Baudelaire, Allégorie

Vous n'avez pas fait attention à ce que Jean-Luc vous a laissé entendre dans ses dernières lignes.

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Baudelaire, Allégorie

Arsenalfc a écrit :

Merci à vous pour vos réponses !

Fandixhuit, ce poème représente donc la grandeur de cette prostituée. Ce n'est donc pas un poème sur le péché de la luxure?

Non, la luxure n'est pas un péché pour lui, pas ici en tout cas.

Ceci dit, Baudelaire était très ambivalent, partagé entre son désir de "choquer le bourgeois" (avec ce poème par exemple) et un sens aigu du "mal", du "péché", etc.

Dans le poème "Femmes damnées" (tu le trouveras sur le net), il dit dans la dernière strophe :

"Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d'amour dont vos grands cœurs sont pleins."

=> Il se considère comme leur frère, s'identifie à elles.

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Baudelaire, Allégorie

En effet Baudelaire est un révolté qui s'accomplit dans la transgression.
Son désir d'infini peut prendre des formes surprenantes.
A noter aussi sa fraternité avec les vaincus.

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Baudelaire, Allégorie

Un grand merci ! J'ai saisi le poème grâce à vos réponses.

Je suis également entrain d'étudier l'oeuvre de Baudelaire A une madone. D'après mes informations, le poète a écrit cette oeuvre lors du départ de son amante, Marie Daubrun, avec Banville.

Pourriez-vous me donner plus d'éclaircissements sur ce poème, je ne comprends pas pourquoi c'est un poème qui parle de l'envie, de la jalousie..

15 (Modifié par floreale 22/03/2015 à 18:01)

Baudelaire, Allégorie

A une Madone

Ex-voto dans le goût espagnol

Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t'admire,
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.

Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant,
Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !

Ex-voto dans le goût espagnol

Un tableau de madone composite.

Une statuette sur laquelle le poète exerce sa vengeance.

Mélange de souffrance subie et infligée.