Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Bonjour à tous,

Je consulte depuis quelques jours La Grammaire méthodique du français.
J'aime assez l'approche mais j'ai un souci avec un passage sur la proposition subordonnée relative.
Peut-être pouvez-vous m'aider ?

Les auteurs estiment que la proposition suivante : "Quelle que soit ma patience,..." est une relative en indiquant que le pronom "que" reprend l'adjectif "Quelle".
Mais "quel" n'est pas - sauf erreur de ma part - un adjectif (quel type d'adjectif, d'ailleurs ?), surtout que je n'en trouve pas trace dans le chapitre sur les adjectifs.

Qu'en pensez-vous ?

Merci.

Feryel

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Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Selon le TLF "quel" est un adjectif interrogatif, exclamatif et indéfini. Nous dirions plutôt déterminant, mais cela change la terminologie sans changer l'analyse radicalement.
Il s'agit là d'un adjectif ou déterminant indéfini.
Je ne suis pas sûr par contre que le "que" soit ici un pronom relatif. Comment son antécédent pourrait-il n'être qu'un adjectif? En règle générale, un antécédent est un nom, un pronom, ou n'existe pas. Il me parait donc préférable d'analyser "que" comme simple conjonction de subordination, accompagnant habituellement le subjonctif.

Que ma patience soit comme ceci ou comme cela, je n'y arriverai jamais.
> Quelle que soit ma patience, je n'y arriverai jamais.

Dans mon analyse, "quelle" serait attribut du sujet "patience", ce qui rattache le mot davantage à la classe des adjectifs qu'à celle des déterminants.

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Un nom ou un adjectif attribut peuvent fort bien être les antécédents d'un pronom relatif :

Les insensés que nous sommes.
Insensés que nous sommes !

Et dans ce cas, que est bien un pronom relatif neutre remplaçant l'attribut
(tout comme le est un pronom personnel neutre remplaçant un attribut :
Insensés, nous le sommes. )

Ici, comme l'analyse Riegel, c'est bien une relative à sens concessif, d'où le subjonctif.
Cela ne transforme pas pour autant que en conjonction.
Quelle que soit ma patience, je n'y arriverai jamais.
Si grande que soit ma patience...

Dans ces relatives concessives signalées par Riegel, l'antécédent peut même parfois être être un adverbe :
Si agréablement qu'elle chante, elle a peu de chance de devenir diva.
Ou un autre pronom relatif (quoi, où) :
Quoi que Pierre fasse, on l'aime bien.
que j'aille, je serai bien reçu
.

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Nous ne devons pas consulter la même version du Tlfi. La mienne à quel indique « QUEL, QUELLE, morph. interr., exclam. ou indéf. », présente les cas où « quel » est pronom, et enfin Quel... que, quel que introduisant des rel. indéterminées au subj., à valeur concessive. L’analyse habituelle est « quel » est indéfini et « que » est relatif.

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

D'accord avec Anne, donc.
Et Denis-Sancier sont du même avis :
quel...que est classé déterminant indéfini, avec cette remarque :

Quel n'assume donc pas ici la fonction d'attribut, mais bien de déterminant du sujet du verbe être. C'est le pronom relatif que, reprenant l'indéfini quel, qui est attribut du sujet.

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Bonjour à tous,

Merci pour vos interventions.

Si "quel" est un déterminant, je me pose toujours deux questions :

- pourquoi les auteurs de la GMF écrivent-ils alors"adjectif" (et non "déterminant") alors qu'ils rejettent cette appellation pour les déterminants (et s'en expliquent dans le chapitre), c'est ce qui me gêne et me fait penser que quelque chose m'échappe ;

- comment un pronom peut-il "représenter" un déterminant (dans l'autre exemple donné par l'ouvrage - "Quelque patient que je sois" -, il s'agit d'un adjectif qualificatif) ? 

Merci.

Cordialement,

Feryel

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Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Anne345 a écrit :

Nous ne devons pas consulter la même version du Tlfi. La mienne à quel indique « QUEL, QUELLE, morph. interr., exclam. ou indéf. », présente les cas où « quel » est pronom, et enfin Quel... que, quel que introduisant des rel. indéterminées au subj., à valeur concessive. L’analyse habituelle est « quel » est indéfini et « que » est relatif.

Le tlf dit bien adjectif, mais pas au tout début :

a) [Quel, adj. interr. + subst. interroge sur l'identité, rarement sur la qualité]

1. [Quel, adj. exclam.: quel + subst.]

C. ? [Quel empl. dans des loc. indéf. où il fonctionne comme adj.]
1. Je ne sais quel, on ne sait quel + subst.

Sinon pour l'analyse du "que" comme relatif, je me rends à l'analyse traditionnelle, si peu satisfaisante qu'elle soit pour moi.

- pourquoi les auteurs de la GMF écrivent-ils alors"adjectif" (et non "déterminant") alors qu'ils rejettent cette appellation pour les déterminants (et s'en expliquent dans le chapitre), c'est ce qui me gêne et me fait penser que quelque chose m'échappe ;

"Quel" ne peut pas être considéré comme un adjectif qualificatif (même si "quel" et "qualificatif" sont de même racine). Mais on peut néanmoins considérer qu'il ne fonctionne pas tout à fait comme un déterminant. En effet, un déterminant ne peut pas être attribut, or cet emploi est possible. Toujours le tlf :

b) [Quel, attribut] On dit qu'il est des routes sur la mer; mais elles ne sont pas tracées, et Bernard ne savait quelle était la sienne (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1208). Jérôme hésite au seuil. ? Julia, il dit, viens voir quel est celui-là qui s'approche dans le chemin? (Giono, Gd troupeau, 1931p. 224)

Mais si d'autres grammairiens rangent "quel" dans la catégorie des "déterminants", c'est une chose parfaitement défendable. Tout dépend de la définition plus ou moins stricte qu'on pose de la notion de "déterminant". Pour le reste, même si la distinction entre "déterminant" et "adjectif" est pertinente, elle n'est pas fondamentale, et il existe des cas limites (dont "quel" fait partie) ;  dire "adjectif" ou "déterminant" ne modifie pas essentiellement l'analyse.

- comment un pronom peut-il "représenter" un déterminant (dans l'autre exemple donné par l'ouvrage - "Quelque patient que je sois" -, il s'agit d'un adjectif qualificatif) ?

Il n'y a aucun déterminant dans cet exemple. "Quelque" n'est pas un adjectif, mais un adverbe, qui s'adjoint à l'adjectif qualificatif "patient". Et le pronom relatif "que" représente l'adjectif, ce qui montre aussi que je me suis avancé trop vite en disant que le relatif ne pouvait pas représenter un adjectif.

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Le tlfi qualifie quel au début morphème puisque il peut être soit pronom, soit adjectif. Mais pas un adjectif qualificatif, un adjectif interrogatif ou un adjectif indéfini. Ce que  l’on appelle plus communément aujourd’hui un déterminant interrogatif ou qualificatif. Et c'est en tant que pronom qu'il est antécédent de que. Un déterminant ne peut pas être antécédent d'un relatif.

Dans « quelque patient que je sois », quelque est bien déterminant (= adjectif indéfini) et non adverbe.  Il n’a pas le sens de « environ ».

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Bonsoir,

Merci pour vos réponses.
Dans ce manuel de grammaire (qui est plutôt une référence solide) les auteurs, à plusieurs reprises, s'indignent du "désordre terminologique". Ecrire rapidement dans une note que l'antécédent "Quel" est un "adjectif" alors que dans le chapitre "Classes grammaticales" on ne trouve pas mention de ce cas particulier, cela paraît un peu léger.
Je cherchais, avant tout, une cohérence dans le système proposé par cette grammaire (que je trouve excellente). Je ne vois toujours pas ce que représente ce "Quel" pour les auteurs. Je vais poursuivre mes recherches...

Concernant le deuxième exemple - « quelque patient que je sois » - quelque est, en effet, un adverbe (= "aussi patient que je sois"). Dans cet exemple, on peut comprendre que le pronom relatif "que" représente l'adjectif qualificatif "patient".

Cordialement,

Feryel

Question sur un passage de la Grammaire méthodique du français

Anne a écrit :
Dans « quelque patient que je sois », quelque est bien déterminant (= adjectif indéfini) et non adverbe.  Il n’a pas le sens de « environ ».

Dans "Quelque patient que je sois", quelque est bien adverbe et non déterminant, comme le disent Lucretius et Feryel.

Le Robert des Difficultés précise que quelque...

est adjectif quand il porte sur un nom (accompagné ou non d'un adjectif) :
Par quelque côté qu'on la prenne... (DURAS)
et adverbe quand il modifie un adjectif ou un adverbe :
Quelque savants qu'ils soient...
Quelque habilement qu'ils s'y soient pris...

Le quelque adverbe n'a le sens de "environ" que lorsqu'il précède un nom de nombre :
Quelque deux cents euros....
Devant un adjectif, il est l'équivalent de "tout" :
Quelque patients qu'ils soient = Tout patients qu'ils soient...

Quant à la nature grammaticale de quel, je suis assez d'accord avec ce qu'en dit Lucretius :

Tout dépend de la définition plus ou moins stricte qu'on pose de la notion de "déterminant". Pour le reste, même si la distinction entre "déterminant" et "adjectif" est pertinente, elle n'est pas fondamentale, et il existe des cas limites (dont "quel" fait partie) ;  dire "adjectif" ou "déterminant" ne modifie pas essentiellement l'analyse.

D'autres cas limites : tel, autre, même...