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Les plus beaux textes de la littérature française

Une fervente amatrice même    Oui , et j'aime beaucoup Ballade chlorotique également. 

Elle marchait sur eux, les étreignait de ses petits bras et collait furieusement ses lèvres contre leur bouche. Ils haletaient et frissonnaient de tout leur corps ; hors d'haleine, éperdus, hurlant de douleur, ils se tordaient sous le vent de son baiser comme des herbes sous le souffle d'un orage.

Tant qu'on y est, je n'oublierai pas ce petit morceau de L'Extase.

J'étais assis près de ma bien-aimée, oh ! bien près ! Je serrais ses mains, j'aspirais la tiède senteur de son cou, le souffle enivrant de sa bouche, je me serrais contre son épaule, j'avais envie de pleurer ; l'extase me tenait palpitant, éperdu, mon âme volait à tire d'aile sur la mer de l'infini.

Mais l'extrait de Rococo japonais que tu as cité est le meilleur, tu l'emportes ! 

Les plus beaux textes de la littérature française

Pomcassis a écrit :

Entièrement d'accord avec J'ai tant rêvé de toi de Desnos.

Mais par contre, désolée de chipoter, mais j'en ai deux exemplaires sous les yeux, je me demande donc pourquoi ne pas avoir respecté la mise en page ?

C'est :

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

et non :

J'ai tant rêvé de toi
que tu perds ta réalité.

etc.

De même il n'y a pas de saut de ligne, pas de strophe.


Je ne comprends absolument pas ce qui s'est passé!!!

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Les plus beaux textes de la littérature française

Je trouve ce poème de Baudelaire sublime :

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !


Et celui-ci de Victor Hugo m'a beaucoup émue :

L'enfant
"Ô horror ! horror ! horror !",
W. Shakespeare, Macbeth
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l'onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tète blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

Victor Hugo, Les Orientales, 1829

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Les plus beaux textes de la littérature française

Pour ma part je suis transcendé par la beauté de la Tirade du "Bon appétit" (Acte III, Scène 2) de Ruy Blas, Dans Ruy Blas de Victor HUGO :

"Bon appétit messieurs !
Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux !
Voilà votre façon de servir ? Serviteurs qui pillez la maison[...]"

Je ne vais pas la retranscrire par manque de courage mais cette tirade, certes un peu longue, et d'un dramatisme incroyable, et peu de comédiens actuels seraient apte à la jouer sans fautes, dans son intégralité ! Ce serait un bon exercice pour différencier les bon des mauvais comédiens...

Les plus beaux textes de la littérature française

"Le Lac" de Lamartine reste mon poème préféré ...


Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

"Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

"Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

"Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

"Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons !"

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !


J'en ai les larmes aux yeux à chaque fois que je le lis ...

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Le texte fondateur du "mouvement" des Décadents :

                  Langueur

                         A Georges Courteline

Je suis l'empire à la fin de la décadence,
Qui regarde passer les grands Barbares blancs
En composant des acrostiches indolents
D'un style d'or où la langueur du soleil danse.

L'âme seulette a mal au coeur d'un ennui dense.
Là-bas on dit qu'il est de longs combats sanglants.
Ô n'y pouvoir, étant si faible aux voeux si lents,
Ô n'y vouloir fleurir un peu cette existence!

Ô n'y vouloir ô n'y pouvoir mourir un peu!
Ah! tout est bu! Bathylle, as-tu fini de rire?
Ah! tout est bu, tout est mangé! Plus rien à dire!

Seul, un poème un peu niais qu'on jette au feu,
Seul, un esclave un peu coureur qui vous néglige,
Seul, un ennui d'on ne sait quoi qui vous afflige!

                 Paul Verlaine, A la manière de plusieurs.

Les plus beaux textes de la littérature française

Et l'unique cordeau des trompettes marines

 

Les plus beaux textes de la littérature française

BALLADE DES FEMMES DE PARIS

Quoy qu'on tient belles langagieres
Florentines, Veniciennes,
Assez pour estre messagieres,
Et mesmenent les anciennes;
Mais, soient Lombardes, Rommaines,
Genevoises, a mes perilz,
Pimontoises, Savoisiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

De tres beau parler tiennent chaieres,
Ce dit-on, les Neapolitaines,
Et sont tres bonnes caquetieres
Allemandes et Pruciennes,
Soient Grecques, Egipciennes,
De Hongrie ou d'autre pays,
Espaignolles ou Cathelennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

Brettes, Suysses, n'y sçavent guieres,
Gasconnes, n'aussi Toulousaines :
De Petit Pont deux harengieres
Les concluront, et les Lorraines,
Engloises et Calaisiennes,
(Ay-je beaucoup de lieux compris?)
Picardes de Valenciennes;
Il n'est bon bec que de Paris.

Prince, aux dames Parisiennes
De beau parler donnez le pris;
Quoy qu'on die d'Italiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

                       François Villon.

Les plus beaux textes de la littérature française

Ne serait-ce pas plutôt :
Quoy qu'on en die d'Italiennes... ?
Le e de di-e compte pour une syllabe.

Les plus beaux textes de la littérature française

Bien sûr, mais tu sais, je connais un peu les lois de la versification! C'est un "lapsus calami", qui explique comment il se fait que les textes anciens nous parviennent avec tant de variantes!!!
Tiens, Jehan, pour ma peine et parce que je crois que tu aimes Brassens, voici :

      Le moyenâgeux

Le seul reproche au demeurant
Qu'aient pu mériter mes parents
C'est d'avoir pas joué plus tôt
Le jeu de la bête à deux dos
Je suis né même pas bâtard
Avec cinq siècles de retard
Pardonnez-moi! Prince si je
Suis foutrement moyenâgeux

Ah que n'ai-je vécu bon sang
Entre quatorze et quize cent
J'aurais retrouvé mes copains
Au trou de la pomme de pin
Tous les beaux parleurs de jargon
Tous les promis de Montfaucon
Les plus illustres seigneuries
Du royaume de truanderie

Après une franche repue
J'eusse aimé toute honte bue
Aller courir le cotillon
Sous les pas de François Villon
Troussant la gueuse et la forçant
Au cimetièr' des Innocents
Mes amours de ce siècle ci
N'en aient aucune jalousie

J'eusse aimé le corps féminin
Des nonnettes et des nonnains
Qui dans ces jolis temps bénis
Ne disaient pas toujours nenni
Qui faisaient le mur du couvent
Qui, Dieu leur pardonne souvent,
Comptaient les baisers s'il vous plaît
Avec des grains de chapelet

Ces p'tit's soeurs trouvant qu'à leur goût
Quatre évangiles c'est pas beaucoup
Sacrifiaient à un de plus
L'évangile selon Vénus
Témoin l'abbesse de Pourras
Qui fut, qui reste et restera
La plus glorieuse putain
De moine du Quartier latin

A la fin les anges du guet
M'auraient conduit sur le gibet
Je serais mort les jambes en l'air
Sur la veuve patibulaire
En arrosant la mandragore
L'herbe aux pendus qui revigore
En bénissant avec les pieds
Les ribaudes apitoyées

Hélas tout ça c'est des chansons
Il faut se faire une raison
Les choux-fleurs poussent à présent
Sur le charnier des Innocents
Le trou de la pomme de pin
N'est plus qu'un bar américain
Y a quelque chose de pourri
Au royaume de truanderie

Je mourrai pas à Montfaucon
Mais dans un lit comme un vrai con
Je mourrai pas même pendard
Avec cinq siècles de retard
Ma dernière parole soit
Quelques vers de Maître François
Et que j'emporte entre les dents
Un flocon des neiges d'antan

Ma dernière parole soit
Quelques vers de Maître François

Pardonnez-moi, Prince si je
Suis foutrement moyenâgeux.