Littérature classique / contemporaine

Bonjour !

Alors voilà, j'aimerai avoir votre avis concernant ce choix de lecture ...
Classique ? Contemporaine ? Ou bien les deux ? Pourquoi ?

Oeuvres aimées et moins aimées des 2 époques ?

Pour ma part, je ne suis pas très littérature contemporaine, et l'oeuvre qui m'a le plus marqué, c'est Thérèse Raquin de Zola . Exceptionnelle .

Merci ; )

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Littérature classique / contemporaine

Je ne comprends pas trop ton découpage chronologique entre littérature classique et contemporaine. Habituellement, on a plutôt tendance à opposer les XVIIe et XVIIIe siècles d'une part, sous la dénomination de "siècles classiques" et les XIXe, XXe et XXIe pour les siècles "modernes". Mais ces appelations sont assez flottantes : la littérature classique, cela peut aussi renvoyer à l'antiquité, et la littérature moderne englober toute la période allant de la Renaissance à nos jours. Bref, c'est le bazar.

La plupart des lecteurs sont attirés par les XIXe et XXe siècles : cela peut se comprendre, ils correspondent à un usage de la langue plus conforme au nôtre, c'est sur eux que portent la grande majorité des thèses actuelles. Pour ma part, j'ai un faible pour le XVIIIe siècle, ce qui ne m'empêche pas de lire des auteurs plus modernes et d'y prendre un grand plaisir. Il n'y a pas d'incompatibilité majeure : se restreindre à une seule période est un peu dommage.

Littérature classique / contemporaine

Est ce qu'on peut dire que dans la littérature classique, le langage est moins directe ? Dans les Liaisons dangereuses par exemple.

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Littérature classique / contemporaine

Qu'appelles-tu langage "moins direct" ?

J'ai tendance à lire davantage de littérature "classique", mais il faudrait encore réussir à déterminer où elle s'arrête. Pour la litté contemporaine, si tu parles des romans des années 80 jusqu'à nos jours, alors j'en lis moins. Mais je lis pas mal de livres de la première moitié du XXème. Voilà, c'est très clair comme ça .

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Blumroch a écrit :

La plupart des lecteurs sont attirés par les XIXe et XXe siècles : cela peut se comprendre, ils correspondent à un usage de la langue plus conforme au nôtre,

...et la passion de la langue (ou des langues) peut au contraire susciter la curiosité ou le goût d'une littérature plus ancienne...

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Littérature classique / contemporaine

Tout à fait, c'est mon cas.

Cette idée d'une littérature classique qui serait "moins directe" est intéressante : comment expliquer dès lors que l'écrivain français jugé presque unanimement comme le plus corrosif et le plus dangereux qui n'ait jamais existé, à savoir le marquis de Sade, puisse s'exprimer dans une langue parfaitement classique ? Comment expliquer que Voltaire, l'un des philosophes des Lumières les plus extrêmes et les plus engagés soit dans le même temps d'un conservatisme absolu pour tout ce qui à trait au langage ? Voilà qui pose problème, et un problème fascinant de surcroît.

On pourrait hasarder une explication, mais il n'y a pas de réponse miracle. Le XVIe siècle est déchiré par les guerres de religion. Ces guerres sont un véritable traumatisme qui va traverser le XVIIe et le XVIIIe siècles : on se met alors à rêver une langue pour effacer ce que le monde a de violence et d'horreur, une langue pour pacifier, pour réconcilier. Cette langue - à mille lieux de celle qui pouvait être parlée au Moyen Âge, tout entière dans l'invention et la saturation - c'est la langue classique, avec ses euphémismes et ses périphrases, son goût de la perfection esthétique et de la clarté, de la sobriété, du mot "pur", quitte à verser dans un "excès" dont Molière se moque lui-même dans ses Précieuses ridicules.

Bien. Il ne faut pourtant pas être naïf : ce n'est pas parce que le mot est tu que la chose est anéantie. Au fantasme du mot "pur" répond le fantasme plus angoissant mais aussi plus stimulant du mot "interdit" : ce mot autour duquel on tourne sans jamais aller jusqu'à l'exprimer, ce mot qui par son silence même dit infiniment plus que s'il était prononcé, ce mot qui en vient à nous obséder. La langue classique poursuit un idéal de "suggestion" et non de "définition". La langue classique rejette le lecteur naïf : c'est une langue paranoïaque.

Par certains côtés, il me semble que la langue moderne n'en a pas tout à fait fini avec ce principe de suggestion. Il se trouve qu'en ce moment, je travaille alternativement sur le Cardinal de Retz (un mémorialiste du XVIIe siècle) et sur le comique Jean-Marie Bigard. Le rapport ne va pas forcément de soi, et pourtant. Il y a dans notre rage de tout dire, d'appuyer là où ça fait mal, quelque chose qui, paradoxalement, tient de la pudeur. Un exemple : nous somme dans l'ère de la "libération sexuelle", en avons-nous pourtant fini avec le tabou de la sexualité ? A voir la rage avec laquelle les médias et les comiques en tout genre s'emparent du sujet, on aurait envie de dire que non. Qu'il faut encore que cela nous choque pour que nous éprouvions à ce point le besoin d'en parler. Notre siècle a un petit côté m'as-tu-vu : il aime exposer les choses qui le dérangent en faisant mine d'y être tout à fait indifférent. Nous prônons une langue "blanche", c'est-à-dire une langue qui s'efforcerait de dire les choses telles qu'elles sont, mais la vérité c'est que notre langue est littéralement saturée de précautions oratoires, de détours, de figures de substitution, et que notre grossièreté même peut avoir quelque chose d'un euphémisme.

Pour ceux que ça pourrait intéresser, je vous cite un petit bout de mon étude stylistique sur Bigard :

Le propre du vulgaire est de draper l'objet tabou de couleurs drôles et criardes qui le dédramatisent. Il évacue purement et simplement, sous le prétexte trompeur de vouloir tout dire, un référent jugé choquant pour n'en garder qu'une image stylisée, domptée par le jeu verbal, c'est-à-dire atténuée. Son fonctionnement est l'exact opposé de la litote : il ne s'agit plus de dire le moins pour sous-entendre le plus, mais au contraire de dire le plus pour suggérer le moins possible. C'est ce que n'a pas compris Georges Kiejman lorsque, à l'occasion d'un discours à l'Assemblée nationale, il transcrit le titre explicite de l'un de sketch de Bigard - les "enculés de gauche et les enculés de droite" - en "les sodomisés de gauche et les sodomisés de droite", substituant la réalité cru et mécanique de l'acte à la virtualité merveilleuse dans lequel l'enserrait le langage truculent et résolument populaire de l'humoriste. Les "bites" et les "couilles" s'épanouissent dans un univers discursif en marge du réel.

Littérature classique / contemporaine

Effectivement, je parle de la littérature contemporaine à partie des années 80.

Ce que j'appelle langage "directe" ( classique ) se traduit pour moi dans une sorte de retenue. Dans Les Liaisons Dangereuses jamais le mot "faire l'amour" ou autres termes concernant directement la sexualité n'est mentionnés ( sauf oublis/erreurs de ma part ) . Il y a une sorte de retenue pour l'écrivain, et pour lecteur. Le lecteur sait, mais ne lis pas au sens direct. Les images sont souvent présentes, pour justement masquer ces mots qui peuvent choquer. Cependant, nous, lecteurs, nous somme curieux et trouvons dommage (pour moi) de ne pas Oser d'écrire ces mots qui sont digne de ne pas être respectables. Maintenant, cette retenue est estompée: la preuve,; les gros mots vont de soi et les termes qui autrefois choquaient ne sont plus.

Blumroch, ce que tu dis m'est intéressant, et je le relirais, car je ne comprend pas encore tout ...

Littérature classique / contemporaine

Ce n'est pas une retenue, c'est une convention. Un jeu entre libertins... qui s'amusent avec les mots autant qu'avec les réalités dont ils rendent compte (cf. Valmont qui s'ennuie car la Présidente est indisposée, par nature). Il ne s'agit en aucun cas de ne pas choquer... L'ensemble du roman le démontre assez amplement.

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Ils jouent un jeu c'est ça ?

Je pensais à une retenue ...

Quels romans a cette idée de retenue ?

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Je trouve les remarques de Blumroch tout à fait pertinentes.

En réalité, la langue classique est l'esprit de salon, un intermédiaire qui se situe entre le sublime et le vulgaire. On la doit à Marivaux, en particulier. L'idée sous-jacente est de percer les grands mystères de notre nature par le biais d'un langage faussement superficiel. C'est le rococo, un mélange entre l'exaltation du baroque et la rigueur classique. (C'est mon intuition, mais je ne pense pas être le seul à l'avoir, j'en ferai une thèse).

La rigueur classique du 17e se présente surtout par le biais du théâtre tragique. Là, ce sont la gravité, la volonté d'imiter les Anciens certes mais d'opérer une imitation créatrice à la manière de Racine. Molière, déjà, se moque de l'esprit de salon, l'esprit classique en réalité, bien français.

Ce esprit de conversation est en réalité le plus beau de notre langue, je pense. Il feint d'être léger pour exposer de grandes vérités. Les comédies de Marivaux sont bien plus lucides sur la nature humaine que le "grand" théâtre de Voltaire...

C'est la raison pour laquelle, il me semble, Bigard qui n'hésite pas à accentuer là où ça fait mal, sans détours, est en réalité un profond conservateur, bien plus que les comédies de Marivaux ou les romans de Crébillon qui feignent de porter un masque, de tourner autour de "l'interdit" pour mieux en révéler la complexité et les mécanismes. Il me semble qu'il a aussi joué du Molière... La parenté ne me paraît pas outrancière... d'un point de vue idéologique.