Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

Bonsoir

A l'instar des subordonnées relatives, il me semble qu'un adjectif épithète est déterminatif, tandis qu'un adjectif apposé est explicatif :

Exemple :

1) les personnes, mécontentes, se dirigèrent vers la sortie . Apposition et nature explicative.
2) les personnes mécontentes se dirigèrent vers la sortie. Adjectif épithète et déterminatif.

Le problème est que je constate très souvent (d'ailleurs aussi dans des articles de presse) l'emploi d'un adjectif épithète mais dont la sémantique est visiblement non-déterminative.

Un seul exemple, tiré de cet article : http://www.eauxglacees.com/Algues-vertes-comment-s-en


"(...) la plate-forme de compostage d’algues vertes (...) dégage des nuisances olfactives telles que les habitants excédés exigent sa fermeture"

Il me semble que la sémantique est celle de :

"(...) la plate-forme de compostage d’algues vertes (...) dégage des nuisances olfactives telles que les habitants, excédés, exigent sa fermeture"

car ce sont bien tous les habitants qui sont excédés.

Le cas semble fréquent dans la presse. Est-ce bien une erreur (ce que je pense, même si cette erreur a l'air courante) ou bien est-il licite d'utiliser un épithète dans un sens non-déterminatif ?

Merci d'avance.

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Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

Selon la terminologie en cours, dans les deux cas, il s'agit d'une épithète. On opposera ici épithètes liées et épithètes détachées. La fonction d'apposition est réservée aux groupes nominaux. Pour ma part je pense que cette analyse commet la faute de différencier deux choses, qui sur le plan de la fonction, n'ont aucune différence, sur un critère de nature, dont on ne devrait pas tenir compte, mais passons sur ces querelles. Je suis bien de ton avis sur le fait qu'il fallait détacher l'épithète, et que l'absence de virgule nuit à la clarté du propos ici.

Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

Merci de cette réponse. Je n'interviens pas sur la querelle terminologique de l'adjectif apposé, n'étant pas suffisamment érudit pour le faire.

En revanche, il est notable que l'erreur décrite (sur laquelle nous tombons d'accord) est très fréquente, y compris dans des articles de presse écrits par des journalistes qui devraient a priori être irréprochables.

Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

l'absence de virgule nuit à la clarté du propos ici.

Et pourtant, John a bien compris que la phrase signifiait que c'est l'ensemble de la population qui est excédé. Je ne crois pas qu'on puisse être systématique dans ce domaine : la virgule me semble indispensable à propos des gens mécontents, mais pas du tout dans la phrase du journaliste. Pourquoi ? Il m'est difficile de répondre : une affaire de co-texte et de rythme, peut-être.

Je dirais donc que, d'un point de vue grammatical, c'est effectivement incorrect, mais pas - ou peut-être pas - d'un point de vue linguistique.

Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

Intéressant, Ursus.
J'avoue que moi aussi, je n'étais pas choqué jusque là. Et que je comprenais naturellement l'adjectif sans virgule comme un adjectif explicatif, et non pas comme un adjectif déterminatif. Ce qui ne prouve pas que la tournure soit correcte, une erreur bien "ancrée" dans l'usage pouvant conduire à une dérive sémantique "validée" de facto (je m'exprime sans doute très mal, mais je pense que vous me comprendrez).

C'est seulement après avoir réfléchi à la question un peu par hasard (ce matin même) que je me suis dit qu'il y avait , en toute logique, quelque chose d'erronné dans cette formulation. Formulation que j'ai moi-même pourtant employé maintes et maintes fois par le passé. Et que j'ai lue à de nombreuses reprises dans la presse.

Puisqu'il y a apparemment vraiment matière à débat, sans doute devrais-je écrire à l'académie française pour leur poser la question ?Autre possibilité, Ursus : celle d'une "apposition" licite sans virgule. Qui sait ?

Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

Mon point de vue est linguistique, John, pas grammatical. Je suis bien d'accord avec vous deux pour dire que la phrase est grammaticalement incorrecte. Mais linguistiquement, je pense qu'elle est correcte, même si c'est pur empirisme (je ne me fonde que sur nos deux expériences).

Il faut bien distinguer les deux approches. La grammaire se veut un outil de prescription, elle a par conséquent besoin d'un minimum de simplicité pour que chacun puisse l'utiliser. Mais en cela, les règles qu'elle énonce ne sauraient être tout à fait celles de la langue, qui sont en réalité innombrables et d'une complexité parfois vertigineuse (il revient au linguiste de les dégager), mais que nous connaissons pourtant intuitivement.

une erreur bien "ancrée" dans l'usage pouvant conduire à une dérive sémantique "validée" de facto (je m'exprime sans doute très mal, mais je pense que vous me comprendrez).

Linguistiquement, ce qui est bien ancré dans l'usage est correct. Et le linguistiquement correct précède souvent le grammaticalement correct : c'est-à-dire qu'une tournure incorrecte mais bien ancrée est très susceptible d'être considérée un jour comme tout à fait correcte par les grammaires. On peut supposer, par exemple, qu'une phrase comme "je peux pas dormir" ne sera plus considérée comme incorrecte dans quelques décennies... L'emploi systématique du subjonctif après "que" ne l'est déjà plus, selon Riegel.

Un adjectif épithète peut-il être non déterminatif ?

Pourquoi une grammaire descriptive, et non normative, ne serait pas une grammaire ?
Pourquoi cette phrase est-elle incorrecte ?
Pourquoi supposez-vous que tous les habitants soient excédés ? Je parie, moi, que les personnes qui travaillent dans cette usine n'exigent pas sa fermeture.