Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Bonjour,

Nouveau venu sur ce forum, que je me félicite d'avoir découvert, j'aimerais savoir quelle est la distinction que vous faites entre les phrases suivantes:

1. " Croyez-vous qu'il fera beau demain? " et  " Croyez-vous qu'il fasse beau demain? "
2. " Penses-tu que ce sera possible? ",  "Penses-tu que ce soit possible? " et  " Penses-tu que ce serait possible? "

Les explications trouvées ci et là ne m'ont pas vraiment permis d'apprécier précisément les nuances qui les distinguent.

Merci de votre aide et félicitations pour la qualité de vos interventions.

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

bonsoir, je crois bien que la clé réside dans l'intensité du doute ou de la certitude.
en d'autres termes, le subjonctif véhicule une connotation d'incertitude et l'indicatif de certitude.
"croyez-vous qu'il fera beau demain?" montre -malgrè le fait que je pose la question-  que je crois plutôt qu'il fera beau.
"croyez-vous qu'il fasse beau demain?" sous-entend que moi-même j'en doute un peu.
reste que la grammaire française ma foi...

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Bonsoir et bienvenue !

Les grammaires sont singulièrement discrètes sur la question, et je pense que chacun sentira les nuances à sa manière.

Je vous rappelle que, après une interrogative, le subjonctif dans la subordonnée complétive est très fréquent ; certains ajoutent qu’il ressortit à la langue soutenue. Mais cela ne répond pas à votre question.

On dit généralement que l’indicatif exprime la réalité, la conditionnel la probabilité et la subjonctif la virtualité.

Je n’ai trouvé que ceci (Riegel, page 325) :
* Le choix du subjonctif met l’accent sur l’interprétation du procès subordonné et suspend sa valeur de vérité, contrairement à l’indicatif.

Pas facile à comprendre, d’autant plus que Riegel ne donne un exemple qu’à propos de la principale négative.

Faisons donc un effort.
* Crois-tu qu’il FERA beau demain ?
… qu’il FERAIT beau demain ? 
… qu’il FASSE beau demain ?

1 Je suppose, par exemple, que mon interlocuteur a entendu les prévisions météo, prévisions auxquelles je fais confiance. Je serais d’ailleurs tenté de répondre moi-même par l’affirmative. Je demande en réalité la confirmation de ce que je pense intuitivement ou espère.

2 Même supposition, mais je ne me fie pas trop à la météo. Ma question exprime une probabilité, dont je n’écarte pas la réalisation. Il se peut aussi qu’une conditionnelle soit sous-entendue : … qu’il ferait beau demain, SI nous décidions d’escalader le mont Blanc ?

3 Il n’a pas entendu la météo et nous sommes tous les deux dans l’incertitude. C’est notre capacité de prévision, surtout la sienne, qui est interrogée. Or chacun sait qu’il est difficile de prévoir quoi que ce soit, surtout l’avenir… Le beau temps du lendemain est donc considéré comme tout à fait aléatoire. Pour tout dire, je n’y crois guère, et même pas du tout. J’attends qu’on me détrompe. A tout le moins, je ne m’engage pas du tout à ce propos.

Voilà. Personnellement, je ne saurais rien dire d’autre.

Cordialement vôtre,
Edy

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Bonjour,

Et merci pour la rapidité et surtout la précision avec lesquelles vous avez bien voulu répondre à ma question. Les réponses apportées par nadine et Edy sont des plus claires et m'ont permis de mieux apprécier les nuances qui distinguent ces phrases. Je ne me suis pas trompé en parlant plus haut de " la qualité de vos interventions ". Elles valent bien mieux que les explications quelque peu obscures sur ce point des grammaires et dictionnaires.

Les nuances que vous avez expliquées sont quand même importantes. Et bien utiles à savoir si l'on veut s'exprimer avec précision.

Les verbes tels que pensercroire peuvent donc prendre, à la forme interrogative, l'indicatif, le conditionnel ou le subjonctif selon la nuance que l'on désire apporter à la raison ou au but de sa question.

Toutefois, avec ces mêmes verbes, je n'ai jamais trouvé de propositions interrogatives  Est-ce que + S + V ? ou S + V ? suivies du subjonctif. En existe-t-il? Si non, quelles sont les raisons de ce manque? Et quelles seraient les nuances avec la même question posée avec une inversion V + S ?

1. Est-ce que tu penses qu'elle pourra / pourrait / peut venir avec nous?
2. Tu penses qu'elle pourra / pourrait / peut venir avec nous?

3. Penses-tu qu'elle pourra venir avec nous?
4. Penses-tu qu'elle pourrait venir avec nous? 
5. Penses-tu qu'elle puisse venir avec nous?   

Les grammaires et dictionnaires que j'ai consultés ne sont pas très révélateurs sur ce point. J'espère que vous saurez m'aider, une nouvelle fois, à mieux saisir ce mode dont la complexité est remarquable. Et passionnante.

Un grand merci à vous tous.

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Bonjour !

Etant donné :
1 que le subjonctif, en l'occurrence, ressortit au langage soutenu,

2 que la forme interrogative par inversion (Pensez-vous ?) ressortit, elle aussi, au langage soutenu,
alors que les deux autres formes sont du langage courant (interrogation par périphrase Est-ce que vous pensez que ? et interrogation mélodique Vous pensez que ?),

je suis amené à dire que la forme
* Pensez-vous que...
est bien assortie au subjonctif,
alors que les deux autres vont mieux avec l'indicatif, y compris avec le conditionnel (qui fait partie de l'indicatif).

A mon avis, les formes suivantes seraient donc incongrues :
* Est-ce que tu penses qu'il puisse venir ?
* Tu penses qu'il puisse venir ?

Sans négliger les nuances (réalité, probabilité, virtualité) que j'ai énoncées déjà.

A vous de jouer avec la palette des couleurs, comme un peintre.

Cordialement,
Edy

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Bonjour,

Et un grand merci à Edy pour ces nouvelles précisions qui viennent illustrer les complexités du mode subjonctif.

N'ayant jamais eu aucune disposition pour la peinture et pour la poésie,  j'appartiens, sans en être un, à la catégorie des chimistes, ces personnes qui, après avoir appris les règles qui régissent le monde, essayent de comprendre le pourquoi et le comment de ces règles.

Les dernières explications que vous avez bien voulu apporter me laissent quelque peu perplexe.

Que le subjonctif ne puisse pas être utilisé dans les exemples que vous avez donnés:
* Est-ce que tu penses qu'il puisse venir ?
* Tu penses qu'il puisse venir ?
ainsi que dans toutes les phrases interrogatives du même genre, l'expérience m'en a convaincu.

Mais je ne comprends pas vraiment la raison de cette impossibilité. Et toujours cette question qui me tracasse: " pourquoi n'est-ce pas possible? "

Les deux énoncés:
1. " le subjonctif, en l'occurrence, ressortit au langage soutenu " ;
2. l'appartenance de l'interrogation mélodique et de l'interrogation Est-ce que + verbe + sujet  à un registre de langage (non-soutenu) courant;
sont certainement les meilleures explications lues à ce jour mais ne satisfont pas entièrement ma curiosité, je dois l'avouer.

Je reste quelque peu sur ma faim.
Mais le pis: je n'ai apporté aucune remarque constructive.

Merci une nouvelle fois pour toutes vos explications qui sont venues ajouter des couleurs plus nuancées à ma palette. Il me faudra maintenant, après avoir retroussé mes manches, travailler cette nouvelle pâte.

Cordialement,
axta.

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Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

axta a écrit :

Mais je ne comprends pas vraiment la raison de cette impossibilité. Et toujours cette question qui me tracasse: " pourquoi n'est-ce pas possible? "

Ce n'est pas vraiment impossible, si j'en crois ce que j'ai lu : « Est-ce que vous croyez qu'on puisse faire l'amour sans proférer une parole ? » Voltaire (pas terrible comme exemple je sais)

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Orientale,

Merci! Pas terrible comme exemple, écrivez-vous, mais un trésor pour moi car c'est le premier que j'ai eu le plaisir de lire à ce jour.

Comme quoi tout est possible. Non pas bien sûr de " faire l'amour sans proférer une parole " mais de trouver un exemple, vivant certes pas - un grand bonjour à Voltaire en passant - mais des plus colorés, de ce que je considérais une impossibilité: un subjonctif après Est-ce que vous croyez que... ?

Alors là, franchement ! je suis impressionné par l'érudition des membres de ce forum. Et touché de leur volonté à apporter les meilleures réponses possibles aux questions qui leur sont posées.

Est-ce que vous croyez qu'on puisse... ? Voilà un excellent dessert que je propose d'examiner sous tous les angles une fois mon dîner consommé.
Bonne soirée en perspective pour moi.

Merci et très bonne journée à vous aussi!

axta

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Bonjour !

Bravo, Orientale ! Vous avez trouvé de quoi mettre mon explication en pièces. Je suis d'autant plus marri que j'avais cet exemple dans ma collection, mais classé avec les phrases interrogatives.

Je n'ai pas parlé d'impossibilité, mais d'incongruité, d'inconvenance : le mélange du genre soutenu et du genre courant et même familier.

Je continue à penser que :
* Est-ce que tu crois... / Tu crois qu'il puisse... ?
n'est pas une construction normale, n'en déplaise à Voltaire, sans être pour autant grammaticalement fautif.

Je n'ai toujours pas d'autre explication que celle du refus du mélange des genres.

Cordialement,
Edy

Nuances entre le subjonctif et l'indicatif dans une question

Orientale, Edy,

Bonsoir,

Le dessert a été des plus agréables - merci à Orientale - et sa dégustation a duré une bonne partie de la soirée. La digestion n'a pas été des plus faciles et, sans me donner de cauchemar, a tout de même troublé ma nuit.

Après une longue réflexion je suis arrivé à la conclusion que l'explication donnée par Edy était aujourd'hui la seule répondant intelligemment à la question posée. Le mélange des registres de langue ( soutenu, courant, familier ) n'est certes pas impossible mais, comme il l'avait si bien écrit, incongru.

Je résume le résultat de ma réflexion:
1. On ne pourra pas mettre au subjonctif le verbe subordonné à une interrogation mélodique contenant les verbes penser, croire, etc:
a) Vous croyez qu'on peut / pourra / pourrait arriver à ce stade développement?  ( puisse est impossible )
b) Tu penses qu'elle est / sera / serait en retard?  ( soit est impossible )
Dans de tels exemples, l'emploi du subjonctif est définitivement hors de question.

2. On ne pourra pas mettre au subjonctif le verbe subordonné à une interrogation Est-ce que verbe + sujet contenant les verbes penser, croire, etc:
a) Est-ce que tu penses que ce candidat a / aura / aurait des chances d'être embauché?   ( ait est impossible)
b) Est-ce que vous croyez qu'il est / sera / serait préférable de ne rien dire?   ( soit est impossible )
c) Est-ce que tu crois qu'on va vivre / vivra un jour sur Mars?   ( vive est impossible )
Dans de tels exemples, l'emploi du subjonctif est également hors de question.

Mais en y réfléchissant ( peut-être trop ), ne serait-il pas possible lorsque le verbe subordonné est pouvoir d'employer le subjonctif, comme Voltaire l'a fait, sans que cette construction ne soit ni fautive ni incongrue?

Par exemple:
a) Est-ce que vous croyez qu'on puisse un jour vivre sur Mars?
Mon impression: construction ni fautive, ni malséante et normale

b) Est-ce que vous pensez qu'on puisse trouver une solution au problème du réchauffement de notre planète?
Mon impression: construction ni fautive, ni malséante mais pas très normale  (ne me demandez pas pourquoi !)

c) Est-ce que tu penses qu'on puisse lui demander de faire ce travail?
Mon impression: construction pas impossible, mais fautive et sans aucun doute malséante ( à cause du tu ? )

Serait-ce le pronom indéfini on, ou l'amalgame on + pouvoir, qui autoriserait cette construction?
Ou bien notre grand Voltaire aurait-il trop déteint sur moi?
Ou bien ma trop longue réflexion aurait-elle embrouillé ma pensée simpliste?
Ou bien, serais-je tout simplement en train de m'emmêler ridiculement les pédales?

Je penche pour la quatrième explication.

Et ferais mieux de m'en tenir à l'excellente explication de Edy, à savoir que:
le subjonctif après une interrogation Est-ce que verbe + sujet contenant les verbes penser, croire, etc,
-) n'est pas une construction normale,
-) n'est pas pour autant grammaticalement fautif,
-) mais est incongru.

Une très bonne soirée à vous tous.