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Accents dans un poème

Désolée si je ne suis pas sur la bonne "rubrique"

J'ai lu sur le site la règle suivante concernant l'accentuation des syllabes en poésie :

"La principale règle d’accentuation consiste à marquer la dernière syllabe du mot (mots à terminaison masculine), sauf s’il s’agit d’un E muet, auquel cas c’est la syllabe précédente qui est accentuée (mots à terminaison féminine)."

Ils donnent ensuite un exemple :

    « J’ai longtemps / habi // sous de vas /tes portiqu(es) »
    (Baudelaire, « La Vie antérieure »)

Bref, je suppose qu'il est juste, donc je ne comprends pas pourquoi le dernier accent tombe sur le "tiqu" et pas sur le "por" vu que c'est l'avant dernière syllabe et que le mot se termine sur un e muet..... (suivi du s mais on s'en fiche si j'ai bien compris lorsqu'il marque le pluriel)

Voilà voilà !

Merci d'avance!

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Accents dans un poème

Le vers est en fait mal coupé.
« J’ai longtemps / habité // sous de vas /tes portiqu(es) »
Il faudrait
« J’ai longtemps / habi // sous de vas/tes portiqu(es) »

Dans portiques, il y a trois syllabes en poésie : por ti ques, si le mot était placé devant ruinés, nous aurions effectivement trois syllabes.
C'est la même règle qui s'appliquerait à vastes.
Si le mot est placé en fin de vers, la présence du e muet renvoie l'accent tonique sur la syllabe précédente ti.

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Accents dans un poème

Ok merci tout s'éclaircit

Merci beaucoup !

Accents dans un poème

Ce que je comprends mal, Jean-Luc, c'est pourquoi considérer le e muet comme une syllabe, puisqu'on ne l'entend pas ? A mon sens, portiques n'a que deux syllabes : [p?] et [tik] - donc, je tendrais plutôt à souligner portiques...

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Accents dans un poème

Ben oui mais l'accent tombe sur l'avant dernière syllabe lorsque le mot se termine par un -e muet (suivi ou non par un s du pluriel).... sauf si la règle change pour les mots en fin de vers ?

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Accents dans un poème

Bonjour Ursus,

La difficulté provient de la confusion entre le nombre de syllabes et la position de la syllabe accentuée.
En poésie, portiques a trois syllabes s'il se trouve devant un nom commençant par une consonne comme ruinés par exemple, mais deux s'il est placé en fin de vers ou trois devant un mot commençant par une voyelle, comme anciens (deux s'il était au singulier).

Avec le E muet final, l'accent tonique est toujours reporté sur la syllabe précédente.

L’élision

    * Toute syllabe terminée par un E muet s’élide devant un mot commençant par une voyelle ou un H muet.
      « Non, Madam(e) : il vous aim(e) et je n’en doute plus. » Racine, Andromaque
      « Jamais mensong(e) heureux n’eut un effet si prompt » Racine, Athalie
    * En revanche le E muet qui est élidé dans la langue ordinaire doit être prononcé s’il est suivi d’une consonne. Cette pratique donne au vers limpidité, sonorité et équilibre avec la séquence consonne + voyelle + consonne.
      « C’était l’heure tranquill(e) où les lions vont boir(e). » Hugo, La Légende des siècles
    * Le E muet ne compte jamais à la fin d’un vers.
      « Et les siècles obscurs devant moi se découvr(ent). » Racine, Athalie
    * Le E muet ne compte pas à l’intérieur d’un mot s’il est précédé d’une voyelle.
      Gai(e)té, dévou(e)ment, il pai(e)ra…
    * Il faut que ce E soit effectivement la dernière lettre du mot pour pouvoir être élidé. Ainsi dans le vers suivant de Toulet : « En Arles où sont les Aliscans […] », le E d’Arles ne peut être élidé et l’apparent octosyllabe devient faux.

Accents dans un poème

Je vous remercie pour cette réponse détaillée. En fait, je connais les règles de la métrique classique : c'est plutôt, pour dire le dire en d'autres mots, la concordance graphème / son qui me pose problème.

Si le mot portiques a deux syllabes, que ce soit dans un poème en vers où à l'oral, on le transcrira phonétiquement [p?tik], soit les deux syllabes [p?] et [tik]. Or, souligner portiques ne rend pas compte du fait que le son [k] est intégré à la dernière syllabe, lorsqu'il n'en a que deux (une syllabe ne peut pas être purement consonantique en français). Bien entendu, le problème ne se poserait pas dans un portiques à trois syllabes : [p?] [ti] [k?].

Il me semble donc que le graphème ques correspond à deux sons, selon le nombre de syllabes du mot : [k] ou [k?], et qu'il fait donc partie intégrante de la dernière syllabe lorsque le mot n'en a que deux. S'il ne correspondait qu'au son [k?], ce qui légitimerait de ne souligner que ti, on ne saurait rendre compte du son [k].

Mais peut-être s'agit-il d'une convention ? D'un moyen didactique de faire apprendre l'accentuation dans le vers ?

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Accents dans un poème

Je ne suis pas expert en phonétique.
La diction poétique ne correspond pas à l'expression usuelle.
Pour portique voilà comment je vois les choses dans le cadre strict d'une métrique classique :
Portique ancien  → Por ti / qu(e)an cien
Dans ce cas l'accent tonique est bien reporté sur la syllabe précédente.
Portique en fin de vers → Por ti qu(e) l'accent tonique est sur tique avec montée sur le ti et descente sur le que dont on ne fait pas entendre le e muet qui participe quand même à l'allongement de la syllabe. Dans le cas contraire, on ferait de portique un mot à terminaison masculine.

Attendons de voir si quelqu'un peut nous apporter ses lumières sur ce point.