Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Bonsoir à tous,voila dans le livre "Les Essais" , il y a  un passage "Les Cannibales" et pour mercredi je dois présenter le mode de vie des Indiens qui sont dans cet extrait mais malheureusement, le professeur a voulu corser les choses en nous imposants des règles,donc je dois écrire une présentation organisé avec :
-Trois parties équilibré
-Deux petites parties dans chacune des trois parties
J'ai bien entendu lu le passage plusieurs fois mais rien à faire j'ai beaucoup trop de mal à comprendre.
Merci d'avance et bonne soirée à tous

Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Sans l'extrait il est difficile de t'aider.

Cela se situe-t-il dans ce chapitre car il s'intitule Des Cannibales

Même si, ayant étudié un extrait en 1ère qui portait sur la vision des Indiens, qui s'intulait alors Des coches.

Bonne nuit.

Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Ah excuser moi , merci à Bgn pour le lien, c'est bien sur ce texte la
Bonne soirée à tous

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Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Ces nations me semblent donq ainsi barbares, pour avoir receu fort peu de façon de l’esprit humain, et estre encore fort voisines de leur naifveté originelle. Les loix naturelles leur commandent encores, fort peu abastardies par les nostres ; mais c’est en telle pureté, qu’il me prend quelque fois desplaisir dequoy la cognoissance n’en soit venue plus-tost, du temps qu’il y avoit des hommes qui en eussent sceu mieux juger que nous. Il me desplait que Licurgus et Platon ne l’ayent eue ; car il me semble que ce que nous voyons par experience en ces nations là, surpasse, non seulement toutes les peintures dequoy la poesie a embelly l’age doré, et toutes ses inventions à feindre une heureuse condition d’hommes, mais encore la conception et le desir mesme de la philosophie. Ils n’ont peu imaginer une nayfveté si pure et simple, comme nous la voyons par experience ; ny n’ont peu croire que nostre societé se peut maintenir avec si peu d’artifice et de soudeure humaine. C’est une nation, diroy je à Platon, en laquelle il n’y a aucune espece de trafique ; nulle cognoissance de lettres ; nulle science de nombres ; nul nom de magistrat, ny de superiorité politique ; [?page?]nul usage de service, de richesse ou de pauvreté ; nuls contrats ; nulles successions; nuls partages ; nulles occupations qu’oysives ; nul respect de parenté que commun ; nuls vestemens ; nulle agriculture ; nul metal ; nul usage de vin ou de bled. Les paroles mesmes qui signifient le mensonge, la trahison, la dissimulation, l’avarice, l’envie, la detraction, le pardon, inouies. Combien trouveroit il la republique qu’il a imaginée, esloignée de cette perfection :

Viri a diis recentes.
Hos natura modos primum dedit.
Au demeurant, ils vivent en une contrée de païs tres-plaisante et bien temperée ; de façon qu’à ce que m’ont dit mes tesmoings, il est rare d’y voir un homme malade ; et m’ont asseuré n’en y avoir veu aucun tremblant, chassieux, edenté, ou courbé de vieillesse. Ils sont assis le long de la mer, et fermez du costé de la terre de grandes et hautes montaignes, ayant, entre-deux, cent lieues ou environ d’estendue en large. Ils ont grande abondance de poisson et de chairs qui n’ont aucune ressemblance aux nostres, et les mangent sans autre artifice que de les cuire. Le premier qui y mena un cheval, quoy qu’il les eust pratiquez à plusieurs autres voyages, leur fit tant d’horreur en cette assiete, qu’ils le tuerent à coups de traict, avant que le pouvoir recognoistre. Leurs bastimens sont fort longs, et capables de deux ou trois cents ames, estoffez d’escorse de grands arbres, tenans à terre par un bout et se soustenans et appuyans l’un contre l’autre par le feste, à la mode d’aucunes de noz granges, desquelles la couverture pend jusques à terre, et sert de flanq. Ils ont du bois si dur qu’ils en coupent, et en font leurs espées et des grils à cuire leur viande. Leurs lits sont d’un tissu de coton, suspenduz contre le toict, comme ceux de nos navires, à chacun le sien : car les femmes couchent à part des maris. Ils se levent avec le soleil, et mangent soudain apres [?page?]s’estre levez, pour toute la journée ; car ils ne font autre repas que celuy là. Ils ne boyvent pas lors, comme Suidas dict de quelques autres peuples d’Orient, qui beuvoient hors du manger ; ils boivent à plusieurs fois sur jour, et d’autant. Leur breuvage est faict de quelque racine, et est de la couleur de nos vins clairets. Ils ne le boyvent que tiede : ce breuvage ne se conserve que deux ou trois jours ; il a le goust un peu piquant, nullement fumeux, salutaire à l’estomac, et laxatif à ceux qui ne l’ont accoustumé : c'est une boisson tres-agreable à qui y est duit. Au lieu du pain, ils usent d’une certaine matiere blanche, comme du coriandre confit. J’en ay tasté : le goust en est doux et un peu fade. Toute la journée se passe à dancer. Les plus jeunes vont à la chasse des bestes à tout des arcs. Une partie des femmes s’amusent cependant à chauffer leur breuvage, qui est leur principal office. Il y a quelqu’un des vieillars qui, le matin, avant qu’ils se mettent à manger, presche en commun toute la grangée, en se promenant d’un bout à l’autre, et redisant une mesme clause à plusieurs fois, jusques à ce qu’il ayt achevé le tour (car ce sont bastimens qui ont bien cent pas de longueur). Il ne leur recommande que deux choses : la vaillance contre les ennemis et l’amitié à leurs femmes. Et ne faillent jamais de remerquer cette obligation, pour leur refrein, que ce sont elles qui leur maintiennent leur boisson tiede et assaisonnée. Il se void en plusieurs lieux, et entre autres chez moy, la forme de leurs lits, de leurs cordons, de leurs espées et brasselets de bois dequoy ils couvrent leurs poignets aux combats, et des grandes cannes, ouvertes par un bout, par le son desquelles ils soustiennent la cadance en leur dancer. Ils sont ras par tout, et se font le poil beaucoup plus nettement que nous, sans autre rasouer que de bois ou de pierre. Ils croyent les ames eternelles, et celles qui ont bien merité des dieux, estre logées à l’endroit du ciel où [?page?]le soleil se leve ; les maudites, du costé de l’Occident. Ils ont je ne sçay quels prestres et prophetes, qui se presentent bien rarement au peuple, ayant leur demeure aux montaignes. À leur arrivée il se faict une grande feste et assemblée solennelle de plusieurs vilages (chaque grange, comme je l’ay descrite, faict un vilage, et sont environ à une lieue Françoise l’une de l’autre). Ce prophete parle à eux en public, les exhortant à la vertu et à leur devoir ; mais toute leur science ethique ne contient que ces deux articles, de la resolution à la guerre et affection à leurs femmes. Cettuy-cy leur prognostique les choses à venir et les evenemens qu’ils doivent esperer de leurs entreprinses, les achemine ou destourne de la guerre ; mais c’est par tel si que, où il faut à bien deviner, et s’il leur advient autrement qunil ne leur a predit, il est haché en mille pieces s’ils l'attrapent, et condamné pour faux prophete. À cette cause, celuy qui s’est une fois mesconté, on ne le void plus. C’est don de Dieu que la divination : voylà pourquoy ce devroit estre une imposture punissable, d’en abuser. Entre les Scythes, quand les devins avoient failli de rencontre, on les couchoit, enforgez de pieds et de mains, sur des charriotes pleines de bruyere, tirées par des boeufs, en quoy on les faisoit brusler. Ceux qui manient les choses subjettes à la conduitte de l’humaine suffisance, sont excusables d’y faire ce qu’ils peuvent. Mais ces autres, qui nous viennent pipant des asseurances d’une faculté extraordinaire qui est hors de nostre cognoissance, faut-il pas les punir de ce qu’ils ne maintiennent l’effect de leur promesse, et de la temerité de leur imposture ? Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au delà de leurs montaignes, plus avant en la terre ferme, ausquelles ils vont tous nuds, n’ayant autres armes que des arcs ou des espées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de noz espieuz. C’est chose esmerveillable que de la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang ; car, de routes et d’effroy, ils ne sçavent que c’est. Chacun raporte pour son trophée la teste de l’ennemy qu'il a tué, et l’attache à l'entrée de son logis. Apres avoir long temps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commoditez dont ils se peuvent aviser, celuy qui en est le maistre, faict une grande assemblée de ses cognoissans : il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, esloigné de quelques pas, de peur d’en estre offencé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de mesme ; et eux deux, en presence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’espée. Cela faict, ils le rostissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis [?page?]qui sont absens. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisoient anciennement les Scythes : c’est pour representer une extreme vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant apperçeu que les Portuguois, qui s’estoient r’alliez à leurs adversaires, usoient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenoient, qui estoit de les enterrer jusques à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de traict, et les pendre apres : ils penserent que ces gens icy de l’autre monde, comme ceux qui avoyent semé la connoissance de beaucoup de vices parmy leur voisinage, et qui estoient beaucoup plus grands maistres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenoient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devoit estre plus aigre que la leur, commencerent de quitter leur façon ancienne pour suivre cette-cy.

Et, hors les passages en latin, qu'est-ce que tu ne comprends pas?
Comment vivent-ils, ces indiens?
Vont-ils à l'église? Portenet-ils de pantalons? Parlent-ils le français?

Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Non non ce texte n'est pas compliqué à comprendre,je vais préciser, ce que je ne comprend pas, c'est comment faire pour trouver des parties, je ne suis pas fier mais il vaut mieux le dire, je ne suis pas doué pour la rédaction,l'analyse,ma meilleur moyenne de français fut un petit 11/20
Voila et si d'autre questions subsistes, je vous en pris

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Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Suis meilleur en idées qu'en plan.

Proposition:

Faut-il être surpris par le mode de vie de l'indien?

1. Peut-on le juger avec nos propres critères?
- L'homme sauvage ("barbare") = homme de nature (naturel), créé par Dieu.
- Nous avons acquis plus que de vêtements. Que valent nos accoutrements?

2. l'indien, n'excerce-t-il pas le seul pouvoir donné à l'homme: celui de tuer?
- Pour quelles raisons le fait-il? Ne sont-elles pas nobles?
- Ne faisons-nous pas pareil, mais pour des raisons plus basses?

3. L'utopie
- Sa simplicité naturelle
- Notre modernité (perfectionnée!) complexe.

Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Merci beaucoup pour ta proposition JSC, je pense que je vais m'en servir mais avant sa, j'ai tout compris sauf la première partie, petite partie 2 :Nous avons acquis plus que de vêtements. Que valent nos accoutrements?
Si tu pouvais m'expliquer un peu ce que tu a voulu dire
Merci

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Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

aucune espece de trafique ; nulle cognoissance de lettres ; nulle science de nombres ; nul nom de magistrat, ny de superiorité politique ; nul usage de service, de richesse ou de pauvreté ; nuls contrats ; nulles successions; nuls partages ; nulles occupations qu’oysives ; nul respect de parenté que commun ; nuls vestemens ; nulle agriculture ; nul metal ; nul usage de vin ou de bled. Les paroles mesmes qui signifient le mensonge, la trahison, la dissimulation, l’avarice, l’envie, la detraction, le pardon, inouies

Mais nous, nous les avons, bel et bien. Ce sont pas forcément des avantages ou des qualités, hein?

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Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Bonjour,
Je dois répondre à certaines questions portant sur le texte "des Cannibales" de Montaigne :

"Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n'est pas de son usage. Comme de vrai nous n'avons autre mire de la vérité, et de la raison, que l'exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages de mêmes, que nous appelons sauvages les fruits, que nature de soi et de son progrés ordinaire a produits : là où à la vérité ce sont ceux que nous avons altéré par notre artifice, et détourné de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses, les vraies, et plus utiles et naturelles, vertus et propriétés ; lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, les accommodant au plaisir de notre goût corrompu. Et si pourtant la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût même excellente à l'envie des nôtres, en divers fruits de ces contrées là, sans culture : ce n'est pas raison que l'art gagne le point d'honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l'avons du tout étouffée. Si est-ce que par tout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises.

Et veniunt hederæ sponte sua melius,
Surgit et in solis formosior arbutus antris,
Et volucres nulla dulcius arte canunt.

Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté, et l'utilité de son usage : non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites ou par la nature, ou par la fortune, ou par l'art. Les plus grandes et plus belles par l'une ou l'autre des deux premières : les moindres et imparfaites par la dernière."

J'avais quatre questions :
1. Quelles sont les deux idées principales du passage ?
2.En quoi sont-elles étranges pour l'époque ?
3.Par quels procédés stylistiques, Montaigne souligne-t-il son propos ?
4. Quels sont le ton et le genre du texte ?

La première et la deuxième ne m'ont pas posé de problème, la troisième c'est une catastrophe, et la quatrième je n'ai qu'un début de réponse :
le genre est argumentatif, le ton plutôt ironique, je pense.


Bref, si quelqu'un peut me mettre sur la voie pour la troisième question, je lui en serait très reconnaissant.
Merci d'avance.

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Montaigne, Essais, I, chapitre 31 - Des Cannibales

Je ne vois pas d'ironie dans ce texte et je pense qu'y voir de l'ironie serait faire un grave contre sens. Montaigne pense ce qu'il dit, mais il s'attend à ce que son lecteur soit surpris. Il a un ton très posé, très prudent, choisit des petits exemples, faciles à admettre, attentif à aller contre les préjugés de son lecteur mais sans le heurter. Il n'argumente pas mais répète, cite, se couvre de Platon.
Il n'y a pas d'ironie dans tout cela, mais de la prudence, de la précaution, la recherche de tourner les choses de la manière la plus recevable.