Être libre, c’est être informé

Bonjour,

Je recherche votre avis (remarques, critiques, commentaires) sur ma composition française. Je vous prie de bien vouloir me montrer les points à améliorer et vous remercie pour le temps que vous prendrez à lire une si longue composition.

Sujet : Que pensez-vous de cette réflexion d’Alfred Sauvy : "Etre libre c’est être informé"


C’est à la fois le sociologue et le journaliste qui parle quand Alfred Sauvy dit : « Etre libre c’est être informé ». En effet, Alfred Sauvy (1898-1990) est un économiste, démographe et sociologue français qui a fréquenté les milieux de la presse, notamment en collaborant activement à L’Express, un magazine hebdomadaire français, et en poursuivant jusqu'à un âge avancé une carrière de journaliste au Monde et à L'Expansion.  Soucieux aussi d'informer le grand public, il envisage un bulletin mensuel d'information de l'INED (L'Institut national d'études démographiques), Population & Sociétés, mis en place en 1968.
Mais, que signifie au juste « Etre libre c’est être informé » ? Et, tout d’abord, que veut dire « être libre » ? Ici, il ne s’agit pas d’avoir du temps libre, comme dans l’expression : « Ce soir, je suis libre, je vais aller voir un film au cinéma ». Il ne s’agit pas non plus d’être hors des murs d’une prison, comme on dit : « L’ancien prisonnier est libre, il est sorti de prison il y a deux jours ». Ni non plus, bien sûr,  de ne pas avoir pris des engagements familiaux, comme dans : « Il n’est pas marié, il est libre ». Ici, il s’agit bien plutôt d’une liberté mentale, intellectuelle, spirituelle, qui serait, selon Alfred Sauvy, une conséquence directe du fait d’être informé, c’est-à-dire de savoir ce qui se passe dans notre société en particulier et dans le monde entier en général. De même, interrogeons-nous aussi sur le sens d’ « être informé ». De quelles informations s’agit-il ? Il s’agit de toute connaissance, transmise soit par les medias (le journal, la radio, la télévision, internet), soit par l’école, l’université, la formation professionnelle ou toute autre forme d’éducation ou d’enseignement, soit par l’art et les formes qu’il peut prendre (théâtre, littérature, cinéma, etc.). Ainsi, être informé, c’est avoir accès à la connaissance universelle dans  tous les domaines : l’histoire, la médecine, les nouvelles technologies…le champ d’étude est, à n’en pas douter, immense.

Etre libre, d’accord, mais de quoi, précisément ? Libre de penser, de juger, de critiquer ? Libre de choisir ? Libre de prendre des décisions et d’agir ? Etre libre, d’accord, mais partout ?...et pour combien de temps ?... cette liberté est-elle permanente ou est-elle seulement provisoire ?
La liberté existe-t-elle vraiment, est-il possible d’être libre ? Qu’est-ce qui rend véritablement libre ?

Et comment savoir si l’information qu’on nous donne est vraie ? Que faut-il faire pour être « bien » informé et pour continuer d’être bien informé ?
Est-il vrai que libre = informé ? Ne peut-on pas être à la fois libre et non informé ? Ne peut-on pas être à la fois informé et non libre ? Et si on nous met en prison uniquement parce qu’on sait quelque chose ? Ne serait-il pas plus exact de dire qu’ « être libre c’est savoir analyser les informations que l’on reçoit » ? Dans ce cas, peut-on apprendre à être libre, c’est-à-dire à comprendre, et comment ? Est-ce que toutes les informations rendent libre ?

Dans un premier temps, nous envisagerons d’adhérer à la pensée d’Alfred Sauvy, qui était un grand intellectuel.
Ensuite, nous verrons s’il existe des points discutables de cette pensée, et comment nous pourrions la remettre en question et la critiquer.
Enfin, nous essayerons de réconcilier le pour et le contre à l’aide d’une simple nuance apportée de la réflexion initiale.


Alors, être libre, oui, mais de quoi, précisément ? Et bien, au moins de l’ignorance.  Aujourd’hui, en décembre 2009, tout le monde parle de la grippe A (H1N1) de 2009. Mais, est-ce que tout le monde se demande si oui ou non on sait vraiment ce que c’est, si oui ou non on est vraiment bien informé ? Si, au moins, on se pose la question, alors il devient possible de commencer à chercher une, ou plutôt, des réponses. Et où, donc, chercher des réponses ? Les possibilités sont nombreuses : dans l’encyclopédie Wikipedia, sur le site de l’INVS (L’Institut de Veille Sanitaire),  sur le site de l’Afsset (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail), sur celui de l’OMS (L’Organisation Mondiale de la Santé), pour n’en citer que quelques-unes. Là, on peut y apprendre, par exemple, que seuls les masques de type FFP2 ou FFP3 (Les masques FFP = Filtering Facepiece particles, pièce faciale filtrante contre les particules) sont suffisamment efficaces contre le virus de la grippe A.

Du coup, cette connaissance m’offre une autre liberté : celle de choisir mon masque, celle de ne pas acheter n’importe quel masque vendu sur le marché. En effet, beaucoup de personnes pensent que tous les masques sont efficaces contre la grippe A, à commencer, peut-être, par les vendeurs eux-mêmes. Mais le fait est qu’ils se trompent et trompent aussi leurs clients. Etre véritablement informé nous donne le pouvoir de nous libérer des chaines du mensonge publicitaire et de l’escroquerie commerciale.

Par ailleurs, si nous sommes bien informés sur cette maladie, nous pouvons agir en conséquence. Tout d’abord, nous pouvons agir au niveau de la prévention, car lorsqu’on connait le mode de transmission du virus (par voie aérienne - toux, éternuement, postillons - , mais également par les mains et les objets contaminés, mais pas par la digestion des aliments), alors on peut continuer à aller manger dans les restaurants, à condition de bien se laver les mains avec du savon - et régulièrement - , et de se couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir en papier jetable quand on tousse ou qu’on éternue. De plus, nous pouvons agir au niveau du traitement, nous pouvons savoir comment se soigner. Libre d’agir, et ne pas rester là, sans savoir quoi faire, sans pouvoir réagir.



Cependant, comment savoir si l’information qu’on nous donne est vraie ? On se souvient de quelques procès de la désinformation. D’abord, entre septembre 2000 et mai 2008, c’est l'affaire Mohammed al-Durah : la diffusion d'un reportage de France 2 et Charles Enderlin sur la mort d'un enfant palestinien de 12 ans, Mohammed al-Durah, tué par balles alors que son père tentait de le protéger, lors d'échanges de tirs entre les Forces de sécurité palestiniennes et l'armée israélienne, au début de la seconde Intifada, engendre une polémique qui va de la contestation de la provenance des balles jusqu’à la remise en cause de l'authenticité du reportage. En France, ces controverses ont principalement été portées par Gérard Huber et Philippe Karsenty qui ont qualifié le reportage de France 2 de « mise en scène ». On se rappelle du premier choc provoqué par ce reportage tragique, suivi du second choc, non moindre, d’apprendre qu’on a été manipulés par les médias. Ensuite, au Maroc, en juillet 2008, c’est Hassan Rachidi, le directeur d’Al Jazeera à Rabat, et Ibrahim Sebaâ El Layl, président du Centre Marocain pour les Droits de l'Homme, qui ont été condamnés chacun à une amende de 50 000 dirhams pour leurs déclarations sur les événements de Sidi Ifni, accusés de « diffusion de fausses informations et de complicité » par le gouvernement marocain. En effet, la chaine Al Jazeera avait diffusé une information selon laquelle entre six et dix personnes avaient été tuées lors des manifestations organisées le 7 juin dans la ville de Sidi Ifni. Alors, qui a raison et qui a tort ? Est-ce le gouvernement qui ment pour dissimuler des meurtres et des viols commis par plus de 3000 policiers lors d’un conflit opposant le gouvernement et la population de Sidi Ifni sur fond de chômage et de promesses non tenues, bâillonnant la liberté d'expression et de la presse ? Ou bien, est-ce les journalistes qui mentent ?

Et c’est ainsi qu’après avoir été informé, notre esprit est dans une parfaite confusion. Soit parce que l’information est volontairement imprécise voire fausse, soit parce que nous ne comprenons pas l’information que l’on reçoit, soit parce que « trop d’informations tue l’information ».  Car effectivement, nous sommes littéralement submerger par un océan de stimuli.  Nous sommes saturés, et cette saturation nous empêche de réfléchir et d’avoir l’esprit critique. Alors, que faut-il faire pour être « bien » informé et pour continuer d’être bien informé ?



Alfred Sauvy nous propose l’équation suivante : libre = informé. Mais, d’une part, ne peut-on pas être à la fois libre et non informé ? Et, d’autre part, ne peut-on pas être à la fois informé et non libre, car si, justement,  on nous met en prison uniquement parce qu’on sait quelque chose ? Dans les deux cas, la réponse est positive. Premièrement, l’ignorance est un bon alibi de l’inconscience. L'alibi est ce qui est nécessaire au supposé coupable pour être disculpé, pour prouver son innocence, et jouir de son entière liberté. Et l’inconscience, c’est l’état de celui qui agit sans comprendre la gravité de ses actes : « Sa légèreté frise l'inconscience ». Si l'inconscience, l’absence de jugement, est une faute morale, on l'excuse en faisant appel à l'ignorance, auquel cas elle est un excellent alibi. Cependant, qu'en est-il alors de la responsabilité, peut-on accepter cette hypothèse sans réserve, sans porter atteinte à la vie morale elle-même ? En d’autres termes, est-on libre de faire ce que bon nous semble juste parce que notre inconscience découle de notre ignorance ? Pour les inconscients, voire les « inconsciencieux », oui justement. Deuxièmement, on connait le cas d’hommes et de femmes emprisonnés parce qu’ils en savaient trop. Le général Héliodore Pika a été emprisonné dans la prison de Plzen (République tchèque) puis assassiné en juin 1949 parce qu’il en savait trop sur le réseau des camps du goulag soviétiques. Plus proche de nous, on se souvient de Daniel Pearl, ce journaliste qui enquêtait sur Richard Reid arrêté puis condamné pour avoir voulu faire sauter un avion avec une bombe dissimulée dans ses chaussures. Daniel Pearl a été capturé puis assassiné en 2002 à Karachi (Pakistan). Privé de liberté et mort parce qu’il cherchait à savoir et à faire savoir. Ainsi, l’Histoire et l’Actualité se font écho pour nous démontrer qu’être informé - ou cherché à l’être -  jusqu’à en perdre sa liberté voire sa vie est aussi une réalité de notre monde.

De plus, nous pouvons être informés et non libres dans le sens où même si nous sommes informés, nous ne comprenons pas ce monde parce que nous ne savons pas traiter les informations. Ne serait-il pas plus exact, alors, de dire, comme Voltaire, que « Pour être libre, il faut être informé », dans le sens qu’ « être libre c’est pouvoir construire son opinion en savant analyser les informations que l’on reçoit » ? Autrement dit, ne serait-il pas plus exact de dire qu’ « Etre libre c’est être informé, mais non pas passivement comme à la manière d’un brainwashing » ?



Personnellement, je pense qu’il est très difficile d’être véritablement bien informé, car il y a toujours un contradicteur pour jeter le trouble sur un état de connaissance. En particulier en ce qui concerne la diététique, où tout et n’importe quoi se dit et se dédit, où les études contradictoires et les controverses vont bon train et n’empêchent pas, voire nourrissent, les idées reçues. Par exemple, les uns diront qu’il est indispensable pour une bonne santé de boire au moins un litre et demi d’eau par jour, les autres diront que c’est dangereux de se forcer à boire et que l’eau contenue dans les aliments est suffisante pour ne boire que lorsqu’on a soif. D’autres enfin diront que boire uniquement quand on a soif, c’est déjà trop tard, car la soif est un symptôme de déshydratation commencée. Enfin bref, on tourne en rond, et il est devenu très compliqué de se désaltérer et de s’alimenter ! Il est devenu très difficile, dans nos sociétés complexes, d’alimenter notre esprit dans le discernement clair et net du vrai du faux. Alors, sans vouloir tomber dans la paranoïa, je pense que la meilleure attitude est de rester dans le questionnement, dans la remise en cause constante de ce que l’on voit et entend, et de douter, aussi, parfois, de ce que l’on comprend ou croit avoir compris des choses qui nous entourent. « Le doute est un hommage rendu à l’espoir », a dit Lautréamont. Notre époque n’est-elle pas, après tout, un formidable terreau propice à stimuler la pensée, la réflexion, l’intelligence ?
Les nouvelles technologies nous propulsent constamment en avant,  ouvrant des portes insoupçonnées jusqu’alors et soulèvant de nouvelles questions, comme par exemple : Doit-on limiter la liberté qu’offre le P2P (the peer-to-peer) dans le partage de l’information ?Bonjour,
N’attendez pas des membres qu’ils corrigent une rédaction envoyée sur le forum. Seule une aide ponctuelle peut vous être apportée. C’est pourquoi l’envoi d’un devoir trop élaboré n’est ni souhaitable, ni souhaité.

Être libre, c’est être informé

J'ai lu votre introduction 
L'ensemble est très bien.
Trois petites remarques néanmoins :
- au niveau de la langue : il faut changer le verbe dans la phrase "il envisage un bulletin mensuel d'information de l'INED", on ne voit pas ce que vous voulez dire.
- il y a trop de questions dans votre problématique. Centrez-vous sur le sujet. Vous demandez "Qu'est-ce qui rend libre?" Eh bien, Sauvy y répond : être informé.
- enfin, dans l'énoncé de votre plan, soyez plus précis sur la 3ème partie. Ne dites pas que vous essayez de "réconcilier le pour et le contre", cela donne l'impression d'une réponse à la normande "p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non", et on pourrait croire que vous n'avez pas d'avis. Dites donc clairement l'idée que vous allez défendre dans cette 3ème partie : inutile de garder le suspense, même si c'est tentant!

Autre remarque : vous consacrez tout un paragraphe à l'idée qu'on peut être emprisonné, donc perdre sa liberté, parce qu'on a été informé. C'est un sens de "liberté" que vous avez explicitement exclu en introduction. Il faut donc suivre votre développement sur le sens du mot "libre" que vous avez retenu, à savoir la liberté intellectuelle.

Être libre, c’est être informé

Bonjour Trialph,

Je vous remercie beaucoup pour votre aide précieuse. Toutes vos remarques sont très pertinentes. J'aurais  voulu, avec grand plaisir, envoyé la version améliorée par vos soins sur le forum. Mais, Muriel me le permettra-elle ? J’espère qu’elle lira ma question, j’attends son feu vert…

Encore mille merci.

Être libre, c’est être informé

Les remarques sur la difficulté qu'il y a à être informé sont un peu à côté du sujet: qu'il soit possible ou pas d'être bien informé ne change pas la question.
Par contre il manque une partie du sujet: informé de quoi, pourquoi, en rapport avec quoi ? Il ne vous importe pas de savoir le temps qu'il fait à Shanghai. Cela n'a aucun rapport avec votre liberté. Par contre, pour choisir librement une orientation professionnelle, il faudrait être beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux informé qui'l n'est possible de l'être.

Être libre, c’est être informé

@keTU
Bonjour,

Ta correction t'honore. Fais-le, mais conserve à l'esprit le risque de plagiat ou autre. Engage-toi aussi à ne pas effacer tes messages après obtention de l'aide.

Bonne journée,

Muriel

Être libre, c’est être informé

Bonjour Putakli,

A Shanghai, non, mais pas si loin, à Harbin, oui, car aujourd’hui il y fait moins 25 degrés, et je vous assure que par un temps pareil, on n’est pas libre de faire tout ce qu’on veut quand on le veut !

Merci pour vos remarques.Merci Muriel de me donner votre aval. Ma composition étant loin d’être parfaite, le risque de plagiat devrait être plutôt réduit. Par contre, si, d’une manière ou d’une autre, ça peut aider quelqu’un, je partage mon travail de bon coeur. Et je m’engage à ne pas effacer mes messages après obtention de l’aide. Voici donc la version améliorée en ayant tenu compte des remarques de Trialph qui m’a aidée à y voir plus clair :

Que pensez-vous de cette réflexion d’Alfred Sauvy : "Etre libre c’est être informé"


C’est à la fois le sociologue et le journaliste qui parle quand Alfred Sauvy dit : « Etre libre c’est être informé ». En effet, Alfred Sauvy (1898-1990) est un économiste, démographe et sociologue français qui a fréquenté les milieux de la presse, notamment en collaborant activement à L’Express, un magazine hebdomadaire français, et en poursuivant jusqu'à un âge avancé une carrière de journaliste au Monde et à L'Expansion.  Soucieux aussi d'informer le grand public, il propose le lancement d’un bulletin mensuel d'information de l'INED (L'Institut national d'études démographiques), Population & Sociétés, mis en place en 1968 par son successeur.
Mais, que signifie au juste « Etre libre c’est être informé » ? Et, tout d’abord, que veut dire « être libre » ? Ici, il ne s’agit pas d’avoir du temps libre, comme dans l’expression : « Ce soir, je suis libre, je vais aller voir un film au cinéma ». Ni non plus, bien sûr,  de ne pas avoir pris des engagements familiaux, comme dans : « Il n’est pas marié, il est libre ». Ici, il s’agit bien plutôt d’une liberté mentale, intellectuelle, spirituelle, qui serait, selon Alfred Sauvy, une conséquence directe du fait d’être informé, c’est-à-dire de savoir ce qui se passe dans notre société en particulier et dans le monde entier en général. De même, interrogeons-nous aussi sur le sens d’ « être informé ». De quelles informations s’agit-il ? Il s’agit de toute connaissance, transmise soit par les medias (le journal, la radio, la télévision, internet), soit par l’école, l’université, la formation professionnelle ou toute autre forme d’éducation ou d’enseignement, soit par l’art et les formes qu’il peut prendre (théâtre, littérature, cinéma, etc.). Ainsi, être informé, c’est avoir accès à la connaissance universelle dans  tous les domaines : l’histoire, la médecine, les nouvelles technologies…le champ d’étude est, à n’en pas douter, immense.


Etre libre, d’accord, mais de quoi, précisément ? Libre de penser, de juger, de critiquer ? Libre de choisir ? Libre de prendre des décisions et d’agir ? Etre libre, d’accord, mais partout ?...et pour combien de temps ?... cette liberté est-elle permanente ou est-elle seulement provisoire ?
Et comment savoir si l’information qu’on nous donne est vraie ? Que faut-il faire pour être « bien » informé et pour continuer d’être bien informé ?
Est-il vrai que libre = informé ? Ne peut-on pas être à la fois libre et non informé ? Ne peut-on pas être à la fois informé et non libre ? Et si on nous met en prison uniquement parce qu’on sait quelque chose ? Ne serait-il pas plus exact de dire qu’ « être libre c’est savoir analyser les informations que l’on reçoit » ? Dans ce cas, peut-on apprendre à être libre, c’est-à-dire à comprendre, et comment ?

Dans un premier temps, nous envisagerons d’adhérer à la pensée d’Alfred Sauvy, qui était un grand intellectuel.
Ensuite, nous verrons s’il existe des points discutables de cette pensée, et comment nous pourrions la remettre en question et la critiquer.
Enfin, à l’aide d’une simple nuance apportée à la réflexion initiale, nous essayerons d’exprimer l’idée que ce qui prime sur l’information elle-même, c’est la manière de la recevoir.


Alors, être libre, oui, mais de quoi, précisément ? Et bien, au moins de l’ignorance.  Aujourd’hui, en décembre 2009, tout le monde parle de la grippe A (H1N1) de 2009. Mais, est-ce que tout le monde se demande si oui ou non on sait vraiment ce que c’est, si oui ou non on est vraiment bien informé ? Si, au moins, on se pose la question, alors il devient possible de commencer à chercher une, ou plutôt, des réponses. Et où, donc, chercher des réponses ? Les possibilités sont nombreuses : dans l’encyclopédie Wikipedia, sur le site de l’INVS (L’Institut de Veille Sanitaire),  sur le site de l’Afsset (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail), sur celui de l’OMS (L’Organisation Mondiale de la Santé), pour n’en citer que quelques-unes. Là, on peut y apprendre, par exemple, que seuls les masques de type FFP2 ou FFP3 (Les masques FFP = Filtering Facepiece particles, pièce faciale filtrante contre les particules) sont suffisamment efficaces contre le virus de la grippe A.
Du coup, cette connaissance m’offre une autre liberté : celle de choisir mon masque, celle de ne pas acheter n’importe quel masque vendu sur le marché. En effet, beaucoup de personnes pensent que tous les masques sont efficaces contre la grippe A, à commencer, peut-être, par les vendeurs eux-mêmes. Mais le fait est qu’ils se trompent et trompent aussi leurs clients. Etre véritablement informé nous donne le pouvoir de nous libérer des chaines du mensonge publicitaire et de l’escroquerie commerciale.
Par ailleurs, si nous sommes bien informés sur cette maladie, nous pouvons agir en conséquence. Tout d’abord, nous pouvons agir au niveau de la prévention, car lorsqu’on connait le mode de transmission du virus (par voie aérienne - toux, éternuement, postillons - , mais également par les mains et les objets contaminés, mais pas par la digestion des aliments), alors on peut continuer à aller manger dans les restaurants, à condition de bien - et régulièrement -  se laver les mains avec du savon, et de se couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir en papier jetable quand on tousse ou qu’on éternue. De plus, nous pouvons agir au niveau du traitement, nous pouvons savoir comment se soigner. Libre d’agir, et ne pas rester là, sans savoir quoi faire, sans pouvoir réagir.



Cependant, comment savoir si l’information qu’on nous donne est vraie ? On se souvient de quelques procès de la désinformation. D’abord, entre septembre 2000 et mai 2008, c’est l'affaire Mohammed al-Durah : la diffusion d'un reportage de France 2 et Charles Enderlin sur la mort d'un enfant palestinien de 12 ans, Mohammed al-Durah, tué par balles alors que son père tentait de le protéger, lors d'échanges de tirs entre les Forces de sécurité palestiniennes et l'armée israélienne, au début de la seconde Intifada, engendre une polémique qui va de la contestation de la provenance des balles jusqu’à la remise en cause de l'authenticité du reportage. En France, ces controverses ont principalement été portées par Gérard Huber et Philippe Karsenty qui ont qualifié le reportage de France 2 de « mise en scène ». On se rappelle du premier choc provoqué par ce reportage tragique, suivi du second choc, non moindre, d’apprendre qu’on a été manipulés par les médias. Ensuite, au Maroc, en juillet 2008, c’est Hassan Rachidi, le directeur d’Al Jazeera à Rabat, et Ibrahim Sebaâ El Layl, président du Centre Marocain pour les Droits de l'Homme, qui ont été condamnés chacun à une amende de 50 000 dirhams pour leurs déclarations sur les événements de la ville de Sidi Ifni, accusés de « diffusion de fausses informations et de complicité » par le gouvernement marocain. En effet, la chaine Al Jazeera avait diffusé une information selon laquelle entre six et dix personnes avaient été tuées lors des manifestations organisées le 7 juin à Sidi Ifni. Alors, qui a raison et qui a tort ? Est-ce le gouvernement qui ment pour dissimuler des meurtres et des viols commis par plus de 3000 policiers lors d’un conflit opposant le gouvernement et la population de Sidi Ifni sur fond de chômage et de promesses non tenues, bâillonnant la liberté d'expression et de la presse ? Ou bien, est-ce les journalistes qui mentent ?
Et c’est ainsi qu’après avoir été informé, notre esprit est dans une parfaite confusion. Soit parce que l’information est volontairement imprécise voire fausse, soit parce que nous ne comprenons pas l’information que l’on reçoit, soit parce que « trop d’informations tue l’information ».  Car effectivement, nous sommes littéralement submerger par un océan de stimuli.  Nous sommes saturés, et cette saturation nous empêche de réfléchir et d’avoir l’esprit critique. Alors, que faut-il faire pour être « bien » informé et pour continuer d’être bien informé ?



Alfred Sauvy nous propose l’équation suivante : libre = informé. Mais, d’une part, ne peut-on pas être à la fois libre et non informé ? Et, d’autre part, ne peut-on pas être à la fois informé et non libre, car si, justement,  on nous met en prison uniquement parce qu’on sait quelque chose ? Dans les deux cas, la réponse est positive. Premièrement, l’ignorance est un bon alibi de l’inconscience. L'alibi est ce qui est nécessaire au supposé coupable pour être disculpé, pour prouver son innocence, et jouir de son entière liberté. Et l’inconscience, c’est l’état de celui qui agit sans comprendre la gravité de ses actes : « Sa légèreté frise l'inconscience ». Si l'inconscience, l’absence de jugement, est une faute morale, on l'excuse en faisant appel à l'ignorance, auquel cas elle est un excellent alibi. Cependant, qu'en est-il alors de la responsabilité, peut-on accepter cette hypothèse sans réserve, sans porter atteinte à la vie morale elle-même ? En d’autres termes, est-on libre de faire ce que bon nous semble juste parce que notre inconscience découle de notre ignorance ? Pour les inconscients, voire les « inconsciencieux », oui justement. Deuxièmement, « libre » peut aussi prendre le sens d’être hors des murs d’une prison, comme on dit : « L’ancien prisonnier est libre, il est sorti de prison il y a deux jours ».  On connait le cas d’hommes et de femmes emprisonnés parce qu’ils en savaient trop. Le général Héliodore Pika a été emprisonné dans la prison de Plzen (République tchèque) puis assassiné en juin 1949 parce qu’il en savait trop sur le réseau des camps du goulag soviétiques. Plus proche de nous, on se souvient de Daniel Pearl, ce journaliste qui enquêtait sur Richard Reid arrêté puis condamné pour avoir voulu faire sauter un avion avec une bombe dissimulée dans ses chaussures. Daniel Pearl a été capturé puis assassiné en 2002 à Karachi (Pakistan). Privé de liberté et mort parce qu’il cherchait à savoir et à faire savoir. Ainsi, l’Histoire et l’Actualité se font écho pour nous démontrer qu’être informé - ou cherché à l’être -  jusqu’à en perdre sa liberté voire sa vie est aussi une réalité de notre monde.
De plus, nous pouvons être informés et non libres dans le sens où même si nous sommes informés, nous ne comprenons pas ce monde parce que nous ne savons pas traiter les informations. Ne serait-il pas plus exact, alors, de dire, comme Voltaire, que « Pour être libre, il faut être informé », dans le sens qu’ « être libre c’est pouvoir construire son opinion en savant analyser les informations que l’on reçoit » ? Autrement dit, ne serait-il pas plus exact de dire qu’ « Etre libre c’est être informé, mais non pas passivement comme à la manière d’un brainwashing » ?



Personnellement, je pense qu’il est très difficile d’être véritablement bien informé, car il y a toujours un contradicteur pour jeter le trouble sur un état de connaissance. En particulier en ce qui concerne la diététique, où tout et n’importe quoi se dit et se dédit, où les études contradictoires et les controverses vont bon train et n’empêchent pas, voire nourrissent, les idées reçues. Par exemple, les uns diront qu’il est indispensable pour une bonne santé de boire au moins un litre et demi d’eau par jour, les autres diront que c’est dangereux de se forcer à boire et que l’eau contenue dans les aliments est suffisante pour ne boire que lorsqu’on a soif. D’autres enfin diront que boire uniquement quand on a soif, c’est déjà trop tard, car la soif est un symptôme de déshydratation commencée. Enfin bref, on tourne en rond, et il est devenu très compliqué de se désaltérer et de s’alimenter ! Il est devenu très difficile, dans nos sociétés complexes, d’alimenter, de nourrir notre esprit dans le discernement clair et net du vrai du faux. Alors, sans vouloir tomber dans la paranoïa, je pense que la meilleure attitude est de rester dans le questionnement, dans la remise en cause constante de ce que l’on voit et entend, et de douter, aussi, parfois, de ce que l’on comprend ou croit avoir compris des choses qui nous entourent. « Le doute est un hommage rendu à l’espoir », a dit Lautréamont. Notre époque n’est-elle pas, après tout, un formidable terreau propice à stimuler la pensée, la réflexion, l’intelligence ? Les nouvelles technologies nous propulsent constamment en avant,  ouvrant des portes insoupçonnées jusqu’alors et soulevant de nouvelles questions, comme par exemple : Doit-on limiter la liberté qu’offre le P2P (the peer-to-peer) dans le partage de l’information ?