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L’avenir du concours de l’agrégation

Je suis pas contre la suppression de l'ancien Français au Capes et pourquoi pas à l'agreg. On devrait avoir le choix entre latin et AF, le principal étant d'avoir au moins une approche historique de la langue. Connaître l'étymologie + l'évolution phonétique, cela tend à l'érudition, une des deux disciplines suffit amplement. Quand on voit le temps que les candidats investissent dans l'étude de l'AF (je n'ose dire bachotage), on se dit qu'on gagnerait à passer ce temps à faire des dissertes ou à approfondir l'histoire littéraire. Pourquoi pas un choix d'option comme on le fait au Capes s'agissant des langues ?

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C'est vrai qu'en lettres classiques l'ancien français apparaît comme franchement accessoire. Il pourrait y être supprimé. Maintenant, si on le rend optionnel en lettres modernes, il faut être lucide à mon avis, les études médiévales auront un avenir de plus en plus difficile (sauf dans deux ou trois établissements comme les Hautes études ou les Chartes, peut-être), et c'est autant de siècles qui disparaîtront de la culture générale littéraire de tous les futurs professeurs. De plus, cette approche linguistique et érudite est pertinente pour les agrégatifs de grammaire, pour lesquels seuls on ne peut organiser un cours, ou alors exceptionnellement.

Pour le CAPES, ça serait peut-être plus envisageable. Mais là encore, l'AF est un moyen de sélection commode et plus "objectif", sa présence ne m'y choque donc pas tant que ça.

D'ailleurs, je crois que des professeurs de lettres modernes sont régulièrement sollicités pour enseigner le latin, notamment là où un aucun professeur de lettres classiques n'est présent, ou pour assurer un horaire modique. Cela deviendrait un peu plus compliqué si ces gens-là n'ont pas passé le latin au concours (d'ailleurs, ça l'est un peu dans la mesure où on peut désormais choisir le grec).

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"C'est vrai qu'en lettres classiques l'ancien français apparaît comme franchement accessoire."
cette affirmation me semble contradictoire étant donné que les lettres classiques sont beaucoup plus orientées vers l'étude des langues mortes que les lettres modernes. De plus avec une exellente connaissance du latin, l'ancien français est tout de même beaucoup plus abordable. De nombreux étudiants de lettres modernes (surtout ceux qui préparent le capes et choisissent une langue vivante) n'ont jamais fait de latin (il y en a aussi bien sûr qui préparent l'agreg et n'en ont jamais fait, en tout cas dans ma promo) et c'est là qu'est la difficulté pour aborder l'ancien français. Supprimer cette matière pose quand même problème : comment enseigner le français sans avoir la moindre connaissance de la formation de cette langue, de son fonctionnement ? De toute façon chaque année, des candidats au capes et de l'agrégation sont reçus avec des notes catastrophiques en ancien français... au capes un coefficient 2 est loin d'être éliminatoire!

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Je veux dire que quand on passe un semestre à l'étudier en licence dans une grande université parisienne - la seule qui enseigne encore les lettres classiques - et qu'on ne daigne pas nous enseigner le présent de l'indicatif... eh bien, il y a un problème.

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sevigne2010 a écrit :

" Supprimer cette matière pose quand même problème : comment enseigner le français sans avoir la moindre connaissance de la formation de cette langue, de son fonctionnement ? De toute façon chaque année, des candidats au capes et de l'agrégation sont reçus avec des notes catastrophiques en ancien français... au capes un coefficient 2 est loin d'être éliminatoire!

Oui on peut très bien avoir un concours en prenant un carton en AF, mais le problème reste le même : mauvaise note ou pas, on passe un temps fou à étudier cette matière, alors que concrètement, la phonétique historique est de peu d'utilité dans la vie quotidienne (je ne mets pas tous les exercices dans le même paquet, le vocabulaire et la syntaxe ont leur intérêt). Franchement, l'épreuve de traduction, si on n'a pas le temps -ou l'envie- de bosser l'AF à fond, se réduit à un exercice un peu bête de traduction apprise par coeur (ce n'est pas un hasard si tous les candidats font au moins la partie traduction, même s'ils ne connaissent rien à l'épreuve). Mais les enseignants de linguistique historique tiennent à leur place, ce que je peux comprendre.

Pour répondre à Arthur, oui, les certifiés de Lettres modernes sont parfois amenés à enseigner le latin en collège, mais il faut rester prudent face à cette tendance qui pourrait mettre à mal le concours spécifique de Lettres classiques (en faisant croire que les lettres modernes peuvent remplacer leurs collègues, etc).

Par ailleurs, pour l'argument habituel "enseigner sans savoir comment fonctionne la langue", je disais justement qu'une des deux matières (au choix du candidat) pourrait suffire. A ma connaissance les professeurs des écoles ne passent pas d'épreuve d'ancien français, et ce sont pourtant eux qui donnent les bases orthographiques et grammaticales à nos enfants. Ne confondons pas érudition et bon sens.

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vous avez tout à fait raison : d'une part il est difficile d'avoir réellement des cours d'ancien français avant l'année de préparation aux concours, en général on ne peut voir qu'un aspect minime de la langue (soit la morpho et encore de façon restreinte, soit la phonétique etc...), et en un an ça relève de l'impossible de maîtriser cette matière (étant donné les sous-catégories de l'épreuve qui demandent toutes un travail fou). On peut arriver à obtenir une note tès moyenne (8 disons) en ayant travaillé toute l'année. Je suis d'accord.
Le problème c'est que les concours (tels qu'ils sont) ne sont pas des épreuves destinées à former des professeurs de bon sens, mais des érudits, justement. C'est d'ailleurs pour cela que l'agrégation a cette valeur et qu'il est difficile d'obtenir un poste en université sans ce concours. Si on modifie les concours, ou qu'on les supprime, on va justement se diriger vers un autre type de selection. Peut-être n'est-ce pas si mal... (personnelement ça m'inquiète plutôt). Le changement suscite toujours de nombreuses questions et de nombreuses inquiétudes. Le statut qui va être mis en place garantira-t-il le même "respect" du cursus, les mêmes droits au professeur ?
Si on commence à tout questionner : alors pourquoi une langue vivante à l'agrégation de lettres modernes ? Sachant qu'une version de langue n'atteste pas du tout la capacité à s'exprimer dans la langue. Il s'agirait d'un exercice de français... Il me semble que nous avons déjà 2 dissertations et 2 épreuves de grammaire, sans parler de la version latine, pour évaluer nos compétences en français! S'il s'agit véritablement d'évaluer les connaissances de langues étrangères des candidats, la seule possibilité c'est un oral, mais là ça n'a plus rien à voir avec les lettres!
On enrevient toujours au même point : les concours actuellement ne forment pas des professeurs à exercer leur métier dans les conditions mais à former leurs connaissances de façon très générale (diversité des matières) et très approfondie (aucune chance qu'on parle un jour à nos élèves du morphème que en ancien français ou des différents type de présetn de l'indicatif au 12ème siècle).

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Au fond nous sommes d'accord, difficile de réformer les concours sans niveler par le bas (en enlevant les matières les plus rares), j'en conviens.

Pour l'avenir des études médiévales, je ne serai pas aussi pessimiste qu'Arthur : je n'ai jamais fait de grec, je n'ai jamais aimé faire du latin, et cela ne m'a pas privée d'approcher les textes antiques. Certes, je ne les lis pas dans le texte, mais cela ne m'empêche pas de les connaitre et de m'en servir. Ne pas faire d'AF ne veut pas dire pour autant ignorer les auteurs majeurs du Moyen-Age. Littérature et langue restent deux choses heureusement différentes. Il y a des étudiants en littérature médiévale qui sont loin de maitriser l'AF aussi bien qu'on l'exige de nous aux concours, et qui fournissent pourtant des travaux de qualité.

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Il n'y a encore rien d'officiel, mais le maintien de préparations à l'agrégation pour la session 2011 (session de transition, à cause du changement de seuil de diplôme) est sérieusement menacé à l'Ecole normale supérieure, dans certaines disciplines (et pas des moindres). Je donnerai plus d'informations au fur et à mesure...

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Pourtant je croyais que le concours était maintenu en l'état pour au moins quelques années ?

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Oui, mais avec le décalage créé par la réforme, le nombre de candidats potentiels pour 2011 sera nettement plus faible que la normale. Il n'est pas question de suppression à long terme... pour l'instant.