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Les plus beaux textes de la littérature française

Soyons francs : il vaut mieux relire nos grands anciens que de se taper à longueur de journée à la radio la énième rediffusion du Temps des cathédrales

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Les plus beaux textes de la littérature française

« Ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir et que pourtant elle m’eût dédiée ; et le soleil menacé par un nuage mais dardant encore de toute sa force sur la place et dans la sacristie, donnait une carnation de géranium aux tapis rouges qu’on y avait étendus par terre pour la solennité, et sur lesquels s’avançait en souriant Mme de Guermantes, et ajoutait à leur lainage un velouté rose, un épiderme de lumière, cette sorte de tendresse, de sérieuse douceur dans la pompe et dans la joie qui caractérisent certaines pages de Lohengrin, certaines peintures de Carpaccio, et qui font comprendre que Baudelaire ait pu appliquer au son de la trompette l’épithète de délicieux. »

Proust, À la recherche du temps perdu, Pl. (2e éd.) t. I, pp. 175-176.

La fin de ce passage fait d'ailleurs référence à cette strophe de Baudelaire (Les Fleurs du mal, LXXXVIII)

Le son de la trompette est si délicieux,
Dans ces soirs solennels de célestes vendanges,
Qu’il s’infiltre comme une extase dans tous ceux
Dont elle chante les louanges.

(Quelle belle façon d'évoquer l'Apocalypse )