début du roman en plein milieu de l’action) + analepses et prolepses
       le romancier « invente un plan, un drame » afin de « couler dans un moule très travaillé la langue du peuple » — Émile Zola

=> En écrivant ce plan, je suis d'ailleurs en train de me poser une question : n'ai-je pas fait une (grosse) erreur en me focalisant sur le roman — le sujet parle bien de littérature ?! Mais après tout, le sujet se trouvait dans un corpus portant explicitement sur l'objet d'étude « Roman : vision de l'homme et du monde »…

Je vous remercie d'avance pour votre aide et vous souhaite une excellente journée !

— Flavien.

La littérature ne donne qu'une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie

Je suis moi-même en première (littéraire), donc mon avis n'est pas à prendre trop au sérieux
Déjà je trouve tes citations pertinentes, peut-être trouve plus d'exemples propres au contenu même de l'oeuvre. Ton plan se tient mais il manque un dépassement à mon avis, parce que tu dis d'abord Oui, puis Non, donc on pourrait peut-être te reprocher de pas apporter une réelle réponse au sujet.
Si tu le juges opportun, tu peux également citer Valéry qui donne clairement son avis sur la question: "En littérature, le vrai n'est pas concevable". Certes, la citation porte sur l'autobiographie, mais elle est quand même exploitable; d'ailleurs c'est dommage de pas exploiter le genre, même si l'objet d'étude est le roman, tu peux t'en servir.

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La littérature ne donne qu'une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie

Oh là là. C'est un sujet qui mérite des heures de réflexion, voire même plus : ça fait en vérité 2500 ans qu'on se prend la tête sur la mimésis, depuis Aristote....
Par définition la littérature ne peut représenter le vrai puisqu'il s'agit de fiction - même si les faits racontés sont vraisemblables et sincères, ils ne sont pas vrais pour autant : retranscris par une subjectivité bien définie (celle de l'auteur), ils ne peuvent avoir qu'une vision partielle du monde. Or le "vrai" englobe par principe une définition universelle, par exemple "l'eau bout à cent degrés". On ne peut pas parler de "vrai" en littérature, mais plutôt de "vraisemblable".
Ne confonds pas, d'autre part, "vrai" et "réel".
Je t'engage donc à t'interroger sur plusieurs termes :
- vrai
- vraisemblable
- réalité
- fiction
- mimésis
Mais je peux te dire que c'est d'une complexité ton sujet, c'est le genre de choses qui tombe au CAPES et nous avons 6h pour mener à bien la réflexion - et ça ne suffit pas, crois-moi.
A titre anecdotique, certains chercheurs se tapent dessus pour une telle question (Genette/Patron)...
Enfin, si ça te semble trop complexe, laisse tomber, de toute façon ils seront indulgents à l'EAF. Si tu sais faire un plan construit, ordonné et bien mené, tu auras une (très) bonne note : c'est déjà beaucoup.

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La littérature ne donne qu'une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie

Tout d'abord, merci beaucoup à SPQR et à devoralyce d'avoir pris le temps de me répondre.

En ce qui concerne la synthèse, je sais bien qu'il en faudrait une, mais je n'arrive jamais à cerner le principe : j'ignore quoi même dedans. De plus, mes professeurs (4 au cours de l'année, quand même !) m'ont informé qu'elle était facultative et qu'il valait mieux ne pas en mettre qu'en mettre une incomplète ou ratée…

Pour la différence entre "vrai" et "réel", je ne la saisis pas — malgré mes recherches... Pourriez-vous m'en dire un peu plus (même si c'est sans doute hors-programme, c'est toujours intéressant) ?

Voilà !

— Flavien.

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La littérature ne donne qu'une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie

Bonjour Flavien,

Tu peux toujours regarder cette discussion ici.

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La littérature ne donne qu'une image vraisemblable de la réalité et jamais une image vraie

FlavienG a écrit :

Pour la différence entre "vrai" et "réel", je ne la saisis pas — malgré mes recherches... Pourriez-vous m'en dire un peu plus (même si c'est sans doute hors-programme, c'est toujours intéressant) ?

C'est très difficile à définir.
Par exemple :
- Réel "je suis vivant"
- Vrai "la mort est la fin de la vie"
Tu saisis la distinction entre le réel qui est une impression subjective de la réalité et le vrai qui est universel.
Le réel est éprouvé d'après tes propres perceptions, cela concilie les trois points qui font de toi un individu : le "moi" (le fait que tu puisses dire "je"), l'"ici" (tu existes dans un lieu donné, tu peux te positionner sur Terre) et le "maintenant" (tu peux parler de toi et de ce qui t'entoure au présent).
Le vrai, lui, n'a pas de temporalité, pas de lieu de représentation, pas d'expression subjective.
Mais il est clair que l'un et l'autre sont liés. Pas de réel, pas de vrai ; pas de vrai, pas de moyen d'appréhender le réel.
Mais certains philosophes ou écrivains sont partis de ces définitions bien incomplètes au final pour en quelque sorte déclarer que le réel et le vrai n'existaient pas. C'est compréhensible au sens où il est quasi impossible de définir le "vrai" (ma définition-même est très floue au final) et que le "réel", en tant qu'expression subjective, peut être aussi une erreur. J'appelle ça "l'effet Matrix" : peut-être, sans le savoir, ce que nous vivons est une illusion, pure et dure (peut-être ne sommes-nous que des corps endormis qui rêvons ce que nous vivons - cf. Caldéron, la vida es une sueno, y los suenos, no otros que suenos )
En espérant que ça t'aide Sinon consulte Platon, Aristote, Nietzsche, Descartes, Kant.... Mais bon courage, ça fait des millénaires que ça dure ce questionnement... Peut-être d'ailleurs les gens ne seront ici pas d'accord avec ma définition!